‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2232 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-DOUZIÈME

blables dans toute la terre ; étudiaiit la loi jour et nuit, et exerçant l'hospitalité envers leurs frères juifs. C'est par-là qu'il finit sa relation. Il revint en Caslille, suivant fauteur de la préface, fan six cent trente-trois selon les juifs , selon nous mil cent soizante-treize.

C'est le temps des premiers rabbins fameux, dont il me semble à propos de dire un mot, afin que l'on juge quel fondement on peut faire sur les traditions rapportées par des auteurs si modernes. Depuis les paraphrases chaldaïques, composées vers le temps de Jésus-ChrisI, et e Talmud,achevéenvironcinqcentsansaprès,les juifs n'ont que cinq ou six livres écrits avant fan mil de J.-C (1). C'est depuis ce temps que les éludes se sont renouvelées chez eux, à f imitation des chrétiens ou des musulmans ; depuis ce temps ont été composés tous ces livres qui forment leurs bibliolhèques. Un de leurs premiers auteurs est Rabbi JNalham, qui commença à se distinguer fan mil cinquante, et mourut à Rome fan mil cent six (2). Il est auteur du livre Arouc , qui est un dictionnaire, p<mr expliquer les mots difliciles duTalmud. Ensuite vint Abraham AIm^u Ezra, qui s'appliqua à interpréler 1 Ecriture selon le sens littéral et grammatical, au lieu que la plupart donnoient auparavant dans les explications mystérieuses de la cabale. H soutint toutefois la tradition contre les caraïtes , qui ne reconnoissoienl daulorilé que celle de l Ecriture. Aben Ezra étoit Espagnol ; mais, s'étant mis à voyager, il mourut à Hhmles, en mil cent soixante-quatorze, âgé de soixante-quinze ans. 11 étoit aussi astronome et médecin.

Du mémejtemps, vivoit en FraiM-e R. Salomon Jarchi, natif de Troyes en Champagne , ou, selon d'autres, de ;Lunel en bas Languedoc. Il ens(Mgna à Paris, et commenta toute la Bible et presque tout le Talmud ; ce qui le lit nommer par les juifs l'interprète par excellence ; mais ces notes sur l'Ecriture sont obscures, n'étant guère que des gloses mêlées de mots vulgaires à présent inconnus. H voyagea à la terre sainte et jusqu'en Perse; et, étant revenu en Europe, il mourut à Trêves à soixante-quinze ans, en mil cent quatre-vingt. Les juifs le nomment par abrégé Raschi. Ses notes, avec celles d'Aben Ezra , remplissent la marge des bibles rabbiniques.

Mais le plus fameux de tous les rabbins est Rambam , c'est-à-dire R. Moïse, fils de Maïmon. Il naquit à Cordoue, fan du monde, selon les juifs , quatre mil huit cent quatrevingt-quinze, de J.-C. mil cent trente-cinq ; son père et six de ses aïeux avoient été juges. Après avoir étudié les livres de juifs, il devint disciple d'Averroès , natif aussi de Cordoue , ot un des plus grands philosophes qu'aient eus les Arabes. Averroès a commenté Aristote , traduit en arabe depuis long-temps,

(1) P. 58, 59, 02, 04, 70, (3) P. lU.

(1) Buxtorfbibliolh.Rab.

(2; Ibid. p. 395.

et ses commentaires, traduits en latin, ont servi depuis ànosscolasliques.Moïse, s'étant donc attaché à lui , fut enveloppé dans sa disgrâce ; car Averroès fut suspect aux almohades, nouveaux maîtres des musulmans d'Espagne.

On dit même que Moïse, pour se mettre à couvert de la persécution, fit profession du mahométisme, demeurant juifs en secret. Enfin , il quitta f Espagne, passa en Egypte, et reprit la profession ouverte de judaïsme. Il s'établit à Foustat, près le Caire, où il exerça la médecine avec grande réputation , étant protégé par le cadi Fadel (1).

Moïse, ayant cultivé sa raison par la philosophie et les mathématiques , s'éleva au-dessus des autres juifs, qui n'èludioient que leurs traditions mêlées de fables , et prit une méthode plus sérieuse. Entre un grand nombre de livres qu'il a composés, il y en a deux fort célèbres. Le premier, intitulé Jadhazaca, comprend toute la doctrine du Talmud, c'est-à-dire la jurisprudence civile et canonique des juifs, distribuée par ordre, et expliquée clairement en un pur hébreu (2). L'autre ouvrage, intitulé More nevochim, est une clef pour entendre les passages difliciles de f Ecriture, par la distinction des divers sens, littéral, métaphorique, anagogique , allégorique ; contre ceux qui, prenant trop grossièrement les expressions de l'Ecriture, s'imaginoient Dieu corporel, ou donnoient dans d'autres erreurs. Moïse composa cet ouvrage en arabe, qui étoit sa langue maternelle; et R. Salomon-ben-Tibon le traduisit en hébreu du vivant de fauteur , et avec son approbation. Les juifs francs, tant ceux qui demeuroient à Anlioche , à Tripoli et aux autres villes d Orient , que ceux qui étoient en Europe, ayant eu par ce moyen connoissancedecelivre, en furent très-mal contents , ne pouvant souffrir que l'on employât la philosophie d' Ari ilote à expliquer la religion. Celui qui se déclara le plus contre Moïse , fut un R. Salomon de -Montpellier, avec deux de ses disciples, qui prétendirent que son livre devoit être brûlé ; niais il fut soutenu par d'autres savants juifs, particulièrement à Narbonne, ce qui produisit une espèce de guerre civile entre les synagogues, quis'excommunioient réciproquement, ot ce schisme dura quarante ans. Toutefois, la réputation de Moïse, fils de Maïmon, a prévalu , et l(»s juifs osent bien dire que c'est le plus grand homme qui ait paru depuis Moïse le législateur.Il mourut à soixante-dix ans, en mil deux cent un. Son principal défenseur fut R. David Kimhi , le plus fameux grammairien des juifs , qui avoient emprunté cet art des Arabes, et ne fa voient cultivé que depuis cent cinquante ans (3). R. David étoit Espagnol et ^«mposa sa grammaire , nommée Mîcol, vers

Cl) Buxtorf.pref. iiimore (1) Bibl.Rabb. p. 345,399.

^evaeh. Bibl.Orienl. p.719. (3) V. Morin. u. Exercit.

Abulfar.p.297.Bibl.Oricnl. bibl. 14, c. 1. Simoo. Crit.

l*"'î*». V.tesl. l,c. 30, 31.

fan mil deux cent. C'est ce que j'ai cru devoir dire des rabbins du douzième siècle , dont les noms sont les plus connus dans les écoles chrétiennes.

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