‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2327 sur 2407 · XI. Jérusalem prise par Saladin · texte numérisé non relu

XI. Jérusalem prise par Saladin

Entln, le dix-neuvième de septembre, Saladin commença le siège de Jérusalem, qui étoit le principal objet de son entreprise. Elle eut pu tenir long-tenjps; mais les assiégés étoient effrayés par la bataille de Tibériade , et de la prise de leurs chefs et de tant d<î places ; et , ce qui acheva de les consterner , c'est qu'ils découvrirent une conjuration formée dans la ville par un oflicier de Saladin , chrétien melquite, avec ceux du même rite qui y étoient en très-grand nombre, et qui haissoient les Latins pour les mauvais trailoments qu'ils en a voient reçus. Le sultan , assuré qu'ils lui livreroient une porte, rejeta avec mépris les propositions des assiégés, à la tète desquels étoit la reine Sibiile , le patriarche Héraclius et plusieurs seigneurs (2). Il dit quil étoit obligé en honneur de les traiter comme leurs prédécesseurs a voient traité les habitants de Jérusahm, et de venger le sang de soixante-dix mille musulmans massacrés sans miséricorde. La reine et Iqs seigneurs mandèrent au sultan que, s il ne leur accordoit une capitulation honorable, ils se défendroient jusqu'à la dernière extréi|uté. On ne lui conseilla pas de les réduiru au désespoir, et i| accorda la capitulation aux conditions suivi^ntes: Qu'ils renilroiept la ville en l'élaf où elle étoit ,

sans rien démolir ; que la noblesse et les gens de guerre sortiroient eu armes et avec escorte pour aller à Tyr ou en telle autre ville qu'ils voudroient ; que le reste du peuple sorliroit en payant par tète une certaine taxe, et emportant leurs meubles, et seroient de même conduits en sûreté.

Ainsi Jérusalem fut rendue à Saladin, le vendredi second jour d'octobre mil cent quatrevingt-sept, qui n'étoit que le quatorzième jour du siège. Le patriarche Héraclius eideva tous les ornements de son église, l'argenterie du saint sépulcre, les lames d'or et d'argent dont il étoit couvert, et plus de deux cent mille écus d'or ; mais les oiliciers du sultan s'y opposèrent, disant que la capitulation ne permettoit d'emporter que les biens des particuliers. Sur quoi Saladin répondit : Il est vrai que nous pourrions conlester sur cet article ; mais, puisque nous avons permis aux chrétiens d'emporter leurs biens, sans excepter ceux dc^s églises, il ne faut pas h'ur donner sujet de se plaindre ni de décrier noire religion. Les vertus que l'on a le plus louées en ce prince, soni la lidèlitè à garder sa parole et la libéralilé. Il paya à ses soldats la rançon de tous les soldats chrétiens, et les renvoya comblés d'honîieur et de caresees, et les émirs en usèrent de même à son exemple. Il traita fort civilement la reine et le patriarche. 11 déchargea plusieurs milliers de pauvies de la taxe portée par la capitulation, et donna, de son trésor, de quoi subvenir aux malades pendant quelque temps. Il permit aux chevaliers de Ihopital de Saint-Jean d'y laisser dix d'entre eux pour garder leurs malades pendant un

Aussitôt que les chrétiens [latins furent sortis de Jérusalem, les musulmans jetèrent de grands cris, et donnèrent toutes les marques d'une extrême joie. Us commencèrent par abattre les croix élevées par h's pr(»miers croisés en plusieurs quartiers de la ville, dont la plus remarquable étoit une grande croix de cuivre doré, posée sur le dôme de l'église des templiers. En la voyant abattre , les chrétiens orientaux restés dans la ville ne purent retenir leurs larmes; et Saladin l'envoya depuis au calife de lîagdad , qui la reçut comme un hommage rendu au successeur du prophète, la lit traîner par les rues, fouler aux pieds, couvrir de boue, et enfin enterrer au lieu où on portoit les immondices de la ville. Saladin lit briser les cloches de toutes les églises de Jérusalem; quant à leglise patriarcale qui avoit été la grande mosquée bàlie à la place du temple de Saloinon, après en avoir ôté toutes les marques du christianisme, il la lit laver d'eau rose par dedans et par dehors avant que d'y entrer, et y rétablit le service de la religion le vendredi suivant. 11 y lit placer une chaire magni-

(Ij EpUt. ap. Rog. p.037. (i) bup. Uv. LXiv, n. 6ô. I (l) Ep. ap. Roger, p. 645.

An de J.-C. 1187.)

fique , que Nouradin avoit autrefois commencée dans Alep, et à laquelle ce prince tra>ailloit souvent de ses mains, ayant fait vœu de la mettre dans l'église de Jérusalem quand il en auroit chassé les chrétiens, connue il espèroit. Saladin exécuta donc ce vœu de Nouradin. Au frontispice de cette grande mosquée on mit l'inscription suivante : Le serviteur de Dieu , Joseph , lils de Job victorieux , le roi Nacer Salah-Eldin mit cette inscription lors- (jue IJieu prit cette ville par ses mains l'an cinq cent quatre-vingt-trois, en action de grâces, après lui avoir demandé le pardon de ses péchés et continuation de sa miséricorde.

Toutes les autres églises furent aussi changées en mosquées , excepté celle du Saint-Sépulcre, que les chrétiens syriens rachetèrent. Dans les autres, on contraignit les esclaves chrétiens à effacer les images et les peintures dont elles étoient ornées, en laver les murailles et frotter le pavé par un pénible travail. Saladin rétablit à Jérusalem les collèges, fondés autrefois par les califes et les sullans, ses prédécesseurs ; et y fit recommencer les exercices publics de théoh)gie et de jurisprudence musulmane. Quelques zélés musulmans lui conseillèrent de ruiner l'église du Saint-Sépulcre, et toutes les autres des lieux saints, disant qu'en les laissant cm favoriseroit l'idolâtrie des chrétiens et l'injure qu'ils font au messie, en honorant les marques de sa passion. Car les musulmans croient que <'e ne fut pas Jésus qui fut crucifié, mais Judas à sa place. Ils ajout(>ient qu'en ôîant aux chrétiens cet objet de leur dévotion , on leur ôleroit le prétexte de leurs croisades. IVIais les plus habiles théologiens musulmans lurent d'avis contraire. Ils dirent à Saladin qu'il ne devoit pas être plus scrupuleux que le calife Omar, qui avoit conservé cette église, que les lieux saints étant ruinés, la ville de Jérusalem souffriroit un grand préjudice de la cessation des pèlerinages, d'où venoit toute sa richesse; enfin, que cette injure qu'on vouloit faire aux chrétiens d'Occ idenl ne seroit pas moins sensible à ceux d'Orient, qu'elle pourroit exciter à la révolte, et à se joindre aux autres pour l'intérêt commun de la religion. Saladin se rendit à ces raisons, et permit connue auparavant de visiter les saints lieux , pourvu que l'on y vînt sans armes et que l'on payât certains droits.

C'est ainsi que Jérusalem retomba sous la puissance des infidèles, après avoir été sous celle des chrétiens latins pendant quatrevingt-huit ans. Ils furent les seuls qui en sortirent; car les chrétiens syriens, géorgiens, arméniens et grecs y demeurèrent.

La reine Sibile et le patriarche Héraclius se retirèrent à Antiochc avec hs templiers, les hospitaliers et quantité de peuple. Plusieurs autres se retinrent à Tripoli, où le comte et ses gens leur ôlcrent ce que les Sarrasiua le ur

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