‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2200 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DOUZIEME

'"fi

c'étoit la reine Marguerite , sa mère , qui gouvernoit, ou plutôt ceux qui la gouvernoient elle-même. Pour appuyer son autorité, elle pria Rotrou , archevêque de Rouen , son oncle , de lui envoyer quelqu'un de ses parents. Il lui envoya Etienne, fils du comte de Perche, qu'elle fit chancelier de Sicile , et peu après il fut élu archevêque de Palerme, capitale du royaume , au grand déplaisir de plusieurs prélats, qui aspiroientà cette dignité, entre autres Richard, évêque élu de Syracuse, Anglois de nation.

Le chancelier 1 tienne amena entre autres avec lui Pierre , natif de Rlois , dont le surnom lui demeura, homme distingué par sa science et sa vertu. 11 fut précepteur du jeune roi après Gauthier, depuis archevêque de Palerme, qui lui avoit montré les commencements de la grammaire et de la versification. Pierre de Blois lui donna des connoissances plus étendues, pendant un an qu'il l'instruisit : et en même temps il gardoit le sceau de ce prince, et étoit le second ministre après le chancelier Etienne. Ce qui , ayant excité la jalousie de quelques courtisans pour l'éloigner d'auprès du roi sous un prétexte honnête , ils le firent élire archevêque de JNaples , ville alors peu considérahle. Pierre refusa cette dignité ; mais, voyant les troubles de Sicile et les fréquentes conjurations contre le chancelier Etienne, qui fut enfin obligé de quitter le pays pour mettre sa vie en sûreté, il demanda son congé au roi , et ne fut retenu ni par les prières ni par les promesses de ce prince. Pierre sortit de Sicile peu après le chancelier Etienne, la même année que Catane fut renversée par un tremblement de terre, c'est-àdire en mil cent soixante-neuf, et revint auprès du roi d'Angleterre , son ancien maître (1).

Depuis son retour, il écrivit à Gauthier, alors chapelain du roi de Sicile, et autrefois son précepteur (2) , pour se plaindre de la conduite de ce prince, qui , à la persuasion de Robert , comte de Lorocelle, vouloit faire évéque de Gergenti le frère de ce comte, homme incapable, malgré la résistance du chapitre». Il se plaint que le roi avoit donné sa confiance à deux hommes de basse naissance , préférabloment à Romuald , archevêque de S ilerne , et à Roger, comte d'Aveline, ses oncles, et que par les mauvais conseils de ses confidents il pilloit les trés(jrs de l'Eglise. 11 exhorte Gauthier à ne se pas rebuter d'avoir été traité d'insensé, et à continuer de dormer au roi des avis salutaires. Gauthier fut élu archevêque de Palerme peu de jours après la retraite du chancelier Etienne ; mais les chanoines furent contraints à cette élection par le peu[)le, q le la cour avoit gagné par argent (3). Cg qui fit

(1) Petr Ep.60. Ep.131. (2) Pcfr. Ep. 10. Ep. 90. V. Pagi an. 1107, (3 Falcaud. sub lin. Fa- D.âô; ItÔO, n. 8. zel. vu, 5.

espérer à la reine et aux amis du chancelier de faire casser par le pape cette élection , d'autant plus que le chancelier n'avoit renoncé à la sienne que par force. Pierre Gaétan, cardinalsous-diacre , qui étoit en Sicile , avoit promis que l'élection de Gauthier seroit cassée, et avoit reçu par ordre de la reine sept cents onces d'or pour porter au pape. Mais le parti de Gauthier soutenoit qu'en l'état où se trouvoit la cour de Rome elle n'osoit s'opposer à la volonté des grands de Sicile, et ne refuseroit pas, dans le besoin où elle étoit, les sommes immenses qu'on lui offriroit pour confirmer l'élection. Le pape le confirma en effet, et Gauthier fut sacré par ses sutTragants dans la grande église de Palerme , en présence du roi et de la reine, sa mère, lejour de Saint-Michel, vingt-neuvième de septembre.

Page 1