LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
(2) Sup.n.7,Vita,p.478.
(3) 3 Reg. xviii, 17.
(4) P. 479. Ps. II, 8,
Les sénateurs Calliste et (.omboconon arrêtèrent l'évêque Constantin, et dirent à saint Etienne : Vous avez à choisir des deux , ou de souscrire, ou de mourir comme rebelle à la loi des pères et dos empereurs. Il répondit : Ma vie est Jésus-Christ , mon avantage et ma gloire de mourir pour sa sainte image (1). Mais qu'on lise la dètlnition de votre concile , aiin que je voie ce qu'elle contient de raisonnable contre les images. Constantin de Nacolie ayant lu le titre, Définition du saint concile, septième œcuménique , saint Etienne lui fit signe de la main de s'arrêter, et dit : Comment peut-on nommer saint un concile qui a profané les choses saintes ? Un de vos évêques n'a-t-il pas été accusé par des gens de bien , dans votre concile, d'avoir foulé aux pieds la patène destinée aux saints mystères , parce qu'on y voyoit les images de Jésus-Christ , de sa mère et de son précurseur ? Vous l'avez maintenu dans ses fonctions , et excommunié ses accusateurs comme défenseurs des idoles. Qu'y a-t-il de plus impie? N'avez- vous pas ôté le titre de saints aux apôtres, aux martyrs et aux autres justes, les nommant simplement apôtres ou martyrs.^
Mais comment ce concile est-il œcuménique, sans être approuvé du pape de Rome , quoiqu'il y ait un canon qui défend de régler sans lui les alTaires ecclésiastiques? 11 n'a été approuvé ni par le patriarche; d'Alexandrie, ni par celui d'Antioche ou de Jérusalem. Où sont leurs lettres? Et comment appelle-t-on septième cx)ncile celui qui ne s'accorde point avec les six précédents? Basile reprit: Et en quoi avons-nous contrevenu aux six conciles? Saint Etienne répondit : N'ont-ils pas été assemblés dans des églises, et en ces églises n'y avoit-il pas des images reçues et adorées par les pères? Répondez-moi, évêque. Rasile en convint, et saint Etienne, levant les yeux au ciel, soupira du fond du cœur, étendit les mains et dit • Quiconque n'adore pas Notre Seigneur Jésus- Christ renfermé dans son image , selon l'humanité, qu'il soit anathème. 11 vouloit continuer; mais les commissaires, étonnés de la liberté avec laquelle il parloit et couverts de confusion, se levèrent, ordonnant seulement qu'on l'enfermât (2). Quand ils furent de retour à Constantinople, 1 empereur leur demanda ce qu'ils avoient fait. Les évêques vouloient dissimuler leur désavantage, mais Calliste dit: Nous sommes vaincus, seigneur: Cet homme est fort en raisons et méprise la mort. L'empereur, outré de colère, écrivit aussitôt une sentence pour envoyer le saint homme en exil dans l'île de Proconése, près de l'Hellespont.
XXXVI. Eiil de saint Etienne à Proconése. Pendant dix-sept jours que saint Etienne
(1) Philip. I, ai. p. 480. (2) P. m
demeura à Chrysopolis , il ne prit point de nourriture, quoique lempereur lui en eût envoyé abondamment (1); mais il la renvoya comme il avoit fait auparavant, ne voulant rien recevoir d'un excommunié. Avant que de partir, il guérit le supérieur du monastère abandonné des médecins. Etant arrivé à Proconése, il se logea dans une caverne agréable, qu'il trouva dans un lieu désert sur la mer près d une église de sainte Anne, et se nourrissoit des herbes qu'il rencontroit. Ses disciples, chassés du mont Saint-Auxence, ayant appris le lieu de son exil, vinrent à Proconése se rassembler autour de lui , à l'exception de deux qui apostasièrent , savoir, Sergius, le calomniateur du saint , et Etienne , qui , après avoir été chapelain du patrice Calliste , avoit reçu Ihabit monastique des mains de saint Etienne, qui l'avoit établi prêtre du monastère. L'empereur le fil chapelain du palais de Sophie, et ils prirent l'un et l'autre l'habit séculier. Tous les autres disciples de saint Etienne, s'étant remis sous sa conduite, firent un nouveau monastère à Proconése. Sa mère même et sa sœur quittèrent le monastère des trichinaires, où elles étoient établies, et vinrent le trouver dans cette île. Pour lui , il fit faire une petite cage en forme de colonne , où il s'enferma pour continuer ses austérités, la quarante-neuvième année de son âge, c'est-àdire l'an sept cent soixante-trois , car il étoit né la première année du ponlificat de sarat Germain de Constantinople , qui fut l'an sept cent quinze (2).
La même année sept cent soixante-trois vingt-troisième du régne de Constan.in, Côme' surnommé Conamite , évêque d'Epiphanie eiî Syrie, fut accusé par les citoyens devant Théodore, patriarche d'Antioche, d'avoir dissipé les vases sacrés ; et, ne pouvant les représenter, il renonça à la foi catholique , et embrassa rhérésie des iconoclastes (3). 11 fut condamné d'un commun consentement par les trois patriarches, Théodore d'Antioche, Théodore de Jérusalem , Côme d'Alexandrie, avec les évêques de leur dépendance ; et le jour de la Pentecôte ils l'anathématisèrent chacun chez eux après la lecture de l'Evangile. Vers le même temps , l'empereur Constantin demanda au patriarche de Constantinople quel mal y auroilil de dire : Mère de Christ, au lieu de mère de Dieu ? Le patriarche répondit en l'embrassant : Ayez pitié de nous, seigneur. Dieu vous garde d'une telle pensée. Ne voyez-vous pas comme Nestorius est anathémalisé par toute l'Eglise ; je le demandois pour m'instruire, reprit l'empereur : que ce discours demeure entre vous et moi. Un jour, tenant une bourse pleine d'or, il demanda à ceux qui étoient présents ce qu'elle valoit. Elle vaut beaucoup dirent-ils. En ayant ôté l'or, il leur fit encore
(2) Sup. liv. XLi, n. 20.
(3) Theop. au.23, p.364.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
la même question. Ils répondirent qu'elle ne valoit plus rien (1). 11 en est de mt^rae, dit-il, de la mère de Dieu ; tant que Jésus-Christ étoit dans son sein , elle valoit beaucoup ; après qu'il en fut sorti , elle étoit comme les autres.