LI. Alexis l'Ange empereur
L'empereur Isaac l'ange, après avoir évité plusieurs conjurations, qu'il sailiroil par sa mauvaise conduite, méprisa les avis qu'on lui donnoil contre son frère Alexis. IMais celui-ci, s'étant fait proclamer empereur, tit prendre Isaac à Stagire, où il s'en éloit fui , et lui fit arracher les yeux ; puis il le mit en prison, où on lui donnoit du pain et du vin par mesure, comme au moindre particulier. Isaac fut ainsi dépossédé le dixième d'avril mil rent quatrevingt-quinze , après avoir régné neuf ans et sept mois, n'ayant pas encore quarante ans. Il avoit fait bàlir des églises et des hôpitaux , mais aux dépens du peuple, qu il accabloil d'impositions, et des autres églises qu il pilloil pour orner les siennes (3). Alexis prit le surnom de Comnène , comme plus illustre que celui de l'ange, et régna huilons.
LU. Concile d'York.
La même année, le pape Célestin accorda , à la prière du roi Richard eldjs prélats d'Angleterre; la légation en ce royaume pour Iluï ert , nouvel archevêque d(' Cantorbéry, comme il paroit par ses lettres , datées du palais de Latran, le dix-huilième mars, la quatrième année de son pontiticaf , qui est l'an mil cent quatre-vingt-quinze. En cette qualité de légat, rarchevèque Huhort vint à York le jour de Saint-lîaniabé, (jui éloit le dimanche, onzième de juin, et y fut reçu en procession par le clergé et même a la
cathédrale (1). Le lendemain , il lit tenir par ses officiers les assises pour les affaires du roi ; car il éloit grand justicier d'Angleterre, et tint par lui-même les plaids de chrétienté, c'est-à-dire la juridiction e(elésiastique. Le
mardi, il alla à l'abbaye de Sainte- [Marie d York, où il fut reçu processionnellement par les moines; puis il entra dans leur chapitre ; et, sur leurs plaintes de ee que llobert, leur abbé, ne pouvoit plus être utile à la maison à eause de ses intirmités , le légal le déposa, quoiqu'il réclamât et appelât au pape. Les deux jours suivants, c'est-à-dire le mercredi et le jeudi, le légat tint un concile dans l'église de Saint- Pierre d'York, où l'on ne voit point d autre évêque que lui, mais seulement le doyen, le chantre, les archidiacres et le chancelier de la même église, avec (pielques chanoines, presque tous les abbés, les prieurs et les cures du diocèse. Le légat présidoit à ce concile, assis sur un siège élevé, et y publia douze canons, divisés en dix-huit , selon une autre édition.
On recommande, premièrement, cecjui regarde le saint sacrement de l'autel, que le prêtre ne célèbre point !a messe sans avoir un homme lettré pour la servir ; qu'il porte luimême la communion aux malades en habit clérical , étant précédé de lumière. Que le canon de la messe soit écrit lisiblement et correct<'ment. Que le prêtre n'impose point pour pénitence de faire dire des messes , et se contente, pour rétribution, de ce qui lui sera ofl'ert à la messe, sans faire aucune convention. Il n'y aura au baptême que deux parrains et une marraine, ou deux marraines et un parrain. On baptisera les enfants exposés, quoiqu'on trouve du sel avec eux , sans craindre de réitérer le baptême. Un diacre ne baptisera , ne donnera le corps de Jésus-Christ, ou n'imposera la pénitence qu'en cas d'extrême nécessité. On croyoit donc encore qu'il le pouvoit faire en ce cas. Si les titulaires négligent de réparer les églises et de fournir d'ornements, i! y sera pourvu par ordre du légat sur le revenu des églises. La justice sera rendue gratuitement dans les causes ecclésiastiques. La dîme que l'on dit ('tre de précepte divin sera prise avant les frais de la moisson (2).
Les moines et les chanoines réguliers ne prendront point à ferme leurs obédiences, n'iront point en pèlerinage, et ne sortiront que pour cause et en compagnie. Les religieuses ne sortiront de l'enclos du monastère qu'avec l'abbesse ou la prieure. Les faux témoins seront excommuniés trois fois Tannée, et dénonce:; tous les dimanches (.'l). S'ils se repentent, on les renv(»rra à l'évêque, ou, en sno absence, au confesseur général du diocèse, pour recevoir la pénitence. Par ce confesseur général, j'entends le prêtre nommé depuis pi»
AndeJ.-C. llUô.J
nitencier. Les clercs concubinaires publics seront punis, premièrement , d'infamie, puis de suspense de leurs fondions et des truils de leurs bénéfices (1). S'ils sont seulement suspects , après les admonitions secrètes et publiques on leur imposera la purgalion canonique, nojr laquelle on n'exigera au plus que douze personnes qui jurent avec eux. Tels sont les décrets de ce concile d'York.
LUI. (Geoffroy, archevêiiue d York, suspens.
LIVKE SOIXANTE-QUATORZIÈME.
telam. C'est la première fois que j'ai remarque cette forme d'absolution, nommée, par nos praticiens, absolution à caulèle (1) Le pape écrivit sur le même sujet au clergé et au peuple de la province d'York , et au doyen Simon en parliculier ; et ces trois lettres sont datées du même jour vingt-troisième décembre mil cent quatrc-
' "^ÇeTemps après, un clerc de rarchevèque d'York, nommé Raoul de Yigetot, étant tUbé malade à Rome , et se voyant al ex re^-
(1) P 451, 452. Slip.
vl', 11. 51
(â) .'iup. liv. i.w, II. :,i.
(») Nicet. |i. 2K0, 205.
I (1) Cœli'Sl, Kp. 7,S. Iln-
scr, p. 75:1. To. 10. Coiic.
: p IT.II. i;»i'iT, p. 755. G.
Ni'iibr. V, c. 12 (2) C. I, 4, 4,5,7,8.
(:t' C. (1, II.
Cependant les adversaires de Geoffroy, archevt>que d'York, ne manquèrent pas de so prcsenlerà Romedevaal le pape, au joiirmar que par l'évêque de Lincoln , c'cst-a-dire au premier juin de celle année mil cent quatrcvinîît-quinite, alin de poursuivre leur accusation: mais Geoffroy ne s'y trouva point , et les clercs, qui étoieni :i Rome de sa pari, proposèrent ses excuses ;savoir, que le roi, son frère, lui avoit défendu de venir, et qu'il craignoit imauvais air de Uoni<- pendant l'été. Sur telle remontrance , ils oMinrent la cassation de tout ce nui avoit été fait contre larchevéque depuis l'inn -I cl le pape lui donna terme pour venir à llômè dans l'octave de la Saint-Marlin. Et comme il ne comparut pas môme alors , les chanoines d'York . qui en éUnent bien avertis, solllcilèrent sailli Hugues de Lincoln de prononcer conln^ lui sentence d interdit et de suspense ; mais le saint prélat leur répondit qu il aimeroil mieux élre suspendu lui-m<me que d.- l'avoir fait (2). Les chanoines envoyèrent donc à nome s(> plaindre au pape Celestin , que révoque et les autres juges délègues n cxecutoien point son mandement ; et enlm le pape , pressé par leurs sollicilalions , ayant allendu plusd'un mois au delà du terme prescrit, prononça .(.ntre ( '.eolïroy sa sentence , par laque c il Icsuspendit de l'usage du pallium, de toute foiiclioii épiscnpale,deladininislration du spi-
,,i,„,| et du temporel, et de la provision des hénéliees de n'^gH^' ''l ''<^ 'j' province d York Le pape manda à i'évéque de Lincoln, et aux eux uilres commissaires, de dénoncer celle suspense par tout le diocèse et la province ; iaisinl défense à tous, tant clercs qui; laïques, le répondre à l'arclievéciue ou a ses oITiçiers , soit Ùour le temporel, soit pour le spiriluel , ins .li'Tce nue le pape en eût autrement oriX olnetlant cependant Simon, doyen d'York , avec le conseil des chanoines resid.ints pour le jugement des causes ecclesiasliques , 'et confirimnl au surplus le pouvoir des commissures Le pape ajoute : ^ous vous ordonôns encore de'^Jéclarer nulle l'excommunical on publiée par larchevéque contre quelques Xnoines et autres, depuis l'appel mlerjete a nous , à la charge toutefois que vous absoudre/ ces personnes par l'autorité du saint-siegc, p«)ur plus grande sûreté : Jd majorcm cau-
m lé , conll-ssa , devant le pape Célestin et tous lescardinau. , qu'il avoit fait expédier en eu
(2)Rog.,p.751.Eiû?t.759.
de Homo plusieurs lettres fausses , tant pour l'affaire de l'archevêque, son maître, que pour a sienne; et qu'il k4 avoit déjà envoyées eu Angleterre (•>). C'est pourquoi le pape donna cimlmission à llubert , archevêque de Cantorbérv de retenir les lettres qu'il trouveroit contrairèsàlajustice, touchantl'affaire de I archevêque d'York. On trouva à Londres un clerc chargé de ces lettres et depoisonpourlairept>rir Simon, doyen d'York, et quelques autres chanoines. Le poison fut brûlé publiquement, et e porteur mis en prison; et les adversaires de Geoffroy, archevêque d'York , le chargèrent encore de ce crime.