XXVI. Couronnement de Philippe, fils du roi de France
Le roi de France , Louis , se senlanl infirme et dojà avancé en âge , car il avoit près de sji\ante ans , assembla à Paris, en mil cent soixan'e-dix-neuf J ), l<»us les prelalset les seigneurs de son royaume dans le palais de l'é- \êque Maurice, où, étant enlré seul dans la chapelle, il commença par faire sa priéreà Dieu, comme il avoit accoulunié en toules s<s actions ; puis, appelant l un après l'autre les prélats et les seigneurs, il leur communiqua le dess( in qu'il avoit de faire couronner roi , son fils Philippe Ifjour de TAssomplion delà Sainle Verge ; et tous approuvèrent sa restdulion. Mais, le temps de la cérémonie élanl venu, le jeune prince , qui n'avoit que quatorze ans, s'rgara à la chassr, et s'clanl trouve seul dans le bois fut saisi d'une frayeur qui lui doni.a la flèvre. La maladie devint considérable , et sou sacre fut dittéré.
Cependant le roi Louis, sensiblement affligé, fut av<Tli en songe d'aller en pèlerinage à Saint-Thomas de Canlorbery (-2) s'il vouloil obtenir la guérison de son fils. 11 envoya donc demander au roi lleni i , la permission et la sûreté pour passer en Angleterre ; el Tayaut obtenue, il se mit en chemin conl e l'avis de plusieurs , accompagné de Philippe, comte de Flandre, Baudouin , comte de Guines, Henri , duc de Louvain, et d'autres seignrurs. Il arriva à Douvres le mercredi vingl-di'uxieme d'août mil cent soixanle-dix-neuf, et troava sur le rivage le roi d'Anglelrrre, qui le recul avec grande joie et grand honneur , comme son seigneur et son ami , et le défraya magnifiquement lui et toute sa suite. Le lendemain, veille de Saint Rarlhélémy , il le mena à Canlorbery jusqu à la tombe de saint Thomas, où le roi Louis olîrit une grande coupe d'or el pour les moines cent muids de vin par an à perpétuité , payables en France à Poissy^; avec exemption de lous droils jx)ur tout ce qui seroit désormais acheté en France à leur usage. Le roi Louis s'en retourna trois jours après, et arriva à Guissand le dimanche, vingt-sixième d'août.
Il trouva le prince, son fils, guéri, et ordonna à lous les prèlals et les seigneurs de S(m royaume de se trouvera Reims à la Toussaint pour son sacre. Le nouveau cardinal, Guillaume aux blanches mains, archevêque de Reims, légat du saint-siège et oncle du jeune prince, en fit la cérémonie, assisté des auhevèques de Tours , de Bourges et de Sens , et de presque tous les évéques du royaume. Le jeune Henri, roi d Angleterre, comme duc de Normandie, porla devant Philippe, depuis sa chambre jusqu'à l'église, la couronne qu il devoil recevoir. Philippe , comte de Flandre, porloit 1 épèe , et d'autres seigneurs marchoient devant et après faisant d autres fonctions. IMais le roi Louis
^ (1) Rigor. de Gesl. Phil. (%) Roger. Hoved. p. 592. :
ne put assister au sacre de son fils; car, au retour d'Angleterre , comme il alloit à Saint-Denis , il fut subitement frappé du froid et tomba en paralysie , qui lui fit perdre l'usage de la moitié du corps (I). Le dimanche d après la Toussaint , qui eloit le quatrième jour de novembre, l'archevêque Guillaume tint à Reims un concile avec tous les évéques de sa province.