LIVRE SOIXANTE-TREIZIEME
fl) Chr. Reichersp. ann.
1177, tom. 10, Gonc. p.
(i) Roger. Hed.
(3) Ap. Bar. t. tO, Conc.
p. 1244, 1245, U18, £pist.
comme déposé par le pape. Aussi avons-nous vu que pendant le schisme ses sujets catholiques , même les ecclésiastiques , ne lui obèissoient pas moins qu'auparavant , lout excommunié qu'il ètoit. C'est qu'on avoit peine à se soumetlre aux nouvelles prétentions de Grégoire VII , touchant la déposition des souverains j mais l'excommunication, fondée sur l'Ecriture et la tradition, è loi t regardée comme une chose sérieuse.
Le dimanche , quatorzième jour d'août , veille de l'Assomption, le pape Alexandre tint un concile à Venise , dans l'église de Saint- Marc, avec ses évèques et ses cardinaux, les évéques et les abbés d'Allemagne, de Lombardie et de Toscane; l'empereur, le duc de Venise et les envoyés du roi de Sicile y assistèrent, avec une grande multitude de peuple (1). Après les litanies et les prières accoutumées , et un long sermon sur la paix, le pape fit donner des cierges allumés à l'empereur et aux autres assistants, tant clercs que laïques, puis il prononça excommunication contre quiconque troubleroitla paix qui venoil d'être faite; aussitôt on jeta et on éteignit les cierges en disant : Ainsi soit-il.
VU. Lettre du pape tu prêtre Jean.
Tandis que le pape étoit à Venise, il écrivit une lettre à un roi des Indes, à qui il dit on substance (2) : JNous avons appris il y a longtemps , par le rapport do plusieurs personnes , que vous faites profession de la religion chrétienne, que vous vous appliquez aux bonnes œuvres et cherchez à plaire à Dieu. Mais le médecin Philippe, notre ami , dit avoir appris sur les lieux vos dispositions par les grands de votre royaume , et que vous voulez être in struit de la doctrine catholique et n'avoir point d'autre foi que celle du saint-siege. Il ajoute . que vous désirez ardemment avoir une église à Rome, un autel a Saint-Pierre et un dans l'église du Saint-Sépulcre , où des hommes sages de votre royaume puissent demeurer pour se mieux instruire de la doctrine catholique et vous en instruire ensuite , vous et les vôtres. C'est pourquoi nous vous envoyons le même médecin Philippe» , homme habile et prudent, que nous vous prions de recevoir favorablement, d'écouter ce qu'il vous dira de notre part , et d'envoyer avec lui vers nous des personnes considérables, chargées de vos lettres , qui nous expliquent amplement vos intentions. La lettre dupapeest datée du Kipalte, le vingthuitième de septembre. Le roi auquel elle est écrite y est nomme le prêtre Jean, suivant les historiens anglois qui la rapportent : ce qui fait croire que c'est le même prince dont trentedeux ans auparavant Hugues, évéque de Ga-
(1) ActaAlex. Romutld.
io. 10, Conc. p.
(i) Alex. Ep. 40.
baies , racontoit les victoires sur les Persans, qui régnoit à I extrémité de l'Orient, et étoit chrétien, mais nestorien (1).
Avant que de partir de Venise, le pape et l'empereur nommèrent chacun trois commissaires pour la restitution des terres de l'Eglise, d(mt l'empereur étoit en possession; ensuite l'empereur prit congé du pape et retourna à Césène (:>). L(^ pape partit après lui vers la mi-octobre , sur quatre galères vénitiennes, et arriva à Siponte le vingt-neuvième du même mois, d'où il passa à Troyes , puis à Bénèvent , et enfin il arriva à Anagni le quatorzième de décembre , après une année entière d'absence. Le récit de ce voyage , et de tout ce qui s'y passa , est principalement tiré de deux originaux , des actes du pape Alexandre, écrits par un homme de sa suite, et de la chronique de Komuald, archevêque de Salerne, un des envoyés du roi de Sicile.