‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2254 sur 2407 · III. Le pape à Ferrare · texte numérisé non relu

III. Le pape à Ferrare

Le pape partit de Venise la même semaine sur onze galères , et remontant le Pô arriva en sa ville de Ferrare, le dimanche de la Passion. Le lendemain y arrivèrent le patriarche d'Aquilée , les archevêques de Ravenne et de Milan avec les évêques , leurs suffragants , les recteurs des villes de Lombardie , les marquis et les comtes. Ils s'assemblèrent le lendemain dans la grande église dédiée à saint Georges, avec une multitude innombrable de peuple; le pape leur dit : Vous savez, mes chers enfants , la persécution que l'Eglise a soufferte de la part de l'empereur qui devoit la protéger; vous savez que l'autorité de l'église romaine en a été affoiblie, parce que les péchés demeuroient impunis et les canons sans exécution; outre les autres maux, la destruction des églises et des monastères , les pillages, les incendies, les meurtres et les crimes de toutes sortes. Dieu a permis ces maux pendant dix-huit ans; mais enfin il a apaisé la tempête et tourné le cœur de l'empereur à demander la paix. C'est un miracle de sa puissance qu'un prêtre vieux et désarmé ait pu résister à la fureur des Allemands , et vaincre sans guerre un empereur si puissant ; mais c'est afin que tout le monde connoisse qu'il est impossible de combattre contre Dieu. Or, quoique l'empereur nous ait fait demander la paix à Anagni pour l'Eglise et pour le roi de Sicile , et qu'il ait voulu la faire sans vous, nous n'avons pas voulu la recevoir, considérant avec quelle dévotion et quel courage vous avez combattu pour l'Eglise et pour la liberté de l'Italie , et, sans avoir égard ni à notre dignité ni à la foiblesse de notre âge avancé , nous nous sommes exposés à la mer et aux périls pour venir délibérer avec vous si nous devons accepter la paix qui nous est offerte.

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Après que le pape eut parlé , les Lombards, qui u'éloient pas raoins éloquents que guerriers , lui répondirent ainsi par la bouche d'un de leurs sages : Toute l'Italie se jette à vos pieds pour vous rendre grâce et vous témoigner sa joie de l'honneur que vous faites à vos enfants , de venir à eux et de chercher les brebis égarées pour les ramener. Nous connoissons par notre propre (»\périence la persécution que l'empereur a faile à l'Eglise et à vous ; nous nous sommes les premiers opposés à sa fureur, et nous nous somnaes mis au devant pour l'empêcher de détruire l'Italie et d'opprimer la liberté de l'Eglise, et pour une si bonne cause nc»us n'avons évité ni la dépense, ni les travaux, ni les pertes, ni les périls. C'est pourquoi , saint père , il est convenable que vous n'acceptiez point sans nous la paix qu'il vous offre, comme nous avons refusé celle qu'il nous a souvent offerte sans l'Eglise. Au reste , nous la ferons volontiers avec l'empereur, et nous ne lui refusons rien de ses anciens droits sur l'Italie; mais, pour notre liberté que nous avons reçue de nos pères, nous ne l'abandonnerons qu'avec la vie. Quant au roi de Sicile, nous sommes très-aises qu'il soit compris dans ce traité, parce que c'est un prince qui aime la paix et la justice ; nos voyageurs le savent par expérience, et il y a plus de sûreté dans les bois de son royaume que dans les villes des autres.

Trois jours après, arrivèrent à Ferrare Christien, chancelier de l'empereur, les archevêques de Cologne , de Magdebourg et de Trêves, révêqueèlu de Wormes, Godefroy, autre chancelier, et le protonolaire. Le pape leur donna audience en consistoire, où étoient les envoyés du roi de Sicile et les députés des Lombards ; et ils déclarèrent que l'empereur leur avoit donné pouvoir à eux sept de conclure la paix avec le pape, le roi de Sicile et les Lombards, comme il avoit promis à Anagni. Le pape en fut très-content, et nomma de son côté sept cardinaux, les Lombards nommèrent aussi sept commissaires, dont quatre étoient des évêques ; et le pape voulut que les deux envoyés du roi de Sicile assistassent aux conférences. On commença par disputer sur le lieu de l'entrevue entre le pape et l'empereur ; et après plusieurs jours de contesta talion on convint qu'elle se feroit à Venise, à condition que le pape prendroit ses sûretés de la part des Vénitiens. Le chancelier Christien, qui ne se croyoit pas en sûreté à Ferrare, en partit le jeudi-saint, et se retira en diligence à Venise ; mais le pape célébra solennellement à Ferrare la fête de Pâques, qui cette année mil cent soixante-dixsept fut le vingt-quatrième d'avril.

IV. Réconciliation de l'empereur avec le pape. ïl en partit le neuvième de mai , sur les

galères du roi de Sicile , et fut reçu à Venise avec les mêmes honneurs que la première fois (1). Il ordonna aux commissaires de s'ass.^mbler dans la chapelle du palais patriarcal où il lo reoit , et de commencer par la paix des Lombards, qui éloit de plus longue discussion. On ne put en convenir, et le pape proposoit une trêve avec les Lombards et le roi de Sicile , qui ne fut pas acceptée par l'empereur, cir il n'alloit point droit en ce traité. Il sedé- (ioit de ses propres commissaires ; et , s'êlant approché jusqu'à Chiogia, il vouloit entrer à Venise malgré le pape , étant favorisé par une partie des Vénitiens, nonobstant les serments qu'ils avoient lails au contraire. Le duc de Venise et les sages n'en éloient pas les maîtres ; mais les envoyés du roi de Sicile retinrent ce peuple, en le menaçant de la colère du roi, leur maître. Ces diflicultés firent durer la négociation jusqu'à la lin de juillet. Enfin le chancelier Christien , et les autres commissaires de l'empiTeur, lui déclarèrent librement que sa puissance ne s'étendoit pas sur leurs

desquels il doit venu a Venise; qu le reconnoissoient pour pape, et renonçoient à l'antipape qui étoit en Toscane. Alors l'empereur se rendit à la paix , selon qu'elle avoit été projetée avec l'Eglise , le roi de Sicile et les Lombards , et, après de nouveaux serments prêtés pour lui et pour les seigneurs allemands, il vint à Venise le samedi vingt-troisième de juillet.

Le lendemain dimanche, veille de Saint- Jacques, le pape envoya dès le grand matin six cardinaux, savoir, deux évêques, trois prêtres et un diacre vers l'empereur , pour l'absoudre. 11 renonça au schisme d'Octavien , de Guy de Crème et de Jean de Strume, et promit obéissance au pape Alexandre et à ses successeurs légitimes ; et il fut absous , par les cardinaux de l'excommunication , et réuni à l'église catholique. Les prélats et les seigneurs allemands en tirent autant , et reçurent aussi l'absolution. Alors le duc de Venise avec le patriarche de Grade, et une grande multitude de clergé et de peuple, vint àSaint-Nicolas-du- Lido, où l'empereur éloit; et le duc, l'ayant pris dans sa barque , le mena à Saint-Marc , où le pape l'attendoit à la porte de l'église avec ses évêques, ses cardinaux, le patriarche d'Aquilée , les archevêques et les évêques de Lombardie, tous assis et revêtus pontificalement, en présence d'un peuple infiombrable. L'empereur, s'étant approché , ôta son manteau , et se prosterna aux pieds du pape , qui , touché jusqu'aux larmes, le releva et lui donna le baiser de paix. Aussitôt les Allemands entonnèrent le Te Deum à haute voix , et l'empereur, prenant le pape par la main droite, le mena jusque dans le chœur de l'église ; puis,

(1 Romuald.

An de J.-C. 1177. j

baissant la tête, il reçut sa bénédiction et se 1 retira au palais du duc. |

Le soir, il envoya prier le pape de célébrer la messe à Saiit-Marc, le lendemain fête de Samt-Jacques, pa. ce qu'il dêsiroit l'entendre ; le pape l'accorda. Et, comme il alloit à l'autel,l'empereur, sans manteau et une verge à la main, lit la fonction d'huissier, marchant devant lui pour chasser les laïques du chœur et lui faire place. Il demeura dans le chœur avec les prélats et le clergé allemand , qui ce jour-là chanta 1 office; après l'évangile, le pape monta au jubé pour prêcher le peuple et, comme il p;irloit latin, il chargea le patriarche d'Aquilée d'expliquer son sermon en allemand , pour satisfaire à la dévotion de 1 empereur (1). Après le sermon et le Credo ,

I empereur, avec les seigneurs de sa cour, vint baiser les pieds du pape et faire son offrande ,

II communia de sa main ; et, après la messe , il le prit par la main et le mena jusqu'à là porte de l'église. Quand il monta à cheval, il lui tint l'elrier et le conduisit par la bride quelque temps, jusqu'à ce que le pape lui donna sa bénédiction et lui permit de se retirer, le dispensant du reste du chemin jusqu à la mer, qui étoit trop long. Le lendemain , vers 1 heure de noue, l enqxTeur rendit au pape une visite d'amiiié, et vint avec peu de suite jusqu'à sa chambre, où il s'entretenoil faniiî ;T'MMent avec les cardinaux. La conversation entre le pape et l'empereur fut affectueuse et gaie, mêlée de quelques railleries, sans préjudice de leur dignité.

suivant de mauvais conseils , et qu1l avoit attaque 1 Eglise croyant la défendre. Il remercia Dieu de l avoir tiré d'erreur, et déclara qu'il quittoit le schisme, qu'il recojinoissoit Alexandre pour pape légitime, et rendoit sa paix au roi de Sicile et aux Lombards

Ce discours fut suivi de grandes acclamations a la louange de l'empereur, puis on apporta les Evangiles, les reliques et la vraie

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