‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2260 sur 2407 · IX. Absalora, archevêque de Lunden · texte numérisé non relu

IX. Absalora, archevêque de Lunden

La nouvelle de la fin du schisme et de la réconciliation de l'empereur avec le pape , fut apportée en Danemarck par ceux qui avoient été envoyés en cour de Rome pour solliciter la promotion d'Absalom à l'archevêché de Lunden ( 1 ) . L'archevêque Esquil, se voyant avancé en âge, désiroit depuis long-temps de quitter sa dignilé, et en fit un jour confidence au roi Yaldèmar. Ce prince Ten voulut détourner, et lui représenta qu'il ne le pouvoit sans l'autorité du pape; mais le prélat répondit qu'il aroit obtenu du pape, non-seulement la permission de renoncera l'archevêché, mais le pouvoir de le transférer à qui il voudroit, outre l'autorité qu'il en avoit en qualité de légat. Pour rendre sa renonciation plus solennelle, il pria le roi d'assembler les évêques dans un mois, mais de tenir la chose secrète , de peur que quelqu'un ne s'absentât , craignant d'être élu archevêque.

Cependant, en un jour de fête il fit un sermon à son peuple, où il représenta combien il les avoit aimés et combien il en avoit été aimé, et déclara que son grand âge lui avoit fait prendre la résolution de se retirer, qu'il les recommandoit à la Providence, et déchargeoit tous ses vassaux de leur serment ; enfin il leur demanda leurs prières. Ce discours attira les larmes de tous les assistants ; et Absalon , évéque de Rostchild , qui vint alors loger chez lui , lui ayant demandé la raison de sa retraite, il allégua, outre sa vieillesse, un vœu qu'il avoit fait entre les mains de saint Bernard. Le lendemain, les évêques , étant arrivés, s'assemblèrent dès le matin dans l'église de Saint-Laurent, et l'archevêque fit tirer les ornements des armoires de la sacristie , pour montrer combien la splendeur de l'office divin avoit augmenté par ses libéralités. Il ajouta combien il avoit travaillé pour la paix de son troupeau, combien de peines et de périls il avoit essuyés pendant son pontificat, et que ne se sentant plus capable d'en faire les fonctions il avoit résolu de le quitter.

Le roi , qui craignoit que la renonciation de l'archevêque ne fût attribuée à quelque mécontentement et quelque ressentiment contre lui , ordonna de déclarer s'il renonçoit de son

Ï)ropre mouvement. Alors Esquil," étendant es mains vers l'autel, jura qu'il ne le faisoit par aucun chagrin contre le roi, mais par le

(1) SaxoGram.liv. 14, p. 322, 317.

•il

HISTOIRE DU CHRISTIAMSME

dégoût déshonneurs périssables et le désir de la gloire élernelle. On lut ensuite la bulle du pape, où il disoit qu'après avoir longtemps relusé d'admettre la renonciation de l'archovéque , sachant combien il étoit utile à son troupeau, il l'accordoit enfln à sa persévérance, en considération de son grand âge et de ses infirmités. Le roi déclara qu'on ne pouvoit résister aune telle autorité, et l'archevêque , se levant de son siège , mil sa crosse et son anneau sur l'autel. Alors l'église retentit de gémissements , et le roi pria Esquil de choisir son successeur, comme connaissant mieux que personne le clergé du royaume. Le prélat fit lire une aulre bulle, qui lui laissoit ce choix en qualité de légat; mais il déclara quil cédoit son pouvoir à ceux qui avoient droit de faire cetteéleclion, et ceux-ci prièrent le roi dédire son sentiment; il nomma, comme parlant au nom du peuple, Absalom, évéque de Roslchild, et ce choix l'ut approuvé par une acclamation

publique.

Mais Absalom se leva, protestant que ce fardeau étoit trop pesant pour lui , et qu il ne pouvoit se résoudre à quitter son église, après lavoir amenée, par un grand travail, d'une extrême pauvreté à l'état llorissant où elle se trouvoit. Ceux qui avoient droit d'élection, excités par Esquil élurent Absalom tout d une voix, et le prirent pour le mettre par force dans le siège. En même temps, le clergé commença à chanter, et le peupl.' le suivoit. Mais la résistance d Absalom fut telle, qu'il lit tomb r par terre quelques-uns de ceux qui le trainoient, et cette pieuse V ioleiice se tourna presque en querelle. Enfin, ayant obtenu liberté de parler , il appela au pape. JNicolas, doyen du chapitre de Rostchild, appela aussi de la violence que l'on faisoit à son évéque , et Esquil protesta qu'il soutiendroit l'éleclion , et qu'Absalom verroit qui d'eux deux seroil plus écouté à Rome. Après la messe , il voulut obliger Absalom à donner la bénédiction ; mais il s en défendit , aussi bien que de recevoir l'hommage des vassaux de l'archevêque, ni de rien faire qui pût marquer le moindre consentement à son élection.

On envoya donc de part et d autre des députés en cour de Rome , de la part du roi et de l'église de Lunden, pour appuyer l'élection, de la part d'Absalom et de la part de 1 église de Roslchild , pour la combattre. Le pape trouva moyen de contenter les ur.s et les autres, en ordonnant à Absalom d'accepter l'archevêché de Lunden , avec permission de garder l'évêché de Roschild. 11 envoya pour cet elTet en Danemarck un légat, nommé Galand , nui, ayant appelé à Rostchild le clergé de Lunden , fit lire la bulle qui ordonnoit à Absalom de se soumettre à l'élection, et le menaça de rexcomniuniers'ilrèsistoitencore. 11 lui fit prêter serment pour son nouveau clergé ; ensuite il lui donna dans l'église de Lunden le pallium qu'il avoit apporté, et le lendemain il assista

iAn de J.C ItTT

au sacre qu'il fit d'Homer, évéque de Ripen. Galand s'acquitta de cette légation avec biaucoup d intégrité, et, ayant passe l'hiver en Danemarck, il retourna à Kome. Quant à Esquil, il se retira, l'année suivante mil cent soixanle-dix-huit , à l'abbaye de Clairvaux, où il prit l'habit monastique, et y finit saintement ses jours trois ans après , en mil cent quatre-vingt-un (I).

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