‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2215 sur 2407 · XXIX. Thomas refuse d absoudre les excommuniés · texte numérisé non relu

XXIX. Thomas refuse d absoudre les excommuniés

Les officiers du roi vinrent le jour suivant savoir sa réponse, et avec eux les clercs des trois prélats excommuniés, demandant 1 absolution de leurs maîtres (2). Thomas répondit qu il n'avoit pas le pouvoir de lever les censures imposées par le pape; et toutefois, comme ils le pressoient el le menaçoient de lindignation du roi, il répondit, que si les évéques de Londres et de Salisbury juroient , selon la forme de l'Eglise, d'obéir au mandement du pape, il feroil, pour la paix de LEglise, par le respect du roi, el par le conseil des autres évéques, tout ce qui dépendroit de lui , et traiteroil les trois prélats avec toute sorte de douceur et de charité, se ccmfiant en la clémence du pape. Les deux évéques éloient prêts à accepter la condition el à venir se faire absoudre ; mais l'archevêque d'York les en détourna, et leur dit : J'ai encore huit mille livres d'argent comptant que j'emploierai, s il est besoin, pour réprimer l'arrogance el l'opiniàlrelè de Thomas; ne vous laissez pas séduire, allons plutôt trouver le roi, qui nous a si fidèlement protégés jusqu'ici. Si vous le quittez pour vous attacher à son adversaire, car il n'y aura jamais entre eux de réconciliation parfaite, il vous regardera comme des transfuges, el vous chassera de vos terres. Que deviendrez-vous alors? En quel pays irez-vous mendier votre pain? Au

contraire, si vous demeurez avec le roi, que peut faire contre vous Thomas plus que ce qu'il a fait?

Les deux évéques furent touchés de cette remontrance , et ils partirent tous trois aussitôt pour aller trouver le roi en Normandie; en même temps ils envoyèrent au roi, son fils, qui éloil à Londres , Geoffroy Ridel et quelques autres , pour lui persuader que Thomas vouloit le déposer Mais rien n'étoit plus éloigné de sa pejisèe, comme il l'assure lui-même dans la lettre qu'il écrivit alors au pape, contenant la relation de son retour en Angleterre, et qui est sa dernière au pape Alexandre (1).

Peu de jours après son arrivée à Cantorbéry, il envoya à Londres Richard , prieur de Saint-Martin de Douvres, qui fut depuis son successeur, donner part au jeune roi de son arrivée, el lui fit faire ses excuses touchant la suspense des prélats (2). Ce député fut mal reçu par le jeune prince, dont les ministres ne regardoienl que la volonté du roi , son père. Thomas ne laissa pas de se mettre en chemia peu de jours après , voulant voir le jeune roi , qui avoit été son disciple , et ensuite visiter sa province, abandonnée depuis si long -temps. Comme il approchoit de Londres, tous les bourgeois vinrent au devant de lui , et le recurent avec grande joie; mais il vint deux I chevaliers de la part du roi lui défendre de passer outre , et lui ordonner de retourner à son église. Ses ennemis en devinrent plus fiers; et Robert de Broc, frère de Renoul, pour insulter au prélat, coupa la queue d'un cheval qui portoil quelques ustensiles de sa cuisine le jour de INoël. L'archevêque monta en chaire , et fit un sermon, à la fin duquel il prédit sa mort prochaine, fondanten larmes, et attirant celles de tout l'auditoire (3 . Mais il prit un ton d'indignation, et parla avec véhémence contre plusieurs courtisans du roi père. Il les excommunia , et nommément les deux frères Renoul et Robert de Broc. Après la messe , il tint table comme il avoit accoutumé les grandes fêtes, avec gaieté, et quoique le jour de JVcël fût celte année-là le vendredi, il mangea de la viande comme les autres. On voit ici l'anliquilé de cette dispense de l'abstinence au jour de Noël.

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