XLI. Confession de saint Etienne devant l'empereur
Il le fit donc ramener à Constartinople et mettre dans la prison du bain, les fers aux mains et les entraves aux pieds. Quelques jours après , il l'interrogea en particulier sur la terrasse du Phare, étant assis entre deux de ses principaux officiers (1). En y allant, le saint se fit donner une pièce de monnoie , qu'il tenoit cachée sous son habit Sitôt que l'empereur le vit entrer, il s'écria ; Voyez quel homme me charge de calomnies. Le saint regardoit à terre sans rien répondre. L'empereur jetant sur lui un regard farouche, lui dit : Tu ne me réponds point, misérable. Saint Etienne répondit : Seigneur, si vous êtes résolu à me condamner, envoyez-moi au supplice : si vous voulez m'interroger, modérez votre colère ; car c'est ainsi que les lois ordonnent aux juges d'en user. L'empereur ajouta : Dis- moi quels décrets ou quels préceptes des pères avons-nous méprisés , pour te donner sujet de nous traiter d'hérétiques ? Saint Etienne répondit : C'est que vous avez ôté des églises les images que les pères ont reçues et adorées de tout temps. L'empereur reprit : Impie, ne les nomme pas images, ce sont des idoles. Et comment peuvent -elles compatir avec les choses saintes ? Qu'a de commun la lumière avec les ténèbres (2) ?
Seigneur, répondit saint Etienne, les chrétiens n'ont jamais ordonné d'adorer la matière dans les images : nous adorons le nom de ce que nous voyons, remontant par la pensée aux originaux. Cette vue élève notre raison jusqu'au ciel, et fixe notre curiosité. Est-il donc juste , dit l'empereur, de faire des images sensibles de ce que l'esprit même ne peut comprendre ? Et qui est l'homme , dit saint Etienne, à moins que d'avoir perdu le sens, qui en adorant ce que l'on voit dans l'église, adore la créature, la pierre, l'or ou l'argent, sous prétexte qu'elle porte le nom des choses saintes? Mais vous autres, sans distinguer le saint du profane, vous n'avez pas eu horreur d'appeler idole l'image de Jésus-Christ, comme Apollon , et celle de la mère de Dieu, comme ÎJiane , de les fouler aux pieds et de les brûler. L'empereur dit : Esprit bouché , est-ce qu'en foulant aux pieds les images , nous foulons aux pieds Jésus-Christ , à Dieu ne plaise.
LIVhE QUARANTE-TROISIÈME.
Alors saint Etienne tirant de son sein la pièce de monnoie qu'il avoit apportée exprès , dit à l'empereur : Seigneur, de qui est cette image et cette inscription? L'empereur surpris répondit : C'est des empereurs , c'est-àdire, de lui-même et de son fils Léon. Saint Etienne continua : Serai-je donc puni si je la jette à terre , et si je la foule aux pieds ? Les assistants dirent : Assurément, puisqu'elle porte l'image et le nom des empereurs invincibles. Le saint répondit avec un grand soupir : Quel sera donc le supplice de celui qui foule aux pieds le nom de Jésus-Christ et de sa mère dans leurs images? ne sera-t-il pas livré au feu éternel (1)? Alors il jeta la pièce de monnoie et marcha dessus. Ceux qui accompagnoient l'empereur se jetèrent sur lui comme des bêtes féroces, voulant le précipiter de la terrasse en bas ; mais l'empereur les en empêcha et l'envoya lié par le cou , et les mains derrière le dos à la maison publique nommée le prétoire, voulant le faire juger selon les lois, pour avoir foulé aux pieds l'image de l'empereur.