XXXIX. Etienne, évêque de Tournay
Evrard d'Avesnes, évéque de Tournay étant mort en mil cent quatre-vin^jt-onze, on élut pour lui succéder Pierre, chantre de 1 eghse de Paris, docteur fameux ; mais cett élection ne fut pas agréable à Guillaume, archevêque de Reims, métropolitain de Tournay, et régent du rovaume en l'absence du roi Philippe-Auguste. Etienne, abbédeSainle- Genevieve à Paris, éloit du conseil de ce prélat, et avoit grande part à sa confiance (H). H lui écrivit en faveur de Pierre le chantre, et comme on accusoit le clergé de Tournay d'avoir manqué dans la forme de l'élection, il dit que cette faute ne doit pas nuire à Pierre qui étoit absent et n'en sa voit rien. Il ajoute que le roi avoit déclaré expressément qu'il vouloit que Pierre fût évéque de Tournay. Ainsi, continue- t-il, il seroit à craindre que, s'il etoit rejeté, ce jeune prince à son retour ne témoignât son indignation.
Loin d'écouter les raisons de l'abbé Etienne 1 archevêque de Reims le proposa lui-même pour être évéque de Tournay; ce qui fut reçu avec un grand applaudissement de tout le monde, mais avec une grande surprise de la part d'Etienne, quand il apprit son élection C est ce qu'il témoigne dans sa lettre à Barthélémy de Vendôme, archevêque de Tours, où il dit qu'il compte de passer vers Pâques à 1 Eglise qui l'appelle, pour être sacré le jour de 1 octave : c'étoit en mil cent quatre-vingtonze. Le papeCéleslin n'approuvoit pas celte élection, mais Etienne lui écrivit une lettre fort soumise, et son opposition n'eut pas de suite (3). Etienne fut donc évêque de Tournay, et gouverna cette église onze ans.
Il avoit cinquante-sept ans quand il y fut appelé, étant ne en mil cent Irenle-cinq, à Orléans, où il fit ses premières éludes à l'école de la cathédrale, et les continua dans celle de Chartres. Il y avoit une telle inclination, qu'il devint un des plus savants hommes du temps, écrivoit très-elégamment en prose et en vers, suivant le goût de son siècle, où Ion aimoit les rimes et les jeux de mots. H embrassa la vie des chanoines réguliiTs suivant la réforme de Saint- Victor, établie à hamt-Euverte d'Orléans, en mil cent<inquante-huit ; et saint Thomas de Canlorbéry , ayant connu son mérite pondant qu il eloit en France
[Ande J.-C. liw.
le mit au nombre de ses plus intimes amfs Etienne fut ensuite élu abbé de Sainl-Eu verte • et, pendant qu'il gouveriK.il celte communauté, il fut consulté avec Maurice, évêque de Paris, pur Ponce, évêque de Clermont sur la validité du baptême conféré, en disant seulement ; Au nom du père, et du fils et du Saint-Esprit , sans ajouter : Je le baptise et en plongeant l'enfant dans l'eau (1). L'évêque Maurice répondit que le baptême étoit nul, et qu'il falloit baptiser l'enfant ; mais l'abbé Etienne fut d'un autre avis. Il dit que, dans l'institulion du baptême, Jésus-Christ n'a pas dit : Allez, baptisez en disant : Je te baptise, et le reste; et qu'un baptême, donné avec les trois immersions et l'invocation delà trinité, ne doit point être déclaré nul. Ce qu il confirme par plusieurs autorités des pères, qui ont reçu par celte rais<m même le baptême des héréfiques. Je reçois toutefois, dit-il, avec grand respect la formule ordinaire : Je te bapiise, et je la regarde comme étant de la solennité du baptême, mais non de sa substance. Autrement, nous déclarerons damnés ceux que les laïques baptisent en cas de nécessité. Car ils ne disent autre chose en ondoyant les enfiints, sinon An nome patres, et filvs et /£spirites-S<in(es. On voit ici, et dans la lettre de l'évêque Ponce, que le mot d'ondo\er éloit dès lors en usage, pour signifier l'administration du baptême sans les cérémonies de lEglise. Etienne conclut que l'enlant est valablement baptisé ; mais il pro[)ose son sentiment avec grande modestie et grand respect pour lévêque de Paris, qui avoit autrement décidé. Depuis, le pape Alexandre III décida comme avoit fait l'évrque de Paris; et les théologiens ont suivi cette décision, et déclaré que ces paroles : Je te baptise, sont nécessaires pour exprimer linlenlion du ministre, et distinguer le baptême de toute autre abluîion (2).
En mil cent soixante-dix-sept, Etienne fut élu abbé de Sainte-Geneviève de Paris, au grand regret des chanoines de Sainte-Euverte d'Orléans, qui toutefois lui accordèrent une pension sur une de leurs terres. A Sainte-Geneviève, outre les écoles extérieures qu il y trouva, il en elablil d'intérieures pour les religieux, afin qu'ils n'eussent point occasion de se corrompie par le commerce avec les écoliers extern»'S. L abbaye de Sainte-Geneviève n'éloit pas encore bien rétablie des ravages que les ^ornlands y avoient laits quand ils assiégèrent Paris, trois cenis ans auparavant ; mais Etienne la repara enlièremenl ; il bâtit l'église telle que nous la voyons encore, et tous les li(ux réguliers, en sorte qu'il' est comme le second fondât» ur de ce célèbre njonaslère, dont il augmenta considérabh ment les biens temporels. Eu mil cent soixanle-
(I) Ep. i. bap. S. Th. :i. par. 0. 00,
(r Ep. 5. C. 1, K,l. de n.5,ad2. '
Ande J.-C. IIW.]