XI. Conférence de Saint-Denis
Cependant le roi d'Angleterre , voulant renouer la négociation , ou du moins gagner du temps, manda le nonce Vivien , et lui promit avec serment qu'il suivroil son conseil et l'ordre du pape your rendre la paix îi l'Eglise. Sur celle parole Vivien, croyant la paix déjà faite , écrivit à l'archevêque de Canlorbéry de se rendre à Paris le prenner dimanche après la Sîiinl-Marli I, c'est-à-dire le seizième de novembre, parce qu(^ ce jour-là les deux rois dévoient avoir une conférence à Saint-Denis , où le roi d'Angleterre de voit se rendre sous prétexte d'un pèlerinage de dévolion. Thomas répondit à Vivien que, sa commission
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(i) m, Ep. 88, 86,89, Conc. p. 1130, B. Greg. 85, 82. lib. xil, Ep. 15. Sup. liv-
2) ni , Ep. il, lom. 1, xxxvi, n. 37, 40.
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HISTOIRE DU CHRISTIANISME
(An de J.-C. lin».
étant finie , il n*avoit dû aller trouver le roi d'Angleterre qu'avec grande circonspecli()n( 1 ) . Pour moi , ajoute-t-il , je ne suis plus obi gé à me rendre a vos ordres , et je ne comprends pas sur quelle assurance vous avez été si facile à m'appeler. Je ne laisserai pas, par respect pour le saint siège et par amitié pour vous , de me trouver a votre rencontre vendredi à Corbeil, pour apprendre de votre bouche ce que nous devons espérer de ce voyage. C'est que Thomas connoissoit mieux que Vivien les arliûces du roi d'Angleterre. Thomas fut aussi pressé par le roi de France et d'autres personnes sages de venir à cette conférence.
Vivien, s'étant donc rendu à Saint-Denis, pressa le roi Henri de tenir sa parole ; mais il se dédit , en sorte que Vivien lui reprocha publiquementsa duplicité et l'artiticedont il avoit usé pour le surprendre , et dit depuis à Thomas qu'il n'a voit jamais vu un si grand menteur. Au retour de Saint-Denis, le roi Henri passa prés de Montmartre , où Thomas l'ai la trouver, et par l'entremise de Rotrou , archevêque de Rouen , de Froger, évéque de Séez , et de quelques autres , le pria par l'amour de Dieu et du pape de lui rendre, à lui et aux siens, sa paix, ses bonnes grâces et les biens qui leur avoient été ôtés, oITrant de lui rendre tout ce qu un archevêque doit à son prince. Le roi répondit que, de sa part, il remettoit de bon cœur tous les sujets de plainte qu'il pouvoit avoir contre l'archevêque; et, quant à ce que le prélat voudroit proposer contre lui , il s'en tiendroit au jugement de la cour du roi de France, de Téglise gallicane ou de l'école de Paris. On voit par-là en quelle estime étoit dés lors cette école.
Thomas répondit qu'il ne récusoit pas le jugement de la cour de France ou de l'église gallicane, sans faire menlion de l'école de Paris ; mais il ajouta qu'il aimoil mieux composer amiablement avec le roi, son maître, que plaider. H présenta un écrit, où il avoit rédigé ce qu'il deraandoit au roi , et ajouta de vive voix qu'il désiroit être reçu au baiser de paix, et avoir la restitution de la moitié des meubles pour payer ses dettes, réparer les bâtiments et les dommages que l'Eglise avoit scmlTerts depuis son absence. On fii la lecture de l'écrit , et tous les assistants le trouvoient raisonnable; ir.ais le roi d'Angleterre répondit à son ordinaire avec un circuit de paroles si embarrassées, qu'il paroissoit aux plus simples accorder tout, et les plus pénétrants jugeoient qu il mêloit des conditions intolérables. Quant au baiser de paix, il dit qu'il l'auroit donné volontiers, mais qu'étant en colère il avoit juré publiquement de ne le jamais donner à l'archevêque, quelque paix qu'il fit avec lui (2). Il s'opiniâtra à ce refus , quelque prière qu'on
Cl; m, Ep. 9, 10.
C2) III, Ep. 02. Gervas.
Vila 11, c. 30.
lui fit ; et , comme Vivien pressoit le roi Louis de l'en prier plus instammi^nt, il dit qu'il ne vouloit pas faire de la p(Mne à un roi pendant qu'il le lenoit sur ses terres , mais il dit à Thomas : Je ne voudrois pas pour mon pesant d'or vous conseiller de rentrer dans ses états qu'il ne vous eût donné le baiser de paix. Ainsi le traité fut rompu.
Toutefois, pour le renouer, le roi d'Angleterre envoya offrir à Vivien vingt marcs d'argent, le priant de s'en entremettre encore; mais il le refusa, et lui reprocha dans sa réponse de l'avoir voulu déshonorer par cetlcofî're. Ce qui pressoit ainsi le roi Henri de faire la paix, étoit l'alarme que lui avoit donnée le voyage de l archevêque de Sens et de Gratien , et il envoya en cour de Rome des députés pour empêcher que ce prélat n'eut la légation dans ses états (1). Thomas en envoya de son côté pour instruire le pape de tout ce qui s'étoit passé en celte dernière occasion ; le roi Louis envoya aussi les siens, priant le pape de ne plus donner de délais au roi Henri , et l'archeque de Sens en personne le pria de mettre en interdit les états de ce prince, s'il ne rendoit la paix à l'Eglise.