XXXIV. Eglise d'Angleterre
L'église de Lincoln n'avoit point eu d'évéque depuis Robert duChesney, raort le huilièine de janvier mil cent soixante-sept. Il est vrai que sept ans après , Geoffroy, tils naturel du roi Henri, archidiacre de la mOme église, en fut élu évéque; mais il se contenta de jouir des revenus , sans se faire sacrer ni ordonner prêtre. Il y avoit déjà sept ans qu'il en jouissoit ainsi, et quatorze ans que Févéché vaquoit, quand le pape Alexandre ordonna expressément à Richard , archevêque de Cantorbéry, d employer les censures ecclésiastiques pour obliger Geoffroy à renoncer à son élection, ou à recevoir incessamment les ordres. Geoffroy, reconnoissant son incapacité , aima mieux quitter l'évêché ; et, par le (H)nseil du roi son père , des princes ses frères et de plusieurs évêques, il renonça à son élection entre les mains de l'archevêque (1). Le roi le lit son chancelier, et lui donna de revenu mille marcs d argent. Toutefois, l'évêché de Lincoln vaqua encore deux ans.
Guillaume , roi d'Ecosse , s'opiniAtroit toujours à ne point souffrir que Jean demeurât évêque de Saint- André, et le pape Alexandre à le soutenir (-2). Ce qui fut cause que Roger, archevêque d'York et légat du pape , excommunia le roi d'Ecosse , et mit son rovaume en interdit. Mais ce prélat mourut peu de temps après, savoir, le samedi vingt-unième de novembre , de la même année mil cent quatrevingt-un, après avoir tenu le siège d'York vingt-sept ans. On l'accusoit de s'être abandonné , lorsqu'il étoit archidiacre de Cantorbéry , aux plus infâmes débauches , et de s'être vengé cruellement de celui qui s'en plaignoit. 11 étoit savant, éloquent, et dune prudence singulière pour les affaires temporelles , mais peu appliqué à ses devoirs spirituels. Il augmenta considérablement les revenus de son église , et y flt de grands bâtiments, aussi ne perdoit-il aucune occasion de s'enrichir. Il donnoit les dignités de son église à des enfants, sous prétexte de prendre soin d'eux jusqu'à ce qu'ils fussent en âge, il s'approprioit leurs revenus. Dans la distribution des bénétices,il tenoit pour règle de préférer toujours les clercs vivant licencieusement aux plus réguliers (3). 11 avoitune telle aversion pour les religieux , qu'il disoit que Turstain, son prédécesseur, n'avoit jamais fait une plus grande faute que de fonder le monastère de Fontanes ; et dans sa dernière maladie il dit à un abbé , qui le prioit de contirraer les donations faites à son monastère : Je
(!) Goduin de Praf.
Angl. p.:Ui. Rog. au. 117i, p. b'M. Rogci". p.Oll.Gervas. an. 1181, p. li'yS.
(2) Roger, p. 613.
(:i) Coll. Lup. V, Ep. 91.
Guil. JNeub. m, c. 5.
vais mourir, et , parce que je crains Dieu , je n'ose faire ce que vous me demandez. Tant il croyoit mal employé ce que l'on donnoit aux religieux. H laissa en mourant onze mille marcs d'argent et trois cents marcs d'or, dont il distribua une partie aux pauvres et aux églises (1) ; mais après sa mort le roi se saisit de tout, sans avoir égard à son testament , disant que tous les trésors appartenoient au prince, et que ce prélat avoit porté lui-même un jugement contre lui, ayant obtenu du pape Alexandre un privilège pour s'approprier les biens des clercs de sa juridiction, qui seroient morts sans les avoir dislribués de leurs propres mains , quoiqu'ils eussent fait un testament. Après sa mort, le siège d'York vaqua dix ans.
On s'étoit plaint au pap(» Alexandre que quelques évêques d'Angleterre étoienl toujours à la cour, exercoient même des jugements criminels, et n'olîroient point le saint sacrilice , comme s'en trouvant indignes. On marquoit en particulier Richard de Winchester, Geoffroy Ridel , évêque d'Eli, et Jean d'Oxford , évêque de Aorvick ; lous deux fameux dans l'aftiiire de saint Thomas de Cantorbéry. Le pape en écrivit avec indignation à l'archevêque Richard , menaçant de le punir luimême s'il ne réprimoit cet abus. L'archevêque, c'est-à-dire Pierre de Hlois, en son nom , écrivit au pape que c'étoient des calomnies; et, après avoir relevé le mérite personnel de ces trois évêques, il s'efforce de montrer en général , qu'il est avantageux que les évêques assistent aux conseils des rois {-2). Ce n'est pas, dit-il , une nouveauté, car, comme ils surpassent les autres en dignité et en sagesse, aussi sont-ils plus propres au gouvernement de l'état. Il rapporte plusieurs exemples de l'ancien Testament , où les rois prenoient le conseil des prophètes et des prêtres , et ajoute :
Vous devez savoir que si les évêques n'étoient auprès des rois, le clergé seroit excessivement opprimé par les laïques; car, quand les censures ecclésiastiques ne suflisent pas, ils font venir au secours l'autorité du prince. Si le roi, comme il arrive souvent, est irrité contre des innocents, les évêques l'adoucissent par leurs prières. Ils font modérer la rigueur des jugements, écouter les plaintes des pauvres, soulager leurs misères; ils affermissent la liberté du clergé , le repos des monastères, la paix des peuples, l'autorité des lois; ils f(Mit observer les décrets du saint-siège; ils augmentent la dévotion des laïques et les domaines de l'Eglise. A toutes les principales fêtes, ils vont à leurs églises, où, par la distribution des aumônes , la consolation des veuves et des orphelins, la correction de ceux qui leur sont soumis et d'autres bonnes g uvres , ils réparent le séjour qu ils ont fait à la cour.
(;i) Math Paris, an. 1181. (2) Pd. Bl.s. Kp.Si.