XXXIII. Eglise latine d Orient
La même année, rail cent qnalre-vingt, mourut Anmury , patriarche latin de Jérusalem, qui à cause de sa simplicité avoit été peu utile à son église (2). Son successeur fut lléraclius, aujKuavant archevêque latin de Césarée , homme de si mauvais exemple, qu'il entrelenoit publiquement une femme , (jue le peuple uommoit la palriachesse, lors- (|u'il la voyoit passer dans les rues magnifi- «piement parée. A lélecticm de; ce prélat, on dis)it tout haut : La croix sera perdue sous le patriarche lléraclius, connue elle a été recouvrée sous 1 empereur lléraclius, ce qui fut conlirmé par l'événement. 11 tint le siège de Jérua'ein onze ans.
L(»s alîaires de ce royaume dépérissoient à vue doMl, par l'accroissement de la puissance de Saladin, qui, après s'être rendu maître de l'Egypte , s'étendoit dans la Syrie , avoit pris Damas, et menaçoit tout le reste de la succession de Norailin (3). Ainsi, les forces des iidideles éloient réunies , au lieu que quatre-vingts ans auparavant, q and les Francs entrèrent dans le pays, elh»s éloient divisé^'s entre un grand i;ond)re de seigneurs. Les lianes eloienl d ailleurs aiïoihlis en eux-mêmes par l'extrême corruption de leurs mœurs, ei leur incapaeité dans la guerre, et les exercées iuilitaires. C est ainsi qu'en parloit (iuillaume de Tyr, p évoyant avec douleur la ruine pn^chaine de cet état. On en donna la régence pendant le bas âge du roi Haudouin IV, à Kaymond 111, comte d(^ Tripoli , descendu de RaynKmd, comte de Toulouse , et parent du jeune n)i ; et on ré.s(dut de s'opposer avec toutes les forces du royaume au progrés de Saladin. Ei\ elTet, ce prince étant venu attaquer Ascalon en mil cent soixante-dix-sepl , le roi Haudouin marcha contre lui, et il y eut une gran le baliille, où Saladin lut entiéreiiiiiii ueiait. Mais j-eu de temps après, le Comte de Tripoli, (jui assiégeoit llarenc, c est-à-dire. Harem, ciiAteau dépendant d Alep , leva le siège lorsque la place étoit prête à se rendre, et le lit pour de largent. qu il reçut du jeune sultan Saleh Isniaël, ce qui confirma
^A) Cang. famil. Dyz. p.
(2; Sanut. in,lidel.Cruc.
par. 0, c. ult.
(3) G. ïyr. xxi, c. 6,7.
Popinion que l'on avoit que le comte s'entendoit avec les Sarrasins, et n»êmc avec Saladin (1). L'année suivante, mil cent soixante-dixhuit, le roi Raudouin entreprit de bâtir un chàt<'au sur le bord du Jourdain, au lieu nommé le Gué de Jacob , pour s'opposer aux courses des voleurs arabes et des garnisons des places voisines. Ce lieu étoit ainsi nommé parce que 1 on croyoit que c'étoit l'endroit ou Jacob , revenant de Mésopotamie , avoit passé le Jourdain , et on le nommoit aussi la maison de Jacob (2). Le château étant bâti , le roi en donna la garde aux templiers ; mais ce prince croyant surprendre les ennemis, ils le surprirent lui-même dans des rochers ; le combat fut rude , plusieurs hommes de marque y furent tués , et on eut bien de la peine à sauver le roi. Cependant Saladin assiégea la nouvelle forteresse ; et durant le siège il vint avec une partie de son armée vers Sidon , où il y eut encore un rude combat (3). Les croisés y furent battus el plusieurs pris, entre autres Odon de Saint-Amand, maître des templiers, homme méchant, superbe et arrogant, qui n'avoit ni crainte de Dieu ni égard pour les hommes, tant cet ordre avoit déjà dégénéré. Cette perte arriva le dixième d'avril , mil cent soixante-dix-neuf. Ensuite Saladin prit la forteresse du Gué de Jacob et la démolit.
Le pape Alexandre, ayant appris ces tristes nouvelles, écrivit des lettres, l'une à tous les princes el à tous les fidèles , l'autre à tous les prélats, l'une et l'autre datées de Tusculum , le seizième de janvier, par lesquelles il représente l'extrême danger où se trouve le royaume de Jérusalem , dont le roi Baudouin , affligé de la lèpre , est peu en état d'agir, et où l'on manque de brave gens et de bon conseil (4). Il exhorte donc à marcher au secours, disant que ce n'est pas être chrétien que de n'être pas touché des malheurs delà terre sainte. Il promet à ceux qui feront le voyage l'indulgence accordée par Urbain H et Eugène IV, et met sous la protection de l'Eglise leurs l'emnH^s, leurs enfants et leurs biens. Il leur permet , pour emprunter largent nécessaire à ce voyage, d engager leurs héritages aux ecclésiastiques ou à d'autres, au refus des parents et des seigneurs de fief. La lettre aux prélats est pour leur enjoindre de prêcher la croisade et de faire tenir partout la lettre précédente. Les porteurs de ces lettres éloient des templiers el des hospitaliers, qui les présentèrent aux deux rois, Philippe de France et Henri d Angleterre, en une conférence qu'ils eurent en JNormandie le lundi, vingt-septième d'avril mil cent quatre-vingt-un (5). Les deux roisfurentextrêmement touchésdela désolation de la terre sainte, et promirent d'y envoyer un
(1) C 5, 20,23,25. Vie de Salad Ms.
(2) C. 20. Gcn. XXXII, c. 27.
(3; C. iS. 29.
(4; Alex. Epist. 59,60.
(5, Kogcr. lloved, p.611.
HISTOIRE DV GHKlSTlAMSiVlK
(An de J -C 1181
prompt secours ; et ainsi finit leur conférencc.