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LI. L'empereur feint de vouloir quitter le schisme

Cependant l'empereur Fridéric, ayant perdu ses troupes, et voyant les villes de Lombardie révoltées contre lui, ne savoit comment se tirer d'Italie. En cette extrémité, il écouta le conseil d'un chartreux , qui avoit été fort familier auprès de lui, et lavoit quitté à cause du schisme (2). Ce religieux lui représenta avec larmes qu'il n'auroit jamais de paix s'il ne se réconcilioit à TEglise , et obtint de lui qu'il manderoit le prieur de la grande Chartreuse , l'abbé de Cîteaux et l'évêque de Pavie qu'il avoit chassé, et qu'il prometlroitde suivre en tout leur conseil, pourvu qu'ils prissent sur eux la contravention au serment qu'il avoit fait de ne jamais reconnoilre le pape Alexandre. Cette proposition donna bien de la joie à tous ceux qui l'apprirent, et les Lombards commencèrent à s'adoucir , espérant la conversion de Fridéric.

Le prieur de la Chartreuse se mit donc en chemin avec l'évêque de Pavie et Geoffroy , évêque d' Auxerre , qui avoit été abbé de Clairvaux , et que l'abbé de Cîteaux envoya à sa place, parce qu'il étoit grièvement malade; et ils envoyèrent devant un religieux pour savoir de l'empereur le lieu et le temps de la conférence. Mais cependant le marquis de Monlferrat avoit traité avec le comte de Moriène, son parent, et àvoit obtenu de lui qu'il donneroit passage à l'empereujr. Alors ce prince, se trouvant en sûreté , répondit qu'il étoit inutile que les prélats vinssent, à moins qu'ils n'amenassent avec eux visiblement un ange du ciel , ou qu'ils n'eussent le pouvoir de faire des miracles , comme de guérir des lé-

(i) Chr. Vizcl. tora. 1, (iy u, [ùj.HJ bibl. Lai), p. 397.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

(AndeJ.-C.1108.

preux ou ressusciter des morts. Ainsi ils s'en retournèrent, l^'empereur se relira donc au mois de mars mil cent soixante-huit , mais de nuit, et déguisé en valet; et, passant par la comté de Bourgogne , il revint en Allemagne (1).

LU. Fondation d'Aleiandrie-de-la Paille.

Cette retraite de l'empereur encouragea puissamment les villes de Lombardie , liguées contre lui , en sorte que , non contentes d'avoir rebâti Milan, elles résolurent de fonder une nouvelle ville à l'entrée du pays pour s'opposer aux premiers efforts des Allemands (2). Ce dessein fut exécuté le premier iour de mai mil cent soixante-huit, et on nomma la nouvelle ville Alexandrie, en l'honneur du pape. Elle eut, dès la première année, quinze mille habitants portant les armes ; et , Tannée suivante , ses consuls allèrent trouver le pape à Bénévenl , lui offrant leur ville eu propriété , et à l'église romaine, à qui ils la rendirent tributaire. Les impériaux la nommèrent par mépris Alexandrie-de-la-Paille; mais elle a subsisté, et est encore une ville considérable dans le duché de Milan.

L'antipape Guy de Crème étoit toujours à Rome à Saint-Pierre; mais il mourut cette année mil cent soixante-huit , le vingtième de septembre , après avoir porté le nom de Pascal 111 quatre ans et cinq mois. Son parti élut à sa place Jean, abbé de Slrum, élu évèque d*Albane , et le noornia Calliste III (3). Il porta ce titre dix ans.

5 LUI. L empereur Manuel envoie au pape Alexandre.

I Vers le temps où Guy de Crème mturut , le pape Alexandre reçut encore une ambassade de Manuel, empereur de Constantinople, semblable à celle qu'il en avoil reçue deux ans auparavant (4). Un des grands de l'empire grec, en qualité d'apocrisiaire, vint trouver le pape à Benévent, lui présenta de grandes sommes d'argent , et lui offrit , de la part de Manuel , toutes sortes de secours contre Fridéric , et la réunion de l'église grecque à la romaine , demandant pour son maître la couronne impériale.

Le pape , par le conseil des cardinaux et des nobles romains , répondit : Nous reniions grâce à l'empereur, votre maître, et recevons avec plaisir les témoignages de sa bonne volonté ; mais ce qu il demande touchant Icmpire est si important, si difticile et si dangereux, que les décrets des pères ne nous permettent pas

(1 Conlil. Aeeib. Mor.

{i) Acta Alex. ip. Baron.

Guill. INeubrif. u,c. 17.

^3) lî, Ep. on. Chr. Jo.

deCecc. Gervas. 1108. Sup n. 7.

(4) Acta jp. Bar. ann.

1170. Sup.

d'y consentir, puisque , par le devoir de notre charge, nous devons être les auteurs et les conservateurs de la paix. Il renvoya ainsi Tapocrisiaire avec tout Targent qu'il avoit apporté, et le lit suivre par deux cardinaux, qu'il envoya à l'empereur Manuel.

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