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XXXV. Foulques, évéque d'Estonie

Vers le même temps. Foulques , évêque d'Eslonie, alla trouver le pape Alexandre afin d'obtenir desleltresquil'aulorisassent dans son ministère. Foulques avoit été moine à IMoùtier-la-Celle, au diocèse de Troyes, sous la conduite du fameux abbé Pierre, qu'il suivit à Saint- Kemi de Reims ; car Pierre y passa en mil cent soixante-deux Ensuile Esquil , archevêque de Lunden en Danemarck , et primat de Suède parle privilège d Adrien lY, lit le moine Foulques évêque d'Eslonie , province située au fond de lamer Rallique, elqu'un roi de Danemarck avoit autrefois cédée à la Suède. Foulques allant donc à Rome, l'abbé Pierre lui donna unelettre de recommandation pour le pape Alexandre, où il reconnoît ce prélat pour son élève, et marque les périls où il s'oxï)ose en ce voyage, tant à cause de la chaleur de l'été que île la puissance de l'empereur schismatique.

Foulques obi int du pape plusieurs lettres, toutes datées de Tusculum , depuis le septième de septembre jusqu'au dix-huitième; ce qui semble montrer qu elles sont de l'année mil cent soixante -onze. Car il paroît, d'ailleurs.

CD V.Ep.84.

que cette année le pape étoit à Tusculum à la fin de mars et à la fin d octobre (1). Dans une des ces lettres adressée à tous les fidèles de Danemarck , le pape leur recommande de soulager la pauvreté de l'évêque Foulques, afin qu'il puisse s'acquitter plus facilement de son ministère. Dans une autre , il excite les rois et les seigneurs de Danemarck, de Norwége et Golhie , à réprimer par les armes la férocité du peuple d'Estonie et des autres païens de ces quartiers , leur accordant , pour cet efl'et , l'indulgence d'une année semblable à celle des pèlerins qui visitent le saint sépulcre (2). Par une autre lettre, le pape prie l'archevêque de Drontein en Norwége, et l'ancien évêque de Staffenger, d'accorder à Foulques le moine Nicolas, originaire d'Estonie, pour travailler avec lui à la conversion de la province.

11 y a deux grandes lettres adressées à l'archevêque d'Upsal, métropolitain de Suède, et à ses suffragants, pour réprimer plusieurs abus (3). Les laïques donnoientles églises à qui ils vouloient, sans consulter les évêques, elles donnoienl pour de l'argent ou par faveur. De là il arrivoit que toutes sortes de prêtres, de quelque part qu'ils vinssent, étoient admis sans examen à faire leurs fonctions par la seule autorité des laïques , et qu'on les laissoit quelquefois exercer par des moines fugitifs, chargés de crimes, ou qui n'ètoient pas prêtres. 11 en arrivoit encore que ceux qui n avoient point de bénéfii'e , ou en vouloient un meilleur, dépossédoient aisément les titulaires en gagnant les puissances par argent. On obligeoit les clercs mêmes, pour les différents qu'ils avoient entre eux , à plaider devant des juges laïques , en demandant et en défendant. On lesjugeoit suivant les lois séculières; et on les soumettoit aux épreuves du fer chaud et du duel , sans en excepter les évêques ; enfin on les frappoit et on les tuoit impunément.

D'ailleurs, les femmes corrompues faisoient périr les enlanls qui étoient le fruit de leur débauche ; d'autres commetloient des incestes ou des bestialités (4). 11 y avoit des prêtres qui employoient à la messe d » la lie de vin ou des miettes du pain trempées dans du vin. Quelques laïques, quoique chrétiens, se marioient sans messe et sans bénédiction du prêtre : ce qui produisoil souvent des divorces et des mariages illicites. Le pape exhorte les évêques de Suède à ( orriger tous ces abus , et remarque que l'ignorance en étoit la principale cause, car elle est ordinairement plus grande dans les pays les plus éloignés de la source de la religion et des études. C'est pourquoi il insère dans ces deux lettres les autorités del'Ecriture , des décrétales des pères de l'Eglise les plus précis sur chaque matière. Il ordonne, aux mères qui auront fait

CD Pelr. Celi. vi , Ep 1.5. Sup. lAFX, n. 50; I v, Ep. 12. Epist. S. Thom.

V, Ep. 83, 85.

(2) Tom. 10, Conc.

1272. Ep. 20, 21, 20.

(3) Ep. 19 et 2.

(4) Ep.22.

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In

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

périr leurs enfants baptisés , trois ans de pénitence , et cinq ans s'ils n'étoient pas baptisés ; et veut que l'on envoie à Rome ceux qui seront coupables de ce crime ou des autres abominations qu'il a marquées , afin que la fatigue du voyage fasse partie de la pénitence. C'est le commencement des réserves au pape de certains cas plus atroces.

Par une autre lettre adressée à l'archevêque d'Upsal, à ses suCfragants et au duc Gulherme (1), il dit avoir appris que, quand les Finlandois se trouvent pressés par les armées de leurs ennemis , ils promettent d'embrasser la foi chrétienne, et demandent avec empressement des missionnaires pour les instruire ; mais, sitôt que l'armée est retirée, ils renoncent à la foi et maltraitent les missionnaires. C'est pourquoi le pape exhorte ce duc et ces évéques à ne plus exposer le christianisme à une telle dérision; à se faire livrer les places des Finlandois, ou prendre si bien d'ailleurs leurs sûretés que ces peuples ne puissent plus les tromper, ei soient contraints de garder la foi chrétienne quand ils l'auront une fois embrassée.

Au retour de la cour de Rome , l'évéque Foulques demeura quelque temps à Reims avec l'abbé Pierre, que l'archevêque Henri allant à Rome avoit laissé son vicaire-général. Il retint donc Foulques pour exercer dans le diocèse de Reims les fonctions épiscopales , et pour profiter plus long-temps lui-même d'une occasion de le voir, qu'il n'espéroit plus de retrouver (2). C'est ainsi qu'il en écrit au roi de Suède et à l'archevêque, et en le renvoyant il le recommanda à Esquil, archevêque de Lunden , qui l'avoit ordonné évêque et assisté de ses libéralités, principalement dans ses voyages.

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