‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2263 sur 2407 · Ep.O · texte numérisé non relu

Ep.O

(3^ Ro^er. Hoved. an \.

p. 570. Gervas. p. Ui2.

(4) Gervas. p IfU.

(1) Roger, p. 573. Rob.

de Monte ann. 1178.

(2) Ep. H. Clarav. ap

Rog. p. 577.

Sî

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

[AndeJ.-C. 1178.

An de J.-C.1178. j

Ensuite, par ordre du lép^at , l'évOque de Toulouse , quelques-uns du clerj^é , les consuls et d'aulres catholiques jurèrent de dénoncer par écrit aux commissaires tous ceux qu'ils connoîtroient infectés de cette hérésie, sans épargner personne , et comme la liste grossissoit tous les jours, Pierre Moran s'y trouva entre les autres. Les commissaires résolurent de commencer leurs procédures par lui , et le comte de Toulouse envoya des serçents l'appeler. Il méprisa la première cilaticm, mais le comte, moitié par crainte, moitié par douceur, fit en sorte de l'amener. Alors , un des commissaires lui dit: Pierre, vos concitoyens vous accusent d'être tombé dans l'hérésie arienne (car plusieurs nommoient ainsi ces manichéens), et d'y entraîner les autres. Pierre Moran , jetant un grand soupir, protesta qu'il n'en étoit point, et, comme on lui demanda s'il en feroit serment, il dit qu'il étoit homme d honneur et qu'on devoit le croire sur sa simple affirmation. Toutefois, on le pressa tant, qu'il promit de jurer, craignant que le refus même qu'il en feroit ne fût une conviction de cette hérésie qui condamnoit le serment. Aussitôt on apporta des reliques avec grande solennité , et. comme on chantoit l'hymne du Saint-Esprit, Pierre Moran pâlit et demeura tout interdit.

Il jura publiquement qu'il diroit la vérité sur tous les articles de foi dont on linterrogeroit, et quelqu'un, ayant ouvert le livre des Evangiles sur lequel il avoit juré, y trouva ces paroles : Qu'y a-t-il entre vous et nous, Jésus , fils de Dieu ? vous êtes venu nous tourmenter avant le temps. Ce que l'on appliqua à ces hérétiques par un reste de superstition des sorts des saints(l). On demanda à Pierre Moran, en vertu de son serment , ce qu il croyoit touchant le saint sacrement de l'autel , et il soutint que le pain consacré par le prêtre n'étoit point le corps de Jésus-Christ. Alors les commissaires se levèrent fondant en larmes, et déclarant au comte qu'ils le condamnoient comme hérétique , et aussitôt il fut mis dans la prison publique sous la caution de ses parents. Le bruit s'en étant répandu, les catholiques furent encouragés, et reprirent le dessus dans la ville. Cependant Pierre Moran, voyant la mort présente, revint à lui , et promit de se convertir. On le fit venir nu en chemise, il se reconnut publiquement hérétique, renonça à son erreur, et promit par serm(»nt et sous caution au comte, à la noblesse et aux principaux bourgeois, de se soumettre à tous les ordres du légat. On avertit le peuple de se trouver le lendemain à Sainl-Sernin pour voir la pénitence de Pierre.

Le concours y fut tel, qu'à peine y avoit-il de l'espace autour de l'autel pour y donner au légat la liberté de dire la messe. Pierre entra par la grande porte de l'église , au milieu de

(1) Malth. VIII, 29. Sup. l. xxxiv, n. U.

cette foule, en chemise et nu-pieds, frapi>é d'un côté par l'évêque de Toulouse, de Taulre par l'abbé deSaint-Sernin,jusqu à cequ il \inl aux pieds du légat sur les degrés de laulel. Lîi il fit son abjuration et fut réconcilié à I Kglise. Tous ses biens furent confisqués, et on lui donna pour pénitence de quitter le pays dans quarante jou. s, pour aller servir les pauvres à Jérusalem pendant trois ans. Cependant il devoit tous les dimanches parcourir les églises de Toulouse nu-pieds et en < henîis<', restituer les biens d église qu'il avoit pris et les usures, réparer les torts qu il avoit fails aux pauvres, et abatire de fond en comble son chàt( au , où se tenoient les assemblées des hérétiques.

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