XLVI. Autres martyrs
Un jour, comme il étoit assis avec les autres moines , on vint à parler des cruautés exercées pendant cette persécution , et Antoine d(» Crète raconta le martyre de l'abbé Paul en ces termes : Il fut pris par le gouverneur de l'île, Théophane , surnommé Lardotyre , qui avoit fait mettre à terre d'un côté l'image de Jésus- Christ en croix, de l'autre l'instrument de supplice que l'on nomme catapelte. Alors il lui dit: Paul, tu as à choisir des deux, ou de marcher sur l'image , ou d'aller au supplice. Paul répondit : A Dieu ne plaise. Seigneur Jésus, que je marche sur votre image; et, se penchant à terre , il l'adora. Le gouverneur en colère le fit dépouiller et étendre sur la catapelte, où les bourreaux, l'ayant serré entre les deux ais , depuis le cou jusqu'aux talons , et attaché par tous les membres avec des clous de fer, le pendirent la tête en bas , et allumèrent autour un grand feu dont il fut consumé (1).
Ace récit, tous les pères fondoient en larmes; mais à peine Antoine eut fini , quand le vieillard Théostéricte prêtre du monastère de Pélicite , qui avoit le nez coupé et la barbe brûlée avec la poix et la naphte , s'avança et dit : On ne peut rapporter sans gémir la cruauté du gouverneur d'Asie ; que l'on nomme Lachanodracon. Saint Etienne lui dit : Parlez , mon père , vous nous encouragerez , si Dieu veut que nous souffrions aussi. Théostéricte reprit ainsi : Le soir du jeudi saint , comme on célébroit les divins mystères, ce gouverneur entra pa. ordre de l'empereur avec une multitude de soldats , fit cesser l'office, prit trentehuit moines choisis, qu'il attacha à des pièces de bois parle cou, et parles mains : quant aux autres , il en fit déchirer à coups de fouet , il en fit brûler, il en renvoya , après leur avoir fait poisser et brûler la barbe , et couper le
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dont je suis du nombre (2i. Non content 'la , il brûla le monastère depuis l'écurie jusqu'aux églises , réduisant tout en cendres. Il emmena les trente-huit qu'il avait pris , les
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
enferma dans la voûte d'un vieux bain près d'Ephése , dont il boucha l'enlrée ; puis il flt miner la montagne attenante , qui les enterra. Les moines prièrent ensuite saint Etienne, de leur dire à son tour quelque parole de consolation (1) ; et il leur proposa pour exemple Pierre le reclus de Blaquernes, qui expira sous les coups de nerf de bœuf en présence de l'empereur , et Jean abbè du monastère de Monagrie , que l'empereur fit enfermer dans un sac , et jeter au fond de la mer avec une grosse pierre, pour n'avoir pas voulu fouler aux pieds l'image de Jésus-Christ et de sa mère.
XL VI. Suite de la prison de saint Etienne.
Saint Etienne , sachant le temps de sa mort , appela la femme qui le nourrissoit , et lui dit : Je veux passer ces quarante jours en retraite et en prière , dans l'abstinence. Cessez donc de m'apporter du pain et de Teau ; car je sais que ma vie unira bientôt (2). Pendant ce temps, il ne cessa d'animer les moines prisonniers, à ne point se décourager dans la persécution ; en sorte que quelques personnes pieuses de la ville se couvroient de haillons, pour entre dans la prison et recevoir sa bénédiction et ses instructions. Le trente-huitième jour au matin, après la prière déprime, il appela la femme qui 1 avoit servi, et lui dit en présence des moines : Venez, bénite femme , Dieu vous rende au centuple le bien que vous m'avez fait : reprenez vos images, qu'elles vous servent de protection pendant votre vie, et de gage de votre foi. Puis il dit avec un grand soupir : Demain je partirai d'ici pour aller à un autre monde, et un autre juge. La femme pénétrée de douleur prit ses images, et les emporta enveloppées dans un mouchoir, de peur des , iconoclastes.
Cependant l'empereur Constantin célébroit la fête païenne des Brumales, en l'honneur de Bacchus, nommé par les anciens Romains, Brumus : et cette fête se faisoit le vingt-quatrième de novembre (3). L'empereur, assis dans une galerie avec ses cour.isans, jouoit de la lyre, et faisoit des libations profanes. Quelqu'un lui vint dire que le chef des abominables, Etienne d'Auxence, avoit changé le prétoire en monastère , où Ion passoit les nuits en psalmodie. Et tous les habitants deConstantinople, ajoutat-il , courent à lui , pour apprendre à idolâtrer. L'empereur, outré de colère, appela un officier de ses gardes , et lui commanda d'emmener le saint hors de la ville, de l'autre côté de la mer , au lieu où avoit été l'église de sainte Maure martyre, qu'il avoit abattue et changée en une place pour les exécutions à mort. Il y invoquoit aussi les démons, et leur immola le flls d un nommé Suflamius. Aussitôt il ordonna que l'on fît dans la ville des re-
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