LIVRE QUARANTE-TROISIÈME
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. (3) Velus.Cal.ap.Ros.lv, Àûli(j. C. ij et 15, p,51ô,F.
cherches exactes contre tous ceux qui avoient un moine pour parent , ami ou voisin , ou qui porloient seulement un habit noir (1). On les envoyoit en exil , après les avoir déchirés de coups. Les ennemis avoient le plaisir de dénoncer qui ils vouloient ; les esclaves accusoieul leurs maîtres; Constantinople étoit tout eu pleurs.
Tandis queVonmenoit saint Etienne au lieu de l'exécution, l'empereur sortit du palais, et vint à la place publique, où étoit un bàtimenl nommé le Mille (i2). On y avoit autrefois peint les six conciles œcuméniques, pour Tinstruction du peuple ; mais il les lit elTacer, et peindre à la place des courses de chevaux. En ce lieu donc, comme tout le monde le félicitoit, il dit (3) : Mon ame est sans consolation, à cause de ces abominables. Un de ses courtisans s'écria : Et quelle trace en reste-l-il, seigneur, soit à Constantinople soit dans les autres pays ? Ne sont ils pas tous détruits ? Voilà que je viens encore aujourd'hui do rencontrer l'ennemi de la vérité, Etienne d'Auxence , que l'on menoit pour être puni par le glaive. L'empereur lui dit : Et qu'y a-t-il de plus doux pour Etienne , que d'avoir la tête coupée ? Je suis persuadé qu'il l'a désiré dès qu'il a été arrêté. 11 lui faut une mort plus difficile. Aussitôt il commanda que l'on remit Etienne en prison.
Le soir il appela deux frères constitués en dignité, si bien faits de corps et d'esprit , que depuis il les fit mourir de jalousie : les ayant donc fait venir pendant son souper, il leur dit : Allez au prétoire, et dites de ma part à Etienpe d'Auxence : Vous voyez combien j'ai soin de vous : je vous ai tiré des portes de la mort. Au moins en cette extrémité, ayez de la complaisance pour moi. Je sais, ajouta-t-il, sa dureté, il me dira des injures. Alors donnezlui tant de coups sur le visage et sur le dos, qu'il expire quand vous s<^)rtirez. Les deux frères étant arrivés au prétoire , dirent bien au saint homme ce que l'emp reur leur avoit ordonné de dire, mais, voyant qu'il n'en étoit que plus ferme dans la foi , ils lui baisèrent hs pieds, et reçurent sa bénédiction. Etant de retour, ils dirent à l'^^mpen^ur : Comme nous l'avons trouvé opiniâtre, nous l'avons déchiré de coups. Il est étendu sans voix , et nous vous assurons qu'il ne vivra pas jusqu'à demain. L'empereur fit un grand éclat de rire , et continua son festin.
XL VIII. Martyre de saint Etienne.
Le matin saint Etienne dit adieu aux moines, se recommandant à leurs prières, et se fit ôler le scapulaire , l'écharpe et la ceinture. Il vouloit quitter aussi la cuculle; mais ils lui dirent qu'il devoit mourir avec l'habit mo-
(1) Vita S. Steph. 72,73.
(2; V. Cang. L. G. P. p. (3) VU. p. 513, kU.
naslique. Il répondit : On se dépouille pour combattre, et il n'est pas juste que ce saint habit soit déshonoré par le peuple insolent. 11 ne garda donc que la tunique de peau ; et assis avec eux , il les entrelenoit de piété. L'empereur ayant appris que les deux frères Tavoient lrom|)é , se leva sur les huit heures , et courant au vestibule du palais, crioit :A l'aide! tout le inonde m'abandonne ! qu'ai-je affaire des aboniinablfs ? Et comme ses courtisans venoient pur manger avw lui , et continuer la fête , il leur dit : Je ne suis plus votre empereur, vous en avez un autre , dont vous baisez les pieds , et dont vous demandez la bénédiction. Personne ne prend mon parti , pour le faire mourir, et me nuîttre l'esprit en repos. Comme ils lui demandoient qui étoit donc cet autre empereur, il leur dit : C'est Etienne d'Auxence, le chef des abominables (1).
A peine l'eul-il nommé, que celle troupe sortit en fureur, faisant un bruit efiVoyable, et eourut à la prison, où ils crièrent aux gardes : Donnez-nous Etienne d'AUxence. H s'avança hardiment, et leur dit : Je suis celui que vous cherchez. Aussitôt ils le jetèrent par terre, altuchèrenl des cordes aux fers qu'il avoit aux pieds , et le traînèrent dans la rue , le frappant sur la tête , et par tout le corps , à coups de pied , de pierres , et de bâtons. En sortant de la première j)Orle du prétoire , comme il rencontra l'oratoire de saint Théodore , il s'appuya des mains contre terre, et, levant un peu la tête, tourna les yeux vers le ciel pour dire au saint martyr le dernier adieu (2). Un des persécuteur nommé Philomate dit : Voyez cet abominable qui veut mourir comme un martyr. 11 courut à des pompes qui élolent là, pour remédier aux incendies ; et tirant un grand piston de bois, il en frappa le saint sur la tête, et le tua sur-le-champ. Philomate tomba aussitôt, grinçant les dents , et agi té du démon, qui le tourmenta jusqu'à la mort.
On continua de traîner le corps de saint Etienne, en sorte que ses doigs tomboient, ses côtés se brisoient, son sang arrosoit le pavé : on lui jeta contre le ventre une grosse pierre, qui l'ouvrit en deux : ses intestins sortirent et tralnoîent par terre. On le frappoil tout mort qu'il èloil , les fetnmes même s'en mêloient , et les enfants que l'on faisoit sortir des écoles, par ordre de l'empereur, pour courir après avec des pierres. Si quelqu'un rencontrant ce corps n'en faisoit autant, il étoit accusé comme ennemi de l'empereur. Ceux qui le traînoient étant arrivés à la place du Bœuf, un cabaretier qui faisoit frire du poisson, croyant le saint encore vivant , lui donna Un grand coup de tison , dont il lui cassa le derrière de la tête, et la cervelle se répandit. Mais un homme vertueux nommé Théodore , qui suivoit, faisant semblant de tomber, ramassa la cervelle , l'enveloppa dans son mou-
Ci) P. 610, 617. ;,
choir, et continua de suivre pour voir où l'oii jetteroil le corps (1 ). Le peuple qui le tratnoit étant arrivé au monastère où étoit la sœur du saint, vouloit l'en faire sortir, et roblip;er à le lapider de ses propres mains ; mais elle s' étoit enfermée dans un sépulcre obscur, et ils ne purent la trouver. EnGn ils jetèrent le corps dans la fosse où avoit été l'église de sairit Pelage martyr, dont l'empereur fit la sépulture des criminels et des païens. Ils allèrent lui raconter leur bel exploit , il les reçut avec jdië ; s'étant mis à la table avec eux , il s'éclatoit de rire au récit des circonstances de cette mort (2).
Elle arriva le vingt-huitième de novembre, jour auquel l'Eglise honore la mémoire de saint Etienne le jeune, car on le nomrne ainsi poui* le distinguer du premier martyr. C'étoit l'ati sept cent soixante-sept, et il étoit dans sa cinquante-troisième année (3). Théodore qui avoit ramassé une partie de son crâne et de sa cervelle , porta cette relique au monastère de Dius, dont l'abbé la serra secrètement dans le sanctuaire de l'église (4). Mais quelque temps après Théodore fut acctisé près de l'empereur comme adorateur des images, et envoyé en exil en Sicile avec sa femme et ses enfanta.