XLVI. Mort du pape Paul. Intrusion de Constantin
L'été suivant, le pape Paul, étant demeuré pendan tles grandes chaleurs à l'église de Saint- Paul, tomba malade, et mourut le vingt-unième de juin sept cent soixante -sc^pt, après avoir tenu le saint-siège dix ans et un mois. En une ordination , au mois de décembre , il fit douze prêtres et deux diacres, et d'ailleurs trois évêques (1). Il fut d'abord inhumé à Saint-Paul, où il étoit mort ; mais , trois mois après , on le transféra par le Tibre à Saint-Pierre, et on l'enterra solennellement dans la chapelle de la vierge , qu'il avoit bâtie. 11 est honoré comme saint le vingt-unième de juin (2). Le saintsiége vaqua treize mois , et ce ne fut pas sans trouble.
Car, comme le pape Paul étoit à Textrémilé, un duc nommé Toton, qui demeuroit depuis long-temps à Népi avec ses frères Constantin , Passif et Pascal, vint à Rome avec une grande troupe de soldats et de paysans, qu'il avoit ramassés tant de Népi que des autres villes de Toscane (3). Ils entrèrent par la porte Saint- Pancrace , et s'assemblèrent dans la maison de Toton, où ils élurent pape Constantin, son frère, encore laïque. Ensuite, revêtus de cuirasses et les armes à la main , ils le menèrent au palais patriarcal de Latran, et le firent monter à l'appartement du vidame. Aussitôt , ils firent venir George , év(kiue de Preneste , pour lui donner la tonsure cléricale. L'évêque n'en vouloit rien faire; et, se prosternant à terre aux pieds de Constantin, il le conjuroit par tous les divins mystères de quitter cette entreprise , et de ne pas introduire dans l'Eglise une nouveauté si inouie. Mais plusieurs de ces séditieux s'élevèrent contre lui , et lui firent de si terribles menaces que, saisi de crainte , il céda et fit les prières de la cléricature sur Constantin, qui demeura en possession du palais de l^Uran. Le lendemain lundi, vingt-deuxième de juin , le même èvc^ue l'ordonna sous-diacre, contre les canons, dans l'oratoire de Saint-Laurent, du même palais. Le dimanche suivant, Constantin, accompagné d'une multitude de gens armés , alla à Saint- Pierre , où le même évêque George le consacra
An de J.-C 767. )
évêque de Rome, assisté d'Eustrase , évêque d'Albane, et de Cilonat, évêque de Porto; et il demeura pendant treize mois en possession du saint -siège. C'est le premier exemple à Kome d'une pareille intrusion. George , évêque de Preneste, consécrateur de Constantin, fut saisi, peu de jours après, d'une maladie qui lui ôta le jugement ; en sorte que jamais depuis il ne célébra la messe , car sa main droite étoit tellement retirée qu'il ne la pouvoit porter à sa bouche. Il mourut ainsi tremblant et languissant.