‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2312 sur 2407 · LVIII. Ambassadeurs de Jc^rusalem en Angleterre · texte numérisé non relu

LVIII. Ambassadeurs de Jc^rusalem en Angleterre

Les deux ambassadeurs de Jérusalem passèrent promptement en Angleterre , et y arrivèrent vers le commencement de février mil cent quatre-vingt-cinq (3). Le roi Henri les reçut à Redingues ; ils se jetèrent à ses pieds, et lui présentèrent la bannière royale avec les clefs diî Saint-Sépulcre, de la tour de David et de la ville de Jérusalem. Ils le saluèrent de la part du roi Baudouin, des seigneurs et de tout le peuple de son royaume , et lui exposèrent avec larmes le sujet de leur voyage. Ils lui rendirent aussi une lettre du pape Lucius, qui représentoit l'état déplorable où la terre sainte se trouvoit réduite par les victoires de Saladin et la maladie du roi de Jérusalem , recommandoit au roi d'Angleterre le patriarche et le maître de l'hôpital , et le faisoit souvenir de la promesse qu'il avoit faite de donner du secours à la terre sainte. C'est quand il reçut l'absolution du meurtre de saint Thomas de Canlorbéry (4). Le roi répondit : que, Dieu aidant , la chose iroit bien ; et donna terme aux ambassadeurs pour apprendre sa résolution au

(1 Rad. de Die. p. C23,

(2) r»i?or. p. li.

S (3) Koger. iloved. p.

(4) Epist. 2, to. lO.Conc.

p. 1737. Sup. liv. L.\xn, ,

An de J.-C. It8.'> ]

premier dimanche de carême, qui , cette année rail œntquatre-vingt-cinq, étoit le dixième de mars.

Ce jour, se trouvèrent à Londres le roi Henri, le patriarche Héraclius, les évéques, les abbés , les comtes et les barons d'Angleterre , Guillaume, roi d'Ecosse , avec David , son frère, et les seigneurs du pays (1). Huit jours après, on déhbéra sur la proposition des ambassadeurs, et on mit en ques'ion lequel étoit plus à propos, que le roi allât en personne au secours de Jérusalem ou qu'il demeurât en Angleterre, dont il avoit reçu la couronne en face d'église. Quelques-un's insistoient sur le serment qu'il avoit fait à son sacre , et soutenoient qu'il étoit plus obligé à maintenir la paix dans son royaume, et le défendre contre les insultes des étrangers , qu'à marcher en personne à la défense de l'Orient. Car, en quittant l'Angleterre, il avoit beaucoup à craindre, et de la part des François, et de la part des princes, ses enfants. Le roi Henri se rendit à cet avis, et répondit au patriarche de Jérusalem qu'il n'iroit point, mais qu'il aideroitdc son argent ceux qui voudroient y aller (i>). Le patriarche , mal content de cette réponse, dit : Vous ne faites rien, seigneur ; nous cherchons un prince et non de l'argent , on nous en envoie de tous les pays ; mais nous demandons un homme. Il insistoit pour que le roi envoyât au moins un de ses lils; mais le roi répondit qu'il ne pou voit les engager au voyage en leur absence. Le patriarche, frustré de son t^pérance, le menaça que Dieu l'abandonneroit, et s'emporta jusqu'à lui reprocher ses infidélités envers le roi de France , et la mort de saint Thomas de Cantorbéry ; et, voyant le roi fort irrité de ce discours, il lui tendit le cou en disant : Faites de moi ce que vous avez fait de Thomas ; j'aime autant que vous me fassiez mourir en Angleterre que les Sarrasins en Syrie, puisque vous êtes pire qu'un Sarrasin.

Ensuite le roi Henri, le patriarche et le maître de l'hôpital passèrent en Normandie, et firent à Rouen la fête de Pâques , qui , cette annc»e mil cent quatre-vingt-cinq, fut le vingtunième d'avril. Le roi de France, ayant appris larrivée du roi d'Angleterre, vint en diligence le trouvera Yaude-de-Reuil , prés de Rouen, où ils conférèrent pendant trois jours, et promirent d'envoyer à la terre sainte un grand secours, tant d'hommesqued'argent(3). Comme le roi d'Angleterre avoit permis à tous ses sujets de se croiser en cette occasion , il y eut plusieurs prélats et plusieurs seigneurs qui le firent. Les plus remarquables entre les prélats furent les deux nouveaux archevêques , Baudouin de Cantorbéry, et Gautier de Rouen (4).

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