LIVRE QUARANTETROISIEME
(2) Anast. in Steph. 111.
ils vinrent à la porte de Saint-Pancrace , où étoient en garde des parents de Sergius , qui le voyant approcher, lui firent signe et lui ouvrirent. Ainsi Sergius et Valdipert entrèrent à Rome accompagnés de Lombards , et montèrent sur la muraille avec un étendard ; mais les Lombards n'osèrent descendre , et quittèrent le Janicule , tant ils craignoient les Romains.
Toton et Passif , frères du pape Constantin, l'ayant appris , coururent avec quelques gens à la porte de Pancrace , suivis de Démétrius , sécandicier , et de Graliosus , cartulaire , qui les trahissoit, étant d'inteUigence avec Sergius. Racipert le plus brave des Lombards vint charger Toton par derrière à coups de lance. Passif courut porter celte nouvelle à son frère Constantin 5 ils se cachèrent ensemble en divers lieux du palais de La Iran, et s'enfermèrent enfin dans l'oratoire de Saint-Césaire. Théodore , évêque et vidame de Constantin, étoit avec eux. Mais quelques heures après, les chefs de la milice romaine les tirèrent de cet oratoire , et les mirent en lieu de sûreté.
Le lendemain dimanche , dernier de juillet, le prêtre Valdipert , à l'insu de Sergius , assembla quelques Romains , et ils allèrent au monastère de Saint-Vitus, d'où ils tirèrent le prêtre Philippe, et le menèrent à la basifique de Latran, criant avec joie : Philippe , pape, saint Pierre l'a choisi. Là un évêque ayant fait la prière sur lui selon la coutume, il donna la paix à tout le monde , et fut introduit dans le palais de Latran , où il s'assit dans la chaire pontificale , monta en haut , et tint sa table suivant l'usage des papes , avec quelques-uns des principaux de l'Eglise et de la milice.
LUI. Etienne III, pape.
Christofle arriva le même jour ; mais ayant appris cette élection, il en fut fort irrité, et jura devant tout le peuple , qu'il ne sortiroit point de Rome , que Philippe ne fût chassé du palais de Latran. Gratiosus exécuta cet ordre aussitôt, et Philippe s'en retourna modestement à son monastère. Le lendemain lundi , premier d'août, Christofle assembla les évoques et les premiers du clergé et de la milice , les citoyens et tout \o peuple de Rome, et ils convinrent d'élire Etienne, Sicilien, tîls d'Olivius. Il étoit instruit des saintes lettres , et des traditions ecclésiastiques, et très-fidèle à les observer. A son arrivée de Sicile à Rome, le pape Grégoire III le mit dans le monastère de saint Chrysogone , qu'il venoit de fonder. Le pape Zacharie l'en tira, pour le mettre à la chambre du palais de Latran .- puis il l'ordonna prêtre du tilre de Sainte-Cécile, le gardant toutefois près de lui , à cause de la pureté de sa vie. Les deux papes suivants, Etienne II et Paul , l'y retinrent aussi ; et il
.JE^j^
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
assista Paul dans la maladie dont il mourut , sans s'éloigner de son lit, jusqu'à ce qu'il eût rendu Tesprit. Ensuite il se retira à son litre de Sainte-Cécile , où on l'alla prendre pour l'élire pape ; et on Tamena avec de grandes acclamations au palais de Latran , où il fut ordonné suivant toutes les règles.
Sitôt qu il fut élu , quelques méchants prirent Théodore , évéque et vidame de Constantin , lui arrachèrent les yeux , lui coupèrent la langue et l'enfermèrent dans le monastère du mont Scaurus , où il mourut de faim et de soif, demandant de l'eau avec des cris pitoyables. Ils arrachèrent aussi les yeux à Passif, le mirent au monastère de Saint-Sylvestre , et pillèrent le bien del'un et de lautre. Ils prirent Constantin lui-même , le mirent à cheval sur une selle à femme, avec de grands poids aux pieds, et le menèrent ainsi publiquement au monastère de Celles-Neuves. Le samedi malin, sixième d'août, quelques évéques , avec des prêtres et des clercs s'assemblèrent à Latran dans la basilique du Sauveur : on y amena Constantin , et après la lecture des canons , on le déposa en cette sorte. iMaurien , sous-diacre, lui ôta du cou l'orarium ou étole, et la lui jeta aux pieds, puis il coupa ses sandales. Le lendemain dimanche, septième d'août , Etienne 111 fut consacré évéque dans l'église de Saint-Pierre; on lut à haute voix sur l'ambon, une confession publique du peuple romain, pour n avoir pas empêché 1 intrusion de Constantin.
Mais les violences ne cessèrent pas p^ur cela : Gracilis, tribun d'Alatre en Campanie, et partisan de Constantin , fut amené à Rome, mis en prison ; on lui arracha les yeux et la langue. Constantin lui-même fut tiré du monastère de Celles-ISeuves : on lui arracha les yeux , et on le laissa en cet état étendu dans la rue. Le prêtre Valdipert accusé d avoir voulu faire tuer Christode, le primicier, et livrer Rome aux Lombards, fut tiré de JNotre-damedes-Martyrs, c'est-à-dire de la Rotonde, où il s'étoit réfugié , et mis dans une affreuse prison ; puis on lui arracha les yeux , et on lui coupa la langue si cruellement , qu'il en mourut. C est ainsi que l'on vivoit à Rome qui étoit sans maître. Le pape Etienne 111 ' incontinent après son ordination , envoya eu France Sergius, Ois de Christollc, et alors nomenclateur de l'église romaine , vers le roi Pépin et les princes ses enfants , avec des lettres par lesquelles il les prioit d envoyer à Rome des évêques savants dans 1 Ecriture et les canons , pour y tenir un concile sur l'intrusion du faux pape Constantin.