‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 2360 sur 2407 · LIVRE SOIXANTE-QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SOIXANTE-QUATORZIÈME

et qu'il leur permetlroit d'aller librement jusqu'à Rouen, non comme cardinaux, mais comme étrangers, à condition encore que le cierge de Normandie leur fourniroil la dépense de dix jours pour cinquante hommes et quarante chevaux. A ces conditions, ils se souinettoient pour faire leur paix à l'arbitrage de l'évêque di' Durham et du doyen de Rouen. Mais le sénéchal ne voulant point accorder que lc»s cardinaux vinssent en Normandie sans la permission du roi , ils s'en retournèrent sans lever leurs censures, quoique l'èvêiiue de Durham les suisiljusquà Yéz.'lay. Toutefois, le pape leur (il lever l'interdit , leur défendant en même temps d'entrer en Normandie.

AndeJ.-C. llOi]

plices jureroient de se soumettre aujui^ement 1 des Allemands et à la haine implacable de

rrEjli'epour l'injure faite aux cardinaux , l'c^mpcTeur. Enfin , le P^P^ /y^^t pns jour

". ..r. ^ i :. ,....!..., i;k„ ;.,c ! pour le jugement , il lut rendu publiquement

dans le palais de Latran, l'élection d'Albert jugée canonique et confirmée par le pape, qui même le fil cardinal, l'ordonna diacre le samedi des qualre-teraps de la Pentecôte , et lui fit chanter l'évangile à la messe. 11 lui donna toutes les bulles nécessaires , entre autres une pour se faire sacrer par Guillaume , archevêque de Reims, en cas que Brunes, archevêque de Cologne, son métropolitain, le refusât par la crainte de l'empereur ; et il lui fil délivrer toutes ces expéditions gratis (1 ). Albert, étant venu à Reims, fui parfaitement bien rec;u par l'archevêque Guillaume, qui l'ordonna prêtre le samedi des quatre-temps de septembre; et le dimanche suivant, vingtième du même mois, il le sacra solennellement évêque de Liège (^) Le lendemain, on apprit que l'empereur ètoil à Liège extrêmement irrité, et résolu de perdre tous ceux qui adhércroient à l'évc-que Albert. Le duc d'Ardenne, oncle de ce prélat, qui Ta voit amené à Reims , lui proposoit de se soutenir par la force, avec le secours de leurs amis, mais Albert lui déclara qu il ne vouloil point user de tels moyens, et qu'il espéroit apaiser l'empereur par son humilité et sa patience. Peu de temps après, arrivèrent à Reims trois chevaliers allemands et quatre écuyers , qui se disoient chassés de la cour de l'empereur a l'occasion d'une qucTclle. Ils vinrent saluer l'évêque de Liège, et s'insinuèrent si bien dans son amitié, qu'ils l'accompagnoient ordinairement, et mangeoient S(mvc»nl à sa table; plusieurs personnes les soupçonnoient de quelque mauvais dessein, mais l'évêque ne s'en delioit point. Enfin, l'ayant tiré hors de la \\\W sous prétexte d'une promenade, suivi seulement d'un chanoine et d'un chevalier; quand ils furent à cinq cents pas, les deux qui marchoient à ses côtés lui percèrent la têle par les tempes, et tous ensemble lui donnèrent tant de coups d'épée et de couteau, qu'on lui trouva treize grandes plaies. Aussitôt ils piquèrent leurs chevaux, et, quoique la nuit fût proche, ils firent telle diligence, qu'ils arrivèrent à Verdun à neuf heures du matin; puis ils allèrent trouver l'empereur, de qui ils furent très-favorablement reçus (3). L'évêque Albert fut ainsi tué le mardi, vingt-quatrième de novembre mil cent quatrevingt-douze, et enterré solennellement dans l'église métropolitaine de Reims; on le regarda comme martyr de la liberté ecclésiastique, et on lui en donna le litre dans son épitaphe (4). On rapporte quelques miracles faits à son tombeau; enfin, plus de quatre cents ans après, savoir, l'an mil six cent douze, l'archiduc Albert et l'infante Isabelle,

XXXVm. Saint Albert, évoque de Liège.

Raoul, évêque de Liège, revenant de la croisade, mourut de poison le cinquième d'août mil (Tut quatre-vingt-onze, conmie il étoit prêt à rentrer chez lui. Il y eut partage pour l'élection du successeur, la plupart élurent Albert de.Louvain, premier archidiacre de Liège, frère de Henri, duc de Lorraine et de Louvain ; quelques-uns, par la faction de Baudouin , comte de Namur, élurent un autre Albert , frère du comte Uèlhel , aussi arc hidiacre de Liège, homme sans lettres et sans c^spril , qui n'avoit autre mérite que sa naissance. Ils s'adressèrent l'un et l'autre à l'c^mpereur Henri piiur recevoir l'investiture; mais ce prince, qui avoit choisi un autre sujet et haissoit dc^puis long-temps le duc de Lorraine, soutint que, quand il y avoit partage, l'electicm etoit caduque, et lui ap artenoit à lui seul; ainsi, il donna linvesliture à Lolhaire, prévôt de Rone, homme riche et déjà pourvu de plusieurs dignités ecclésiastiques, frère du ccjinte d'Ilorstade, qui avoit rcMidu de grands services à l'empereur. Les chanoines appc^lèrenl au pape, soutenant que l'élection d'Albert de Louvain étoit canonique; mais Lolhaire vint à LÎJ'gc^ et se mit en possession de l'évêché et des fortcTesses qui en dèpendoient (1).

Albert lit le vovage de Rome avec de graiidc^s dilliculles, parce que l'empereur lui avoit fermé tons les passages. H fut obligé de prendre dc^s chemins détournés et de se déguiser en valet; et on le présenta en cet ecpiipage au pape Celestin, qui en fut touché jusqu'aux larmes. 11 l'embrassa et le consola, le connoissant déjà de réputation. Albert arriva à Rome aux fêtc^s de PAques, qui, cette annexe mil cent quatre-vingt-douze , fut le cinquième d avril , et y demeura jusqu'après l'octave de la l'entecôle. H produisit h's preuves de la régularité de son élection ; mais quelques cardinaux étoient d'avis de céder à la violence

CD Roger, p. 7iO. Je Brompl. p. 1238.

(1) iEgist. dcLpisc.Leo. c 50, 57, 5S, 5y, 00.

HISTOIRE DU CHRISTIANISME

(1) Marlot to. 2, p. 431. linel tp. 175-

(2; > ita ppr Cl. du Mo- (9) Ep. 177 179.

son épouse, ducopsentemcntduroi Louis XIII, obtinrent du cardinal de Guise, archevêque de Reims, la permission d'enlever son corps, et le firent transférer solennflliment à Téglise des Carmélites, qu'ils venoi.nt de fonder à Bruxelles (1). Il est marqué dans le martyrologe romain au vingt-unième de novembre.

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