XI. Pierre, cardinal
de Sainl-Chrysogone , légat France.
en
Dès l'année mil cent soixante-seize, le pape Alexandre avoit envoyé pour légat en France Pierre, cardinal -prêtre du titre de Sainl- (^hrysogone , qui avoit été élu évéque de ]\Ieaux , et garda long-temps les revenus de cette église. On voit le temps de sa légation par la li'tlre que le pape écrivit aux archevêquc^s de Lyon et de Bourges et à leurs suffragants, datée de Férentino, le douzième d'avril , par conséquent avant son voyage de L )mbardie , où il ordcmne à ces prélats de lui obéir en cette qualité, et par une autre lettre tendant à même fin , adressée à tous les François, et datée d'Anagni le vingt deuxième du même mois [H). Pendant qu il étoit à Fer rare pour le traité de paix avec 1 empereur, il écrivit à ce légat de presser l'exèi ution du mariage accordé entre Ri hani, second (ils du roi d'Angleterre, et Alis, fille du roi de France, en sorte que, si dans quarante jours après son admonition le roi d'Angleterre n'y satisfait de sa part, le légat prononce interdit sur (out(S \os terres de son ob Mssance , et enjoint aux archevêques de Cantorhery et de Bordeaux, et à l'évêque de l*oitiers de le faire observer. Le légal exécuta cet ordre , et le roi Henri , qui étoit en Angleterre, l'ayant apj)ris, en appela au p>pe, et passa aussilcjt en Normandie, cjù il eut une ccmférence avec le roi Louis à Ivri, le vingtdeuxième de septembre mil cent soixante-dixsept , en présence du légat et des grands des di'ux rc»yaumes (3). Les deux rois y firent un traité de paix et d'alliance, avec promesse de se croiser et faire ensemble le voyage de Jérusalem ; mais ce projet n'eut point de suite.
Xll Manichéens à Toulouse.
C'^pendant les manichéens se fortifioient à Toulouse et aux environs, comme on voit per uiîe lettre du comte Kaymond V à l'abbé etaa chapitre général de Citeaux, où il dit (4) : Cette heresi.' a gagné jusqu'aux prêtres, les églises son! abandonné s et ruinées , l'on refuse \q baptême, leueharis ie est en abomination, la f>èniteiice méprisée, on rejette la création de 1 homme, la rc^surreetion de la chair e. tous les mystères ; enfin , on introduit deux principes. Personne ne songe à s'opposer à ces méc hauts.
reconnois que mes forces ne sont pas suffisantes , parce que les plus nobles de mes étals sont infectés de celte erreur, et entraînent une trèsgrande multitude. J'ai donc recours à vous, et vous demande votre conseil, votre secours et vos prières. Le glaive spirituel ne suffira pas, il y faut joindre le mitèri^'l , et pour cet elTet je voudrois que le roi de France vînt ici , espérant que sa présence mettroit fin à ces maux. Je lui ouvrirai les villes, je mettrai en son pouvoir les bourgs et les châteaux, je lui montrerai les hérétiques , et je l'aiderai jusqu'à répandre mon sang pour écraser les ennemis de Jésus-Christ.
Sur cet avis, le roi de France et le roi d'Angleterre, après avoir fait leur paix, résolurent, en mil cent soixante-dix-huit, d'aller en personne pour chasser ces hérétiques de la province de Toulouse; mais quelque temps après ils jugèrent plus à propos de ne pas commettre leur autoritéetd'envoyerdes hommes sa vanlset capables de les convertir ( 1 ). llsy envoyèrent le légat Pierre, cardinal du titre de Saint-Chrysogone , Guéri n , archevêque de Bourges , Pons, archevêque de Narbonne, Renaud, évéque de *Jath en Angleterre, Jean, èvêque de Poitiers, et Henri, abbé de Clairvaux, avec plusieurs autres ecclésiastiques, pour ramener ces hérétiques, ou du moins les convaincre et les condamner. Et, pour prêter main forte aux prélats et exécuter leurs jugements, les deux rois choisirent Raymond, comte de Toulouse, le vicomte de Turenne, Raymond de Castelnau et d'autres seigneurs.
Le légat et les autres prélats, étant arrivés à Toulouse, y trouvèrent que le chef des hérétiques étoit un nommé Pierre Moran, homme avancé en âge, qui avoit deux châteaux, un dans la ville et 1 autre dehors , de grandes richesses, beaucoup de parents et d'amis, et étoit distingué entre les plus considérables de la ville (2). Il se disoit saint Jean l'évangélisle, et séparoit le verbe qui étoit en Dicîu , au commencement, d avec un autre principe, comme d'avec un autre Dieu. Quoiqu il fût laïque et ignorant, ils le regardoient comme leur docteur, ils s'assembloient chez lui les nuits, et il les prêchoit revêtu d'une espèce de dalmatique. 11 étoit tellement craint, que personne n'osoit lui résister , et les hérétiques éloient si insolents, que quand les prélats catholiques entrèrent à Tout »use, ils se moquoient d eux publiquement dans les rues, les montroient au doigt et Ic^s appeloient hautement apostats, hypocrites et hérétiques. Mais, quelquc^s jours après, un dc»s catholiques ayant eu ordre de prckher devant le peuple , les hérétiquc^s commencèrent à se c:acher , et ils résolurent entre
Pour moi , je suis prêt à employer contre eux eux que, s'ils ètoient mterroges jundiquele glaive que Dieu m'a mis en main; mais je ment, ils feindroient de croire tout ce que
croient les catholiques.
(1) IVlariyr. R. 0 april.
(i) Tom. 10 , Conc. p.