LIVRE SOIXANTE-QUATORZIEME
(V Roger, p. 631 , 6H. 118, cl ibi Molin. Gall. Christ. Prœfal. edil d) VieMs. dcSaiad. an.
1071. Slepb. Torn. Episl. li«5.
(1^ Roger, p. 63i. Aucl.
Aquiciiict. aiiii. 1187. G.
Neubr. ni,c. 16. G. Wang.
Chr. an 1186, 1187.
^2} Roger, p. 63. Vie M. S.
(3; Episl. in Chr. Reicbersp. an. 1187.
On l'avoit portée en cette bataille , selon la coutume , et c'étoit l'èvêque d'Acre qui la Icnoil ; après qu'il fut tué , un oflicier de l'église de Jérusalem la releva , et elle fut prise entre ses mains. Les chrétiens orientaux et schismaliques n'en furent pas moins alTligès que les Latins , el les musulmans regardèrenl celte conquête comme le fruit le plus précieux de leur victoire. Le comte de Tripoli, après avoir fait des prodiges de valeur, se sauva l'épée à la main au travers des ennemis, et se relira à Tyr, où il mourut quelque temps après, détesté des uns el des autres. Les chrétiens altribuoienl à sa trahison la perte de la bataille , et les musulmans l'accusoient de perfidie pour avoir rompu son traité.
Aussitôt après la bataille, Saladin fit dresser sa lente; on lui présenta les principaux prisonniers ; puis , ayant fait retirer tout le monde , il fut quelque temps en prière pour remercier Dieu , reconnoissanl que celle victoire étoit moins l'effet de sa valeur que des crimes des chrétiens. Il fit ramener en sa présence le roi Guy de Lusignan, Arnaud de Chàtillon et les autres seigneurs (1); il les fit asseoir à ses côtés, et , comme ils étoient extrêmement altérés, il fil apporter du sorbet rafraîchi dans la neige dont il présenta au roi. Ce prince, après avoir bu, donna la tasse à Arnaud ; mais le sultan lui fil dire par un interprète : C'est à toi que j'ai donné à boire, non pas à cet homme maudit, qui ne doit pas espérer de quartier. C'est que les Arabes avoient une ancienne coulume observée encore à présent par ceux du désert, tout voleurs qu'ils sont, de ne jamais faire mourir leurs prisonniers quand ils leur ont donné à boire ou à manger; c'est un droit d'hospitalité inviolable entre eux.
Saladin envoya donc manger les princes françois dans un lieu séparé ; et , quand #n les eut amenés , il s'adressa à Arnaud , et lui fit de grands reproches de la cruauté avec laquelle il avoit traité les musulmans, surtout des paroles injurieuses qu'il avoit dites contre Mahomet , el des efforts qu'il avoit faits pour piller la Mecque et Médine. Il laut donc , ajouta-t-il, que je venge notre prophète et notre religion; toutefois, si lu la veux embrasser , je suis prêl à te pardonner tout le mal que tu nous a fait. Arnaud répondit avec fermeté qu il vouloil mourir chrétien , el ne témoigna que du mépris , tant pour les offres avantageuses que lui fit le sultan, que pour les tourments dont il le menaça. Alors baladin , se levant en colère, lui déchargea un coup de sabre sur la tête; ceux de sa suite achevèrent aussitôt de le tuer, et jetèrent le corps hors de la lente, où il demeura jusqu'au soir. C'est ainsi que Saladin ace mplil son vœu , et qu'Arnaud de Chàtillon expia ses fautes par un glc>rieux marlyre, dont les seuls écrivains
(l)C.Nang. YieMS.
HISTOIRE DU CHRISTIANISiME.
[Au de J.-C. 118"
mahométans nous ont conservé les circonstances. Je compte entre ses fautes , que l'on ne peut excuser , d'avoir si souvent violé la foi des traités. Tous les templiers et les hospitaliers pris en cette journée furent éj^orgés, et on comptoit jusqu'à deux cent trente templiers ainsi mis à mort. Saladin, en donnant cet ordre, dit qu'il rendroit un grand service au pays, s'il pouvoit le purger entièrement de ces assassins; c'est qu'ils ne faisoient quartier aux musulmans ni en paix ni en guerre (1).
Saladin , ayant pris la citadelle de Tibériade, vint assiéger Acre, qui est l'ancienne Ptolémaide. voulant chasser les chrétiens de toutes les places maritimes, pour leur ùter la communication avec la Grèce et le reste de l'Europe. Acre se rendit au bout de deux jours; et le sultan permit aux chrétiens d'y demeurer, ou de se retirer avec leurs femmes et leurs enfants, et ce qu'ils pourroient emporter de leurs bi«»ns. Il prit ensuite Jaffa, Naplouse , Sébaste , Nazareth , Séfouriet , Césarée, qui fut prise de force, brûlée et saccagée. Hifa, que nos auteurs nomment Caïla, et Arsouf, qu'ils nonmient Assur, se rendirent; Saide ou Sidon se rendit sans résistance; Béryte ou Réruit après trois semaines de siège. Ascalon fut rendue pour servir de rançon au roi Guy de Lusi<;nan.