XLVI. Fermeté de saint Hugues de Lincoln
Il n'y avoit personne en Angleterre plus capable d'exécuter une telle commissi«m que saint Hugues d.^ Lincoln, dont la verlu étoit connue de tout le mcmde, parliculièrementson attachement inviolable à la justice, son zèle pour la défense des opprimés et son courage intrépide pour résister aux puissances. Aus.i les papes sous lesquels il vécut lui déléguèrent les affaires les plus importantes de toute la province, comme dit l'auleur de sa vie • et il ajoute , que le saint prélat avoit reçu de Dieu une telle grâce pour discerner le jusîe de l'injuste, que les plus habiles jurisconsultes disoient n'avoir jamais vu son pareil pour la décision des causes les plus difficiles , quoiqu il neut point étudié cette science (1). Ceux qui avoienl de bonnes causes etoient ravis de l'avoir pour juge , ne craignant de sa part ni négligence m loiblesse pour se laisser ébranler aux menaces ou aux présents.
Le roi Richard , après son retour en An^^leterre (2), passa en Normandie et fit la guerre au roi Philippe, qui étoit entré sur ses terres Ayant besom d'argent pour soutenir cette guerre, il envoya en Angleterre l'archevêque j entends Hubert de Cantorbéry , avec ordre d'assembler les évéques et les autres prélats et leur demander un subside. Saint Hu^^ues ayant examiné l'affaire al tenti veinent, et trouvant qu elle retourneroità lacharge du pauvre peuple, répondit qu'il ne consentiroit pointa
I exécution de cet ordre; et il se trouva un autre evéque qui, ayant ouï les raisons qu il deduisoit amplement , se rangea à son avis L archevêque le trouva fort mauvais , et re tourna promplement porter ses plaintes au roi qui , outre de colère , dit à un de ses courtisans . Autant que tu aimes ma vie , je te commande de ruiner entièrement Hugues et l'évéque qui s'est attaché à lui. Ce dernier évéque fut d»)nç chassé de son siège, tous ses biens ccmfisquès , et il demeura quelque temps banni du royaume. Enfin, par le secours de ses amis
II fut reçu à se jeter aux pieds du roi , implol rant sa clémence et promettant de ne jamais s opposer à ses volontés.
Mais quand il vint des gens armes pour traiter de même févéque de Lincoln , avant qu'ils eussent louché rien, il les fit tous dénoncer excommuniés au son des cloches dans les paroisses voisines. Sa magnanimité les étonna, et ils se retirèrent sans rien faire ; car on crai^^noit terriblem<'nt les censures du prélat , qui^souvent étoienl suivies de morts subites affreu-
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SCS (I) , de possessions du démon , ou d'autres marques sensibles de la vengeance div ne loutelois,craignanten cette occasion d'attirer sur son troupeau les effets de l'indignation du rm 1 alla le trouver, quoiqu'él(>iW prenant le péril sur lui. Comme il approchoii de la cour, quelques gens de bien vinrent au devant, le priant de se retirer , et ne se pas présenter au roi , de peur que sa mort n'attirât la œhTc de Dieu sur le royaume, comme la mort desainl Thomas. Mais il n'acquiesça pas a cette proposilinn ; et, comme un de ceux bui la laisoit s off oit |K)ur médiateur, il lui répondit : Quoi , vous voulez que je m'épargne pour vous inettre en danger, vous cl vos enfants ^ Aussitôt II entra chez le roi, et, sachant qu'il entendoit la messe à la chapelle, il y alla et s approchant du roi , il lui dit hardiment ' Donnez-moi un baiser. Vous ne l'avez pas mérite , répondit le roi. Je l'ai mérité , reprit Té-
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véque , parce que je suis venu de loin vous trouver. Vous me devez un baiser; et il le liroil avec force par son manteau. Le roi se baissa en se souriant et lui donna le baiser.
Lesevéques et les autres assistants, voyant Hugues triompher ainsi du roi, étoient hors a eux-mêmes d'étonnement ; et le roi, voyant sa fermeté, et que, laissant la place des oéques, il s'étoit mis près de l'autel pour prier avec plus de liberté, commença à le respecerdufond du cœur; et, quand on lui présenta I instrument de paix, il le fit premièrement porter à l'évèque de Lincoln. On attribua a cet honneur qu'il avoit rendu au saint prélat une insigne victoire qu'il remporta jH'u de temps après. La messe étant finie , Hugues mena le roi derrière l'autel pour lui parler avec plus de liberté, et, s'étanl assis auprès de lui, il lui dit : Dites-moi comment va votre conscience, car vous êtes de mon diocèse, et je rendrai compte de vous au jugement de Dieu. Le roi répondit : Ma conscience est en assez bon état, si ce n'est la jalousie qui me tourmente contre les ennemis de mon royaume. Que dites-vous, reprit Hugues d'un ion de reproche, n'opprimez- vous pas chaque jour les pauvres:^ n'allligez-vous pas les innocents.^ ne chargez -vous pas votre peuple d exactions.? De plus, le bruit court que vous avez viole la foi ccmjugale. Ces péchés vous paroissent-ils légers? A ces paroles de l'évéque, le roi fut tellement épouvanté, qu'il nosa ouvrir la bouche; et le prélat ayant continue de lui faire une forte réprimande, Il s excusa humbl ment sur quelques articles demanda pardon des autres et promit de s'ea corriger. Ensuite il représenta au roi, devant toute l'assemblée, qu'étant pasteur il n'a voit pu consentira la vexation de ses ouailles, et le roi reçut sa justification, se tenant encore heureux qu il ne poussât pas plus loin la correction. Quand il fut parti, le roi, se tournant
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