XLII. Hubert, archevêque de Canlorbéry
Cependant le roi Richard, sachant que le sié^e de Cantorbery éloit toujours vacant, et n espérant plus y faire transférer l'archevêque de Mont-Réal, écrivit ainsi de sa prison à la reine, sa mère : Nous vous mandons d'appeler nos justiciers avec révéque de Londres et les autres sufFrag^ants de Cantorbery, de vous rendre au
plus tùt en personneà Canlorbéry, près le prieur et les moines, et faire en sorte que Hubert évéque de Sarisbéry, soit élu archevêque, s'il ne l'est déjà. Car nous sommes persuadé que sa promotion sera agréable à Dieu et u.ile à la paiv de notre royaume et à notre délivrance. En conséquence de celte lettre , la reine et l'archevêque de Rouen mandèrent aux moines de Canlorbéry dese rendre à Londres le dimanche, trentième de mai , pour élire un archevêque! Ce qui fut exécute; mais les moines, pour conserver leur prétendu droit de faire seuls rélection, la lirent dès le samedi, et les èvêques le dimanche ; enfin, les uns et les autres élurent Hubert, suivant lintention du roi. Huberl, surnommé Vaulier, a voit été premièrement doyen d'York , puis évéque de Sarisbéry, en mil cent quatre-ving^t-neuf, à la re(H)mmandalion principalement de Baudouin, archevikiue de Canlorbéry, qui l'aimoii uniquement (-2). Dèsquil fut'èlu archevêque, il envoya à Rome demander le pallium , et cependant, pour se mettre bien avec les moines de Canlorbéry, il prit l'habit monastique.
avecquanhle de seigneurs de France (I) iM Us* pendant cette cérémonie, le roi , regardant la princesse, commença à en avoir horreur il trembla, il pàlil, et fut si troublé, qu'à peine put-Il attendre la (in de l'action. On parla dès lors de les séparer, sous pretexle de parenlé • mais d'aulres conseillèrent au roi d'essay.T à vaincre son aversion H lit amener la reme à Saint-Maur, près Paris, où elle prétendit qu ils avoient consommé leur mariage; mais le roi n en convint pas, el a voit un le! éloignemenl del e, qu a peine pouvoit-il soulTrir qu on en parlât en sa présence: ce que 1 on allribua à quelque maléfice; car la princesse etoit belle et vertueuse, et le roi l'avoit long-temps désirée. D< ux mois et trois semaines après ce mariage, il tint un parlement à Compiè'nie
a vec les é vt'ques et les seigneurs de son ro va u me ou presidoit l'archevêque de Reims, h'gat du saint-siège. Là , se trouvèrent des ténKjins
XLÎII. Le roi Philippe épouse Ingeburge et la quitte.
Le roi de France, Philippe- Auguste , avoit perdu sa première femme, Isabelle de llainaut, morte le quinzième de mars mil cent qualreyingt-dix, doul il avoit un fils nomme Louis. Philippe, voulant ï,e remarier, envoya Etienne,
Cl) Petr. Blés. Ep. 64, li3,lU, 145, lie.
(î) Gervas p. 1582. Rudul. p ooy. Geiv. p. 1070.
Goduiade Prajàul. p. H».
nioms, qui assurèrent par serment qu'il y avoit parenté enlre la défunte reine Isabelle et Ingeburgeet cette parenté se prenoil du chef de Charles le bon corn e de Flandre, fils de saint Canut
roi de Danemarck (i). Les prélats jugèrent cette parente suHisante pour empêcher le maria^'o
et 1 archevckjuede Reims prononça la senlcnce'
par laquelle il fut déclare nul. La reine ne sa-
voit ce qui se passoit, parce qu'elle n'entendoit
point le (rançois; et, ayant renvovéles Danois
qui I avoienl accompagnée, elle étoit demeurée
presque seule. Mais un interprèle lui a^anl (ait
entendre ce que l'on venoit de faire, elle fut
extraordinairement surprise, el toute en pleurs
secnacommeellepulenfrancoisiMalelYance maie France; el elle ajoula: Rome, Rome. A ouant dire qu'elle appeloitau sainl-siége. Le roi la quitta aussitôt, et la vouloil renvoyer en Danemarck ; mais elle ne voulut pas y retourner, et demanda à s'enfermer dans un monastère, aimant mieux passer le reste de sa vie en continence que de contracter un autre mariage; el le roi l envoya dans une comniunaulc de religeuses hors de son royaume.
Elle lut regardée quehiuc temps à Cisoin abbaye de chanoines réguliers au diocèse de Tournay , où 1 èvêipe Etienne ayant été la voir , il écrivit ainsi à Guillaume, archevêque
Andp J -C. 1194.1
de Reims (1) : Je plains le sort de cette prin- | cesse , el je laisse à Dieu l'événement de sa cause. Car , quel seroit le cœur si dur qui ne fut touché de l'adversité d'une jeune personne du sang royal , plus recommandable par sa vertu que par sa naissance? Elle passe les journées à prier, à lire ou à travailler de ses mains, et ne ccmnoit point le jeu. Elle prie avec larmes depuis le matin jusqu'à midi, moins pour elle que pour le roi. Jamais elle n'est assise dans son oratoire , mais toujours debout ou à genoux. La pauvreté l'oblige à vendre pour subsister le peu qu'elle a d habits el de vaisselle. Elle demande des aliments , et dit que vous êtes son unique refuge, et que depuis le commencement de sa disgrâce vous l'avez nourrie et secourue libéralement : soyez touché de ses larmes , vous qui donnez abondamment à tant de pauvres.