VII. Conférence de Dom front
Quand le roi d'Angleterre fut revenu en
Normandie, les nonces Gratien et Vivien Vy rendirent aussi (1). Le vingt- quatrième d'août, veille de Saint-Barlhèlemy , ils arri- ▼èrent î* Domfront; et le soir même le roi, venant de la chasse, alla descendre à leur logis avant que d'aller au sien , et les salua avec beaucoup de respect.
Le lendemain matin , le roi vint encore au logis des nonces , et fit entrer avec lui dans la chambre l'évêque de Séez et celui de Rennes ; quel(tue temps après on fit venir aussi Jean , doyen de Sarisbéry , et les deux archidiacres , Renaud de Sarisbéry et Raoul de Landaf. Ils demeurèrent enfermés jusqu'à l'heure de none, parlant, tantôt paisiblement, tantôt avec grand bruit. Les nonces présentèrent au roi la lettre du pape, et quand il l'eut lue il commença par déclamer beaucoup contre l'archevêque de Cantorbéry, comme il avoit fait devant les cardinaux Giiillaume et Othon; mais comme le pape lui enjoignoit de recevoir ce prélat en ses bonnes grâces , il y consentit en quelque manière , et dit qu'il en prendroit conseil. 11 demanda auparavant que les excommuniés fussent absous , les nonces lui déclarèrent le pouvoir qu'ilsavoient sur ce point , qui étoit de les faire absoudre, en prêtant serment de rendre tout ce qu'ils retenoient à l'archevêque de Cantorbéry et aux siens dans la Saint-IMichel , sous peine de retomber dans l'excommunication , et à la charge qne la paix se feroit dans le même terme (:2).
Le roi ne vouloit point que les excommuniés prêtassent ce serment : c'est pourquoi un peu avant le coucher du soleil il sortit en colère, se plaignant beaucoup du pape , et disant que jamais il ne l'écouteroit en rien (3). Puis il ajouta : Par les yeux de Dieu, je ferai autre chose. Mais Gratien lui répondit : Seigneur, ne faites point de menaces , nous ne les craignons point, nous sommes d'une cour qui a accoutumé de commander aux empereurs et aux rois. Alors le roi appela tous les barons et les moines blancs , c'est-à-dire de Cîteaux , qui étoient présents , et presque tout le clergé de sa chapelle ; et il les pria de rendre témoignage en temps et lieu des offres qu'il avoit faites pour le rétablissement de l'archevêque et de la paix. Enfin, il parut un peu adouci en se séparant des nonces, et leur promit dans la huitaine une réponse précise.
On s'assembla donc à Bayeux le dernier jour daoût. L'archevêque de Rouen et celui de Bordeaux y étoient, et tous les évéques de Normandie. Les nonces présentèrent au roi la lettre du nape, qui le prioit de rétablir l'archevêque'; et le roi, après avoir proposé à l'ordinaire ses plaintes contre ce prélat, ajouta : Si je fais quelque chose pour cet homme , le pape m'en aura bien de l'obligation. Il vouloit toujours que les nonces donnassent l'absolution
tl) III, Ep. 1; m, Ep. 2. 1100.
(»; Chr. fteichcsp. ann. (3) Ap. Tegnagel.
(1) m, Ep. 6.
(2) Ep. 27. Sup.
LXXi, n. i5î m, Ep. 37.
Uv. (3) V.p.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[Aude J.'C. 1169.
AndeJ.-C. 1160]