‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 236 sur 2407 · LI. Lettre du faux pape Constantin · texte numérisé non relu

LI. Lettre du faux pape Constantin

A Rome, le faux pape Constantin écrivit au roi Pépin incontinent après son ordinati(»n , par un envoyé du roi , chargé d'apporter de Rome des actes des saints (2). Constantin pretendoit avoir été élu par le peuple malgré lui, et parloit comme l'homme le plus humble et le plus désintéressé, ou plutôt le secrétaire qui composa la lettre, le fit parler de la manière la plus convenable à lui attirer la protection de Pépin ; car c'est à quoi tend toute la lettre. 11 dit aussi qu'il lui envoie ce que l'on a pu trouver d'actes de saints. N'ayant point reçu de réponse, il écrivit une seconde lettre encore plus pressante, où il prie le roi de ne point ajouter foi aux mauvais rapports que l'on pourra faire contre lui. Il ajoute : JNous vous donnons avis que le douzième d'août dernier, indiction cinquième, c'est l'année sept cent soixante-sept , est arrivé ici de Jérusalem un prêtre nommé Constantin , apportant une lettre synodique de Théodore patriarche d(» Jérusalem , adressée à notre prédécesseur Paul , et approuvée par les deux autres patriarches d'Alexandrie et d'AntiiX^he , et par plusieurs métropolitains d'Orient. JNous l'avons reçue avec grande joie , nous l'avons approuvée et fait lire sur l'ambon devant le peuple, et nous vous en envoyons copie en latin et en grec , afin que vous voyez quel est le zèle de tous les chrétiens d'Orient pour les saintes images.

I^ lettre synodique de Théodore de Jérusalem est sans doute la même qu'il avoit envoyée, suivant la coutume, à Cùme patriarche d'Alexandrie , et à Théodore, patriarche d'Antioche (3). Elle contient une longue exposition de foi sur la trinité, et sur l'incarna-

(1) P. 373. Gang. C.P, I. (3) Conc. Nie. 2, Ad. 3, IV, p. 155. t. 7,p. 7W.

(2) Cod.Carol.£pist.08.

An de J.-C. 768.]

tien , où il n'oublie pas l'expression des deux natures et des deux volontés. Il reçoit les six conciles œcuméniques ; et entre les personnes condamnées par le sixième , il n'omet pas le nom d'Honorius. Enfin venant au point dont il s'agissoit principalement , il dit : Nous recevons et embrassons les traditions apostoliques , qui nous enseignent d'honorer et adorer les saints , comme les serviteurs , les enfants et les amis de Dieu (1). Nous adorons aussi avec eux les saintes images de Notre Seigneur Jésus-Christ , selon son humanité, de sa sainte mère, des apôtres, des prophètes, des martyrs, des confesseurs et des justes. Celte distinction entre les confesseurs et les justes est remarquable , et se trouve en plusieurs auteurs de ce temps-là. Il semble que par le nom de confesseurs ils n'entendoient encore que ceux qui avoient souffert pour la foi, et qu'ils comprenoient sous le nom de justes, ou justes parfaits, les autres saints que l'on a depuis nommés confesseurs.

LU. Constantin, chassé.

Il ne paroît pas que le roi Pépin ait eu aucun égard aux lettres du faux pape Constantin, ni qu'il ait rien fait pour autoriser son intrusion (-2). Mais à Rome, Christofle, primicier, et conseiller du saint-siège , avec son fils Sergius , sacellaire ou trésorier , résolurent de mourir plutôt que de souffrir une usurpation si indigne du siège de Saint-Pierre. Ils feignirent donc de vouloir se rendre moines , et demandèrent congé à Constantin , d'aller à un monastère de Saint-Sauveur en Lombardie. Le pape ayant pris le serment de Christofle, apparemment de ne rien entreprendre contre lui, les laissa aller. Mais comme s'il leur eût été permis de se parjurer pour parvenir à une bonne œuvre ; quand ils furent en Lombardie , ils quittèrent le chemin du monastère , où l'abbé les attendoit , et conjuroient Théodice , duc de Spolette , de les mener au delà du Pô , vers le roi Didier , qu'ils supplièrent de leur prêter secours pour délivrer l'Eglise de ce scandale. Cependant le pape Constantin lit une ordination de huit prêtres et quatre diacres , et durant tout le temps de son intrusion il ordonna huit évoques.

Christofle et Sergius ayant pris congé du roi des Lomkirds, vinrent à Riéti, d'où Sergius prit les devants avec le prêtre Valdipert, accompagné d habitants de Riéti et de Forconin, et d'autres Lombards du duché de Spolette. Ils arrivèrent à Rome inopinément le vingt-neuvième de juillet, veille des saints Abdon et Seimen , indiction sixième : c'est-àdire l'an sept cent soixante-huit, et se rendirent maîtres du pont du Sel. I^ lendemain.

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