II
(4) Ibid. p. 620
fit tomber grièvement malade à Martel en Quercy; et, se voyant près de sa fin, il envoya au roi, son père, qui refusa de l'aller trouver , ne s'y liant pas. Le malade appela les évéques et les autres ecclésiastiques qui se trouvèrent près de lui ; et leur confessa ses péchés, premièrement en secret, puis publiquement. Après avoir reçu l'absolution , il donna à Guillaume Maréchal son ami, la croix qu'il avoit prise pour aller en Jérusalem , le chargeant d'accomplir son vœu; puis, ayant (Mé ses habits, il se revêtit d'un cilice, se mit une corde au cou, et dit aux évéques et aux autres ecclésiastiques : Je me livre, indigne pécheur que je suis, à vous qui êtes les ministres de Dieu ; priant Notre Seigneur Jésus-Christ , qui pardonna au larron à la croix, d'avoir pitié de ma malheureuse àme par vos prières et par son ineffable miséricorde. Tous répondirent : Amen-, et il ajouta : Tirez-moi de mon lit avec cette corde, et me mettez sur ce lit de cendre. Ils le firent , et mirent deux grosses pierres carrées, l'une à sa tète, l'autre à ses pieds ; alors il reçut le viatique, et mourut âgé de vingt-huit ans, le jour de Saint-Rarnabé, onzième de juin mil cent quatre-vingt-trois (1). Il fut enterré à iNotre-Dame de Rouen, comme il l'avoit ordonné.
LL Andronie, empereur deConsfantinople.
A Constantinople, Andronie, qui avoit tout pouvoir, entreprit de marier Irène, sa bâtarde, avec Alexis, bâtard du défunt empereur Manuel , quoique l'un et l'autre fussent yés d'incestes avec des parentes (2). Car Andronie prétendoit que les conjonction., illégitimes ne ne produisoient point de parenté; et il fit autoriser cet avis par le concile et par le sénat. Mais le patriarche Théodose s'opposa toujours à ce mariage, et demeura inébranlable contre l'autorité d'Andronic. Enfin, voyant qu'il n(^ pouvoit plus faire aucun bien, et que le mal prévaloit ouvertement, il renonça au siège de Constantinople, qu'il avoit rempli pendant six ans, et se retira à l'île de Térébinte,où il s'étoit bâti un logement et un sépulcre. Andronie, ravi de sa retraite, à laquelle il ne s'attendoitpas, fit célébrer le mariage entre Alexis et Irène par l'archevêque de Rulgarie, qui S(^ trouvoit à Constantinople; et, pour remplir le siège patriarcal, il choisit Rasile Camatère, qui étoit cartophylax et hypertime. On disoit que Rasile s'étoit procuré le patriarcat , en promettant par écrit de se conformer entièrement aux volontés d'Andronic dans l'exercice de son ministère (3).
Ce fut par les mains de ce patriarche qu'Andronic lit couronner l'empereur Alexis le jour de la Pentecôte , dix-septième de mai
(1) Chr. Vosiens. p. 290.
(2; Kic. Alex.n.l5,p.lOH
(3) Cataiog. Jus Ga;rco- Rom.
mil cent quatre-vingt-deux, et, pour témoigner plus de respecta ce jeune prince , il le porta sur ses épaules à la grande église , pleurant à chaudeslarmesd). Mais quelque temps après il le fit consentir, quoiqu'à regret, de l associer à l'empire ; et ils furent couronnés ensemble au mois de septembre, où commençoit l'indiction seconde, 1 an six mil six cent quatre-vin^^tdouze selon les Grecs , selon nous , mil cent quatre-vingt-trois. En cette cérémonie, Andronie fut nommé le premier, sous prétexte qu il étoit indécent de mettre un enfant avant un vieillard vénérable. Quand ce vint à la communion, Andronie, après avoir reçu le pain céleste, étendant les mains pour prendre le calice, jura par les mystères terribles qu il n'acceptoil lempire que pour soulager Alexis. Mais peu de jours après , son conseil ayant décidé qu'il étoit dangereux pour un état d'avoir plusieurs maîtres , la mort d'Alexis fut résolue; on l'étrangla de nuit avec la corde d'un arc, et on porta le corps à Andronie , qui , lui donnant des coups de pied dans les flancs , fit plusieurs reproches à son père et à sa mère. Ensuite il lui fit couper la tète , et se la fit rapporter et jeter le corps au fond de la mer, enfermé dans un cercueil de plomb. Ainsi finit lempereur Alexis Commène, fils de Manuel , n'ayant pas encore quinze ans accomplis, après en avoir régné trois.
Il étoit fiancé avec Agnès, sœur du roi de France, Philippe- Auguste, qu'Andronic épousa, t(»ut vieux qu'il étoit, quoiqu'elle n'eût pas encore onze ans ; puis il pria le patriarche Rasile et le concile do l'absoudre du serment qu'il avoit fait à l'empereur .Manuel et à son iils, lui et tous les autres qui avoient violé ce serment. Les prélats accordèrent l'absolution par des décrets qu'ils publièrent ; et, pour recompense , l'empereur Adronic leur accorda quelques petites grâces , dont la plus considérable fut d'être assis sur des bancs que l'on plaçoit auprès de son trône, ^lais, comme le règne d'Andronic ne fut que de deux ans , ils ne jouirent guère de cet honneur.
LU. Entreprise de l'abbé de Fulde.
En Allemagne, l'empereur Fridéric tint une cour solennelle à Mayence à la Penlecùte de l'armée suivante, mil cent quatre-vingt-quatre, pour faire chevalier son lils Henri , déjà reconnu roi des Romains (2). En cette assemblée, l'abbé de Fulde représenta à l'empereur que son monastère avoit celte prérogative , que, quand la cour se tenoit à Mayence , larchevéque devoit être assis à la droite de l'empereur, et l'abbé de Fulde à sa gauche. Ur, ajouta l'abbé, l'archevêque de Cologne nous prive de ce droit depuis long-temps, c'est pourquoi nous
(1) Roger, lloved p 5U5. (2) Arnold. Lubcc. Chr. ^icel. u. 18. Slav. m, c. y
vous prions de nous rendre aujourd'hui notre place. Alors l'empereur dit à l'archevêque de Cologne : \ ous avez ouï ce qu'a dit l'abbé ; nous vous prions de ne pa s troubler la joie de cette fête et de lui laisser la place qu'il dit lui appartenir. L'archevêque se leva, disant: Seigneur, comme il plaira à votre sérénité ; que l'abbé prenne la place qu'il désire, mais trouvez bon que je me retire à mon logis. Comme il vouloit s'en aller , le comte palatin du Rhin , frère de l'empereur, se leva d'auprès de lui , et dit : Seigneur, je suis vassal de l'archevêque de Cologne , il est juste que je le suive. Le duc de Rrabant et plusieurs autres seigneurs en dirent autant. Le jeune roi Henri, voyant le désordre qu'alloit causer leur retraite , se jeta au cou de l'archevêque , lui disant : Mon cher père , je vous prie de demeurer pour ne pas changer en tristesse notre joie. L'empereur Fridéric l'en pria aussi , assurant qu il avoit ainsi parlé en simplicité sans aucun dessein de l'offenser. Ainsi chacun reprit sa place , et la fête se passa paisiblement.^ Or, l'archevêque, prévoyant l'entreprise de l'abbé, étoit venu à celte cour, accompagné de quatre mille hommes armés. Nous avons vu six-vingts ans auparavant, en mil soixante-trois, une semblable querelle entre l'évêque d'Hildesheim et l'abbé de Fulde , dont les suites furent plus fâcheuses (1).
LUI. Concile de Vérone.
Ensuite l'empereur passa en Italie , et vint trouver le pape Lucius à Vérone, où les insultes des Romains l'a voient obligé de se retirer (2) . La plus cruelle est, qu'ayant trouvé plusieurs de SCS clercs hors la de ville, ils leur crevèrent les yeux à tous, hormis un, et leslui renvoyèrent. Le pape anathématisa ceux qui avoient commis ce crime , sortit de la ville avec les siens , et vint à Vérone, où il demeura jusqu'à sa mort. Avec le pape et l'empereur , s'y trouvèrent plusieurs prélats et plusieurs seigneurs, et s'y tint un grand concile qui commença le premier jour d'août mil cent quatre-vingt-quatre , et duroit encore le quatrième de novembre. En ce concile, le pape Lucius fit une constitution où il parle ainsi (3) :