XXXI. Chevaliers teuloniques
Pendant le Siège d'Acre, quelques Allemands Brème et de Lubec , touchés de compassion ur les malades de l'armée, qui manqucuent detoul (4), établirent un hôpital sous une tente qu ils firent d'une voile de vaisseau, oii ilsservoient charitablement les malades. Il y avoit deja auparavant à Jérusalem un hôpital de la nation teutoniquc; car, depuis que la ville fut habitée par les chrétiens latins, les Allemands qui venoient en grand nombre, n'entendant point la langue qui s'y parloit , c'est-à-dire le Irançois, ne sa voient à qui s'adresser (5) ; mais
(V Jaeob. de Vitr. hist.
Hieros. v. 98 , p. 1120.
Ro^'er, p. 090. Id. p 090.
2 Rigord. p. 34. Vie Salad. MS. Rep. p. GUG.Jo.
Brompt. p. 1206.
(3^ Rog. p.697,782.Rjgo.
(i) Chr. Prijss c; 1.
(5) Jac. Vilr Uisl Uierosol. c. 06
An de J.-C. ll«L ]
Dieu inspira à un vertueux Allemand , qui y éloil établi avec sa fcHTime de bâtir a ses dépens un hôpital pour les pauvres et les malades de sa nation : ensuite , du consentement du
patriarche, il y joignit u";^^^^^»»;'^^"/,^^' neur de la Sainte-Vierge. H y entretint longtemps cette bonne œuvre , tant de ses biens que de scsquèles qu'il faisoil; et quelques autres, toucht's de son bon exemple , se donnèrent a cet hôpital; et, quittant l'iiabil séculier, s engagèrt^nt par vœu au service des Pauvres A Fa suite du temps, il s'y joignit dos chevaliers e des nobles, qui crurent plus agréable a Dieu de prendre aussi les armes pour la défense de
la terre sainte.
Cette dévotion s'ètant donc renouvelée au sièsro d'Acre à l'occasion de l hôpital dresse dans le camp, on prit la résolution .^e form^J un troisième ordre militaire a l'imitation des templiers et des hospitaliers de t>ainl-Jean. Le dessein fut approuve par le patriarche les archevêques de Nazareth , de Tyr et de Cesaree, et les evèques de Bethléem et d Acre; par les maîtres du temple et de Vhôpital Sainl-Jean; par le roi Henri de Jérusalem et les autres seigneurs du pays. Les prélats et les sei- -ncVs allemands qui se tn.uvou-nt a la terre iainte y donnèrent aussi les mains ; et, dun commun ( onsentemenl , Fridèric , duc de Souabe, qui etoil à leur tète, envoya des ambassadeurs à son frère Henri , roi des Rimiains, pour
le prier d'obtenir du pape la confirmation de ce nouvel ordre. Le pape Cèlestm 111 1 accorda mv sa bulle du vingl-troisieme février mil cent quatre-vingt-douze. Le nouvel ordre fut nomme Tordre des chevaliers leutoniques de la maison de Sainte-Marie de Jérusalem , leur habit etoit un manteau blanc, charge d'une croix noire. Le pape leur donna tous les privilèges des templierset des hospitaliers de Saint-Jean, dont ils imitèrent l'institut ; mais ils eloient soumis au patriarche et aux autres prélats, et payoïent la îlime de tous leurs biens. Leur premier maître fut Henri Yalpot, qui fut eu pendant le siège d'Acre, et, après la prise de la ville par les chrétiens, y acheta un jardin ou il batit un è-lise et un hôpital (1). H gouverna l ordre dix ans , et mourut en rail deux cent.
XXXU. Eglise d'Alexandrie.
Le patriarche jacobite d'Alexandrie, Marc, fils de Zaraa, étoit mort dès le premier jour de janvier mil cent quatre-vingt-neuf , après avoir tenu ce siège près de vingt-trois ans (2) Les évéques, les moines et le F"P^^J^^^™ assemblés, élurent en sa place Abou -Meged , moine de Sainl-Macaire, dans la vallée d Habib fils d'un riche marchand syrien , qui lui avoit laissé depuis p(m une grande succession.
Il avoit lui-même exercé le commerce et fait plusieurs fois le voyage des Indes. 11 fut ordonné au Caire le dimanche, vingt-neuvieme de janvier, et prit le nom de Jean ; mais iL avoit obtenu auparavant l'agrément du sultan, qui étoit une condition nécessaire, suivant les canons de cette église. H employa ses richesses en aumônes et en autres bonnes œuvres, et tint une conduite bien différente de son prédécesseur, s'appliquant à la prière, à la lecture, à la prédication, et à toutes les autres fonctions épiscopales. H ne mangeoit aux dépens de personne , et ne recevoit point de présents ; mais il étoit attaché aux pratiques des coptes. H renouvela, à la tète de son concile, l'excommunication contre le prêtre Marc, fils d'Econbar, abolit la confession , recommanda la circoncision et s'efforça de ramener à sa communion ceux'qui avoient embrassé celle des melquUes.
Abas, roi d'Ethiopie, et sa mère, Mascal Cabri , lui écrivirent des lettres contre Cilus , leur patriarche, se plaignant de sa mauvaise conduite , de son luxe et de ses débauches , et le priant de le déposer et d'en ordonner un autre à sa place. Jean , ayant examiné les in ormations envoyées contre ce prélat , le priva de toute dignité ecclésiastique , et envoya un autre métropolitain en Ethiopie. Car cette église dépendoit entièrement du siège d'\lexandrie, et étoit dans les mêmes erreurs des jacobites; son autorité s'étendrit aussi dans la JSubie, sur le reste de l'Afrique et dans la province de Jérusalem Le patriarche Jean Aboul-Meged tint le siège d'Alexandrie vinet-sept ans. Les melquiles èloient alors très-pauvres et très-foibles , ce qui fait que la succession de leurs patriarches est moins connue; car, encore que les princes musulmans eussent en aversion tous les chrétiens , ils étoient plus favorables aux jacobites, qui n'avoienl aucune communication avec les Grecs ni les Latins; au lieu que la liaison des melquites avec le patriarche de Constanlinople,
les rendoit odieux et les mettoit souvent en péril. Pendant les premières croisades, ils se rendirent favorables aux évéques latins, et s'attirèrent leur protection , qui leur fut utile tant que le royaume de Jérusalem subsista ; mais elle leur fut ensuite très-préjudiciable, et a la prise de la ville ils auroient été cruellement maltraités , sans la négociation qu ils firent avec l'officier de Saladin pour la faire rendre. Depuis ce temps , ils se déclarèrent hautement contre les Lati ns pour se dèli vrer des accusations des iacobites,qui ne cherchoient qu'a faire fermer leurs églises. Saladin laissoit vivre chacun dans sa religion , et prenoit sous sa protection les chrétiens de quelque secte qu'ils fussent.
(1) ^uct. Aquicinct. an.
1189. Jac. Vilr. Ctir. Prus.
(2) Chr. Orient, hist.
]»atr. Al Sollerii. Vie de Salad. MS. an. ny2.