XVI. Lettre du pape au sultan d'Iconie
Entre les œuvres de Pierre de Blois , on trouve une instruction sur la foi chrétienne , pour le sultan d'iconie , faite au nom du pape Alexandre 111 , et rapportée à cette année mil cent soixante-neuf par un auteur du siècle suivant (1). Le pape y parle ainsi : ^ous avons appris par vos lettres, et par la relation fidèle de vos envoyés , que vous désiriez vous convertir à Jésus-Christ, et que vous aviez déjà reçu le pentateuque de Moïse, les prophéties d'Isaïe et de Jérémie, les épîlres de saint Paul et les évangiles de saint Jean et de saint Matthieu. \ ous demandez qu'on vous envoie un homme qui puisse de notre part vous instruire plus amplement de la loi de Jésus-Christ, et, comme cette prière nous est très-agréable, nous aurons soin de vous envoyer des personnes dont la doctrine et les mœurs puissent vous édifier. Cependant, comme vous demandez par vos lettres une exposition de notre foi , nous vous la donnons en abrégé. Ensuite est l'instruction sur les deux mystères de la trinité et de l'incarnation, appuyée de passages de tous les livres de l'Ecriture , nonseulement de ceux qu'avoit le sultan ; mais nous ne voyons point de preuve certaine que cette instruction ait eu quelqu'effet.
XVU. Commission à l'archovéquc de Rouen et à l'évéque
de JNevers.
Après que le nonce Vivien fut retourné en cour de Home, le pape Alexandre, pleinement inf(>rmé de ce qui s'étoil passé entre le roi d'Angleterre et l'archevêque de Cantor- I béry, particulièrement à la conférence de I Montmartre, comprit qu'il falloit presser ce prince d'exécuter ses promesses, par la crainte des censures ecclésiastiques (2). Pour cet ef-
.1: P. 431, edii.
Matth. Paris, ann-
1 109. Alex. Ep 32.
1109. (2) v, Ep. d.
fet , il envoya une nouvelle commission à Rotrou , archevêque de Rouen , et à Bernard , évêque de Nevers, par laquelle il leur enjoint d'aller ensemble trouver le roi dans un mois après lettre reçue , pour l'admonester de rendre à l'archevêque la paix et la sûreté entière, et le recevoir au baiser, de lui rendre à lui et aux siens tous les biens , et le faire retourner à son église. Le pape ajoute : Si le roi , dans quarante jours après la monifion , n'accomplit pas ce qu'il nous a promis, vous mettrez en interdit tous ses états de deçà la mer, en sorte qu'il ne s'y fasse aucune fonction ecclésiastique, hors le baptême des enfants et la pénitence des mourants. Quelque temps après la paix faite, vous exhorterez encore le roi à abolir les mauvaises coutumes, principalement celles qu'il a introduites de nouveau , et s'il refuse vous nous en donnerez avis. Si vous avez une espérance certaine de faire la paix, vous pourrez absoudre tous les excommuniés, à la charge que si la paix ne s'ensuit pas vous les remettrez dans Texcommunicalion. Si le roi ne peut se résoudre au baiser de paix à cause de son serment, vous exhorterez l'archevêque à se contenter du baiser du prince, son frère. La lettre est datée de Bénévenl, le dix-neuvième de janvier mil cent soixante-dix. Le pape nomma l'archevêque de Rouen pour 1 exécution de cette paix , afin de ne pas donner sujet au roi d'Angleterre de se plaindre qu'il n'eût donné cette commission qu à des étrangers, mais il manda en particulier à l'évéque de INevers d'y procéder seul, en cas que l'archevêque de Rouen ne pût ou ne voulût pas y procéder avec lui (1 ). Le pape écrivit au roi d'Angleterre pour lui donner avis de celte commission, et îl en écrivit aussi aux évêques de la province de Kent , à l'archevêque d'York et à ses suffraganls. Ces lettres sont du dix-huitième de février.
Cependant le pape fut averti que le roi d'Angleterre vouloit faire couronner Henri, son fils aîné, par l'archevêque d'York, au préjudice de celui de Cantorbéry, auquel le sacre des rois d'Angleterre appartenoit suivant l'ancienne coutume. C'est pourquoi le pape écrivit à Roger, archevêque d'York, et aux autres évêques d'Angleterre, pour leur défendre, sous peine de déposition , de se mêler de cette cérémonie tant que l'archevêque Thomas seroit en exil. La lettre est du vingtsixième de février. Le pape écrivit aussi à Thomas pour lui défendre de sacrer le prince ou permettre à un autre de le sacrer, s'il ne prêioit auparavant le serment que les rois avoient coutume de prêter à l'église de Cantorbéry, et s il ne déchargeoit tout le monde de l'observation de ses coutumes et du serment qu'il avoit exigé en dernier lieu. Thomas avoit lui-mcme fait sollieiter ces lettres en
1(1) V, Ep. 0, J, 7, 8.
cour de Rome, et les ayant reçues il les adressa à Robert, évêque de Worchester, son suffragant, lui enjoignant de les montrer à l'archevê^que d'York , aux autres évêques , et de leur défendre de la part du pape de sacrer le prince. Thomas en écrivit aussi directement à tous les évêques d'Angleterre et de Galles, et en particulier à l'évéque de Winchester (1).