‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2192 sur 2407 · LIVRE SOÏXANTE-DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOÏXANTE-DOUZIEME

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à ses clercs, sans en exiger de serment ; et, comme ils le refusoient constamment , le roi courut à son cheval , et la négociation pensa être rompue. Enfin les nonces se rendirent à la prière des évèques , et le roi accorda le retour de Thomas et de tous ceux qui êloient sortis à cause de lui. Ensuite il demanda aux nonces qu'ils allassent en Angleterre , ou du moins un d'eux , pour absoudre les excommuniés qui y étoicnt , et , comme les nonces le refusèrent, il se relira fort en colère , et dit : Faites ce que vous voudrez, je iil* vous estime, ni vos excommunications, la valeur d'un œuf. Enfin il s'apaisa et dit : Je dois faire beaucoup à la prière du pape , qui est notre seigneur et notre père ; c'est pourquoi je rends à Thomas son archevêché et ma paix , et à tous ceux qui sont hors du royaume pour lui. Les nonces et tous les autres rendirent grAce au roi.

Le lendemain , premier jour de septembre , on s'assembla encore sur le midi (1) ; et, après avoir long-temps disputé sur le serment des excommuniés , on convint enfin que trois qui étoient présents jureroient sur les Evangiles qu'ils exécuteroient l'ordre des nonces. Ensuite on chargea les évèques d'écrire les conditions de la paix que le roi a voit accordée ; mais quand les trois excommuniés eurent été absous, le roi changea les termes du traité, et voulut que l'on y mît la clause : Sauf la dignité de son royaume ; mais Gratien dit qu'il ne l'accorderoit jamais.

Yllï. Conlercnce «le (Jaen.

On se sépara ainsi à trois heures de nuit, et on convint de se trouver à Caen huit jours après la Nativité de la Vierge. Gralien refusoit celle clause , parce qu'il voyoit bien que , sous le nom de la dignité de son royaume , le roi conserveroil les coutumes contestées, et banniroit d'Angleterre l'aulorilè de l'église romaine (2). Les nonces vinrent à Caen au jour marqué , conduits par l'archevêque de Rouen ; l'archevêque de Bordeaux s'y trouva aussi , et les évèques de Lisieux , de Worchester , de Séez, de Bayeux et de Rennes, et quelques seigneurs. Le roi étoit allé à Rouen recevoir le comte de Flandre.

A celle conférence de Caen, les commissaires du roi pressoient les nonces d'admettre la clause : Sauf la dignité du royaume^ mais ils répondirent : Qu'on mette donc aussi , Sauf la liberté de l'Eglise ; ce que les commissaires refusèrent, et l'archevêque de Rouen écrivit au roi (3) : Nous n'avons pu obtenir des nonces qu'ils approuvassent le projet de paix que vous nous avez laissé , il ne vous convient pas qu'ils se retirent brusquement et sans espérance de paix. C'est pourquoi nous sommes convenus

(1; Ep. 27.

(«) m, Ep. 12.

(3j ui, Ep. 13.

de mettre seulement que vous permettrez à l'archevêque de Canlorbéry de retourner en Angleterre , et lui rendrez son archevêché comme il l'avoit avant sa sortie. En effet , les nonces étoient convenus de cet expédient. Mais le roi, les ayant fait venir à Rouen , leur manda qu'il n'abandonneroit point la clause , Sauf la dignité de son royaume. Les nonces se retirèrent ainsi sans avoir pu rien conclure , et ordonnèrent aux archevêques , par la foi qu'ils dévoient au pape , de déclarer aux excommuniés , qu'en vertu de leur serment , l'absolution qu'ils avoient reçue leur seroit inutile si la paix ne se faisoit avant la Saint- Michel, qui étoit le terme prescrit par le

pape (1).

Les nonces, s*étant retirés, firent une dernière tentative , et envoyèrent au roi d'Angleterre le docteur Pierre, archidiacre de Pavie, qui fut reçu honnêtement , mais renvoyé honteusement et avec indignité. Cependant le roi envoya au pape une nouvelle députation , avec une lettre où il se plaignoit (jue les nonces lui avoient manqué de parole , et le faisoit attester par des lettres de l'archevêque de Rouen , de Bernard , év<kïue de Nevers , et de tout le clergé de Normandie : de quoi le nonce Vivien étant averti , il écrivit aussi au pape une lettre où il lui rendit compte de tout ce qui s'étoit passé jusqu'alors, le priant de ne rien croire de ce que l'on pourroit lui dire au contraire (2). Gratien eut communication de cette lettre, mais il n'écrivit point parce qu'il se pressoit de retourner. En effet , voyant le mauvais procédé du roi d'Angleterre , sitôt que le terme prescrit par le pape fut passé , il reprit le chemin de Rome, et laissa Vivien en France (3).

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