‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2279 sur 2407 · XXV. Saint Laurent de Dublin · texte numérisé non relu

XXV. Saint Laurent de Dublin

Le pape fit aussi son légat en ce concile Laurent, archevêque de Dublin en Irlande, dont 1 histoire mérite dêlre rapportée. 11 étoit né dans le pays même , de parents nobles, au diocèse de Glandelac , depuis uni à celui de Dublin , et il n'avoit encore que dix ans , quand son père pria l'évêque de chercher par le sort lequel de ses enfants il devoit donner à Dieu pour être élevé dans le clergé. Le jeune Laurent dit en riant qu'il n'eloit pas besoin de sort, et s'offrit de luimôme; le père y consentit, et, le prenant par la main, 1 offrit a Dieu et à saint Coengm, patron du diocèse. C'est un saint abbé qui vivoit au sixième siècle dans le même lieu , et est honoré le troisième jour de juin. H y avoit fondé un monastère, qui étoit beaucoup plus riche que l'église cathédrale , et Laurent en fut élu abbé à l'âge de vingt-cinq ans [2). Quelques années après, l'évêque de Glandelac étant mort, il fut élu pour lai succéder; mais il le refusa, disant qu il étoit encore trop jeune. Assez long-temps après, Grégoire, archevêque de Dublin, mourut, et plusieurs aspiroient à ce siège , se fondant sur leur noblesse ou sur leur doctrine ; mais quand ce vint à l'élection, les avis partages se réunirent , et l'abbe Laurent , maigre sa résistance, fut élu tout d'une voix.

Au lieu des chanoines séculiers qu'il avoit trouvés dans sa cathédrale de Dublin, il en établit de réguliers de sa congrégation d'Aroaise, abbaye fondée quatre-vingts ans auparavant dans le diocèse d'Arras. L archevêque Laurent embrassa lui-même leur institut, où il joignit des austérités particulières, portant continuellement le ciliée, et se faisant donner la discipline trois fois par jour. Tous les jours, il faisoit manger en sa présence au moins trente pauvres (3). Etant allé en Angleterre pour les affaires de son église, il vint trouver le roi Henri àCantorbery, et ayant passé la nuit en prières au tombeau de saint Thomas , il se prépara le lendemain à célébrer la messe solennellement , à la prière des moines. Comme il marchoit à lautel revêtu de ses ornements pontificaux , un homme extra-

Ci) Roger Hoved. Chr.

Claravall.

(2j Vitaap. Sur. U nov.

€.4. Boll. to. XV, p. 310, c.

{6) C 11, 12. Gall. Chr.

to. 4,p. 95, c 13, 10.

vagant, entendant dire que c'étoit un saint, alla s'imaginer que ce seroit une œuvre méritoire de le rendre martyr comme saint Thomas. Dans cette pensée, il prit un grand bâton, et, perçant la foule, il en frappa l'archevêque sur la tête de toute sa force. Il tomba au coin de l'autel , et les moines et les autres assistants, le croyant blessé à mort, se prosternèrent sur le visage, fondant en larmes. Mais le saint prélat leva bientôt la tête , et , ayant béni de l'eau , il en fit laver sa plaie. Le sang s'arrêta , et le prélat se trouva si bien guéri , qu'il commença la messe et l'acheva. L'auteur de sa vie dit avoir été témoin oculaire de ce fait. Le roi vouloit faire pendre le malheureux qui l'avoit frappé, mais le saint prélat obtint, à force de prières, qu'on ne lui fît point de mal.

Etant revenu du concile de Latran avec le titre de légat, il se servit de son autorité pour retrancher les abus qui régnoient dans l'église d'Irlande. 11 signala principalement son zèle contre l'incontinence des clercs ; et , quoiqu'il eût bien pu absoudre les coupables , il les renvoyoit au pape, en sorte qu'une fois il envoya à Rome pour ce sujet jusqu'à cent quarante prêtres. Il ne vécut guère que deux ans depuis le concile, et vint mourir en Normandie à cette occasion. 11 s étoit élevé un grand différent entre Henri , roi d'Angleterre, et Deronogue , le plus puissant roi d'Irlande (1). L'archevêque, voulant procurer la paix entre eux, passa en Angleterre; mais le roi Henri ne voulut point y entendre, et défendit de laisser retourner le saint prélat en Irlande. Le roi passa en JNormandie, et l'archevêque, l'ayant attendu trois semaines au monastère d'Abendon, résolut de le suivre, et s'embarqua à Douvres. Mais quand on fut arrivée Guissand la fièvre le prit, et, prévoyant sa fin , il chercha un lieu sur le chemin où il put s'arrêter, et vint à l'abbaye d'Eu, située à l'entrée de la JNormandie, au diocèse de Rouen (2). Elle avoit été fondée en mil cent dix-neuf, pour des chanoines réguliers de la congrégation de Saint-Victor de Paris , et étoit gouvernée par Osbert, son sixième abbé. Le saint archevêque le fit appeler sitôt qu'il fut arrivé et mis au lit, et s étant confessé à lui il reçut le viatique. Quelques jours après, il reçut l'exlrême-onction , et, comme on 1 avertissoit de faire son testament, il répondit : Dieu sait qu'il ne me reste pas un denier sous le soleil. Il mourut ainsi le samedi, quatorzième de novembre mil cent quatre-vingt-un, et fut enterré dans l'église d Eu. Le pape Honorius III le canonisa quarante-quatre ans après, en mil deux cent vingtcinq , et l'Eglise honore sa mémoire le jour de sa mort (3).

(1) C. 23, 31. (3) Neustria pia. p. 694,

(2) Gall. Chr. to. 4, p. Vita, c. 32. Martyrol. R. 105. 14 nov.

HISTOIRE Dt CHRISTIAJNISME

(AndeJ.-C 1119.

Ande J.-C 1180 j

Page 1