L. Pénitence du roi d'Angleterre
Mais la guerre ne laissoit pas de continuer, et les Ecossois et les Gallois , peuples féroces et anciens ennemis des Anglois , la faisoient avec la dernière cruauté , jusqu'à massa' rer les prêtres sur les autels, ouvrir les femmes enceintes, et en tirer les enfants à la pointe de leurs lances. Le roi père se voyoit abandonné presque de tous ses sujets, et n'avoit plus guère à sa suite que des étrangers qu'il payoit largement. Ainsi, pressé de tous côtés, et, désespérant presque de conserver ses états deçà la mer , il voulut sauver au moins l'Angleterre, et y passa au commencement de juillet (1). Mais quand il y fut arrivé il alla d'abord à Cantorbéry faire satisfaction au saint martyr; et le vendredi , douzième du même mois, il partit de réj>lise de Saint-Dunslan , qui est assez loin hors de la ville, revêtu seulement sur la chair d'une pauvre tunique de laine , et marchant nu-pieds dans les rues crotlées.Ilvintainsijusqu'autombeau du saint, où il se tint prosterné, recevant des coups de verges de la main de tous les évêques et les abbés qui étoient présents , et de tous les moines delà communauté l'un après l'autre. Il demeura ainsi prosterné sans tapis ni autre chose sous lui, pendant toutle jour etlanuit suivante en prière , et sans prendre aucune nourriture. Après les matines, il visita tous les autels de l'église haute et les corps saints qui y étoient, puis il revint au tombeau de saint Thomas dans la cave. Le samedi au point du jour, il demanda une messe en l'honneur du même saint Thomas , et l'entendit , puis il sortit de Cantorbéry avec joie, et Je dimanche il arriva à Londres.
Le même jour, samedi treizième de juillet , pendant que le roi d'Angleterre entendoil la messe, le roi d'Ecosse fut pris par un parti d'Anglois du comté d'York; et le jeune roi, qui étoit prêta passer en Angleterre avec le comte de Flandre, sachant que son père y étoit, demeura en JNormandie, et s'attacha au siège de Rouen avec le roi de France. Ainsi trois semaines après le pèlerinage du roi au tombeau de saint Thomas , la guerre cessa en Angleterre. Ce prince repassa en Normandie vers la Saint-Laurent pour venir au secours de Rouen , bénissant Dieu et saint Thomas, et menant avec lui le roi d'Ecosse et trois comtes, ses prisonniers.
11 fut reçu par le nouvel archevêque de
(1) Vita,c. 5. Boi.Sniai, to. 13, p. :i33 Rob. de
Mont. 1174.
ri) V. Pag. anno 1174, n. 12. Supl. LXYIli,n. 73.
^2) Roger. Houcd. &38.
Gervas. an. 117i.
(1) Gervas. et Hogei . Gesta post. Mari.
ii:t
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
lAn de J.-C. 1175.
Cantorbéry, Richard, qui étoitvenu de Rome, et se trouva à son débarquement près de Caen ; et le jour même il l'obligea de dîner avec lui. Ce prélat, étante Caen, excommunia par l'autorité du pape tous les ennemis du roi, sans en excepter personne, pas même le roi, son fils, qu il en a voit averti auparavant. L'archevêque passa ensuite en Angleterre, et arriva le samedi cinquième d'octobre à Cantorbéry , où le lendemain il sacra les quatre évêques de Winchester, d'Eli, d'Herford et de Chlchester (1). Il se contenta de prendre le serment de Renaud , évêque de Balh , q^i avoitété sacré à Saint-Jean deMaurienne, en revenant d'Italie. Cependant le roi d'Angleterre fit lever le siège de Rouen , et reçut en ses bonnes grâces ses enfants rebelles en une conférence tenue le lendemain delà Saint-Michel , dernier jour de septembre. Ainsi la paix fut rétablie dans tous ses états.