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XXX. Conjuration contre la vie de Thomas

Cependant l'archevêque d'York et les deux évéques , étant arrivés en Normandie peu de jours avant la fêle, se jetèrent aux pieds du roi , implorant sa justice, et se plaignant amèrement que Thomas abusoil de la paix qu'il lui avoit accordée , et que dès qu'il étoit arrivé il avoit troublé le royaume par les censures qu'il avoit publiées contre eux (4). Le roi dit : Si tous ceux qui ont consenti au sacre de mon

(t) Vila m, c. 4.

(2) Vila, c. Ep. 64, 73.

Vila c. 7.

(2) Vila m, c. 9.

ii^

(4) Vita c. 3.

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If

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.-C. 1170.

fils sont excommuniés par les yeux de Dieu , je le suis aussi ; et il entra* dans une furieuse colère. Or, il étoit sujet à s'y laisser emporter. Un jour, irrité contre un seijçneiir qui lui senibloit prendre l'intérêt du roi d'Ecosse, il l'appela traître, et lui dit plusieurs autres injures ; puis il jeta son bonnet, ota son ceinturon, jeta loin de lui son manteau et ses habits, découvrit son lit, et, s'étant assis dessus, se mit à en mâcher la paille. Une autre fois, il voulut arracher les yeux à un garron qui lui avoit apporté une lettre desa*i:réable , et lui mit le visage en sang. Pierre de lilois , d'ailleurs son admirateur, dit que dans sa colère il étoit plus furieux qu'un lion (1). Etant donc excité par les trois prélats, il commença à maudire tous ceux qu'il avoit nourris et comblés de bienfaits, dont aucun ne le vengeoit d'un prêtre qui troubloit son royaume, et le vouloit dépouiller lui-même de sa dignité, «joutant plusieurs reproches contre Thomas. Alors quatre chevaliers de sa chambre, croyant ne pouvoir rien faire qui lui fût plus agréable que de tuer l'archevêque, en formèrent ensemble la résolution ; ces quatre étoient : Renaud, lils de rOurs, Hugues de IMorevillc, Guillaume de Tracy et Richard le Breton, lis firent leur conjuration la nuit de Noël, s'engageant par serment à ce meurtre , et le jour même de la fête ils se retirèrent secrètement de la cour (2). lis firent telle diligence, et eurent le temps si favorable, qu'ils arrivèrent en Angleterre le lundi, jour des Innocents, et logèrent au château de Salloude, qui étoit à la garde de Raoul de Rroc, à six milles de Cantorbéry. Ils passèrent la nuit à concerter l'exécution de leur entreprise: et le lendemain mardi, vingt-neuvième de décembre, ayant assemblé une troupe de gens du pays , ils vinrent à (Cantorbéry , entrèrent au monastère de Saint-Augustin, et conférèrent avec Clairembaud,qui en étoit élu abbé, ennemi déclaré de l'archevêque.

XXXÎ. Arrivée des meurtriers.

Ils allèrent ensuite à l'archevêché, où ils trouvèrent le prélat qui avoit déjà dîné, et s'cntretenoit de quelques affaires avec ses moines et ses clercs. Les quatre chevaliers entrèrent dans sa chambre , et sans le saluer s'assirent à terre à ses pieds. Après un peu de silence, Renaud dit au nom de tous : Nous venons de la pari du roi vous apporter ses ordres. Voulez-vous les entendre en secret ou en public ? Comme il vous plaira, dit l'archevêque; et Renaud reprit : Nous les dirons donc en secret. L archevêque tit retirer ceux qui étoient avec lui ; mais l'huissier laissa la porte ouverte, afin que ceux qui étoient

(1) I, Kp. 44 ; I, Ep. 45.

l\l Kp. 00; 75. Vita m, c.

(2) Gervas.

VHa c. H.

anno 1171).

dehors pussent voir ce qui se passoit. Après que les chevaliers eurent dit ce qu'ils voulurent, le prélat dit qu'il vouloit que plusieurs personnes l'entendissent, et lit rappeler les moines et les clercs, mais non les laïques. Alors Renaud dit : Nous vous ordonnons, de la part du roi, d aller trouver le roi, son lils, et lui rendre ce que vous lui devez (1). Je crois l'avoir fait, dit l'archevêque. Non, dit Renaud , puisque vous avez suspendu ses évêques : ce qui fait croire que vous lui voudriez ôter la couronne de dessus la tête. L'archevêque dit : Au contraire , je voudrois lui pouvoir encore donner d'autres couronnes. Et, quant aux évêques, ce n'est pas moi qui les ai supendus, c'est le pape. C'est bien vous, dit Renaud , puisque c'est à votre poursuite. Thomas reprit : J'avoue que je ne suis pas fâché si le pape venge les injures faites à mon église. Ensuite il se plaignit des torts et des insultes qu'il avoit reçues depuis la conclusion de la paix, et dit à Renaud : Vous étiez présent, vous et plus de deux cents chevaliers, quand le roi m'accorda de contraindre par les censures ceux qui avoient troublé l'Eglise, à lui faire satisfaction; et je ne mcî puis dispenser de remplir mon devoir de pasteur. A ces mots, les chevaliers se levèrent en criant : Voilà des menaces, et dirent aux moines : Nous vous commandons de la part du roi de le garder; s'il s échappe, on s'en prendra à vous. Ils sortirent aussitôt, et Thomas les suivit jusqu'à la porte de son antichambre, en disant : Sachez que je ne suis pas venu pour m'enfuir, et que je fais peu de cas de vos menaces. Ils répondirent : 11 y aura autre chose que des menaces.

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