X. Ordonnance du roi d'Angleterre contre le pape
Ce prince , ayant donc appris que l'archevêque de Sens alloit à Rome, apparemment recevoir son pallium , et Gratien avec lui , en fut extrêmement alarmé , appréhendant que le pape ne donnât à cet archevêque la légation de ses états de deçà la mer , car il n'y avoit personne qu'il craignît davantage que ce prélat dans l'église gallicane , et Gralien dans l'église romaine.
Il envoya donc en Angleterre Geoffroy Ridel , archidiacre de Canlorbéry (2), et Richard, archidiacre de Poitiers , avec d'autres officiers, pour ordonner à tous les évèques de s'assembler à Londres , et d'y jurer l'observance d'un nouvel édit , qui portoit en substance : Si , après la Saint-Denis , on trouve quelqu'un en Angleterre chargé de lettres du pape ou de Thomas , archevêque de Canlorbéry, portant interdit, qu'il soit pris, et qu'on en fasse aussitôt justice comme d'un traître. Si quelque évêque , abbé ou autre clerc , ou laïque , veut observer l'interdit, qu'il soit chassé du pays avec tous ses parents, sans qu'ils emportent rien de leurs biens , qui seront mis en la main du roi. Tous les clercs qui ont des revenus en Angleterre seront avertis d'y revenir dans la Sainte-llilaire, c'est-à-dire le quatorzième de janvier ; autrement ils ne pourront plus espérer d'y rentrer, et leurs revenus seront mis en la main du roi. Défense d'appeler au pape ou à l'archevêque. Si un laïque vient d'outre-mer, ou s'il se présente pour s'embarquer, on s'informera soigneusement s'il ne porte rien qui soit contre l'honneur du roi , et en ce cas il sera mis en prison. Défense à aucun clerc ou religieux de passer en Angleterre sans permission du roi. Le denier Saint -Pierre ne sera plus payé au pape , mais levé , soigneusement gardé au trésor du roi et employé par son ordre. Tous les vicomtes d'Angleterre feront jurer l'observalion de cette ordonnance.
Les laïques furent contraints à faire ce serment, mais les évèques et les abbés refusèrent même de se trouver à l'assemblée de Londres indiquée par les officiers du roi. Au conlrain», révê(ïue de \Vinchest(r déclara publiquement qu'il obéiroit toute sa vie aux ordres du pape et de l archevêque de Canlorbéry, auquel il avoit promis fidélité et obéissance, el il ordonna à son clergé de faire de même (3). Telle
(1) III, Ep. 37.
(i) Ëp. 37- Gervas. in,
Ep. 20, 21, 22, 23, 27.
(3; Gervas.
(i) Sup. lib.L\X',n. 17.
Rob de Monte, an 1165.
Id. 1168. Chr. S. Pétri vivi, 1168. Jo. Sarisb. Ep. 239.
ap. Lup. Il, 65; m, £p.
(2; III, Ep. 65. Gervas.
ann. ll(>9. Vila, p 167.
(3) Sup. lib. L.wiu, n.
fut la fermeté de ce vénérable vieillard , qui avoit autrefois résisté si courageusement au roi Etienne, son frère. Il fut imité par l'évêque d'Excester, qui se retira dans une maison religieuse , jusqu à ce que la tempête fût passée. L'évêquede Norwick, nonobstant la défense du roi , excommunia le comte Hugues en présence des officiers, suivant l'ordre quil en avoit reçu ; puis il descendit du jubé , mit sa sa crosse sur l'autel , et dit qu'il verroit qui élendroit les mains sur les biens de son église, et se retira dans le cloître avec les moines. L'évêque de Chester se mit en sûreté dans la partie de son docèse habitée par les Gallois.
La nouvelle de ces violences étant venue en France, plusieurs évèques en écrivirent au pape , accusant Gilbert , évêque de Londres , d'en être Tauteur. Ces prélats furent Guillaume, archevêque de Sens , Maurice , évêque de Paris, Matthieu de Troyes , Guillaume d' Auxerre, Baudouin de Noyon (1). Ils disent que Gilbert, irrité de n'avoir pas été élu archevêque de Canlorbéry, menace de faire en sorte , par l'autorité du roi , que la chaire archiépiscopale soit transférée à Londres. Il prétendit, en effet, qu'avant le temps de saint Grégoire et l'irruption des Anglois païens Londres étoit la métropole de la Grande-Bretagne. Il est vrai que, dans le concile d'Arles, tenu sous Constantin l'an trois cent quatorze , les deux évèques de cette province sont Eborius d'York et Restitut de Londres, et le premier projet de saint Grégoire fut d'établir les deux métropoles d'Angleterre à Londres et à York ; mais saint Augustin, son disciple, établit d'abord son siège à Canlorbéry. Les évèques de France louent ceux d'Angleterre de la fermeté avec laquelle ils ont résisté à Gilbert et aux officiers du roi , qui vouloient les faire renoncer àTobéissance de Thomas , leur archevêque (2) Enfin ils prient le pape de réprimer ce schismatique et les autres que Thomas a excommuniés.