L. Théodore l'alsamon et ses tcrils
C'est à ce patriarche que Théodore Balsamon dédia son conmieulain^sur les canons. H y avoit hnig-tenips qu'il avoit commencé cet (mvratçe , et son exposition sur le nomocanon de Photius , par ordre de l'iMnpereur Manuel Comnène, et du patriarche Michel Anchiale. Théodore étoit ne à Constantinople, et dès lors nomophvlax et cartophvlax , c'est-à-dire garde des ois et des chartes de Sainte-Sophie, <»t premier prétn^ des blaiiuernes -, mais il n'ét(>it pas encore patriarche d Antioche. En cette exposition, il marque les lois qui étoient en vigueur de s(m temps, et celles qui étoient abrogées : n'ayant pas été mises dans les basiliques, composées après la mort de Photius , qu il nomme toujcmrs très saint patriarche (t). H montre aussi en quel endroit des basiliques se trouvent les lois que Photius cite selon les titres du code» et du digeste ; il résout les anti nomies, et ajoute les décisions des conciles ou des empereurs survenues depuis les basiliques.
Sur le texte de Photius, qui dit que Constantinople a les privilèges delancienne Rome, Théodore, pimr faire voir en quoi consistent ces privilèges, rapporte tout au long la prétendue donation de Constantin comme une pièce aulhenti(iue. Pliotius, toul(îfois, n'en avoit point parlé, quoiqu'elle fût connue de son temps , comme il paroit par l écrit d'Enée, évéque de Paris, contre les ùrecs. Théodore Ralsamon a aussi cominenlê (ouïes les autres parties du dn^il canonique des Grecs, savoir, les canons des apôtres , c(»ux des sept conciles généraux, du concile de Carlhage, c'est-àdire le code des canons de lèglise d'Afrique , des cinq conciles particuliers et des épltres canoniques des pères (2). Nous avons plusieurs ouvrages de Théodore sur les mêmes matières, entre Fesquels est une méditation ou réponse à une ccmsultalion au sujet des patriarches.
H donne le premier rang, pour l'antiquité , à celui d Antio( lie, parce que saint Evode fut ordonné par saint Pierre : ce qu'il suppose sans le prouver. Peu de temps après, conlinue-t-il, le même apôtre lit saint Marc évéque d'Alexandrie, siiint Jacques de Je: usalem et saint André de Thrace. Environ trois cents ans après, saint Sylvestre fut nommé pape de l'ancienne Rome, par Constantin, qui venoit de se convertir , comme nous apprend l'histoire ecclésiastique. On voit par là combien Théodore en doit instruit , et quelle éloit sa critique. Car il répète encore ensuite que saint Sylvestre fut le premier pontife de Rome (3). Il continue : La petite ville de Ryzance n avoit qu'un évéque soumis à celui de Périnthe , qui est Héraclée de Thrace; mais le siège de l'empire y ayant été transféré de l'ancienne Rome , Mèlrophane , qui en étoit alors évéque,
'1) P- 2fi0.^ i(>. Cataloj:. Jus Gra-co-U.
•2) V. Pagi.an. !19l,ii. p. 30J.
(1) Vers, iiiit. libri. Pra^f.
In Nom. Sup. I. u\, n. l(i.
(2j Sup. !. i.l, n. r*. V.
Cave, p. 477.
(3> Jus Graîco-Pioni.
vil, inil p- 450.
prit le titre d'archevêque. CVst pourquoi le premier concile oecuménique, il veut dire le premier de Constantinople, lui donna des privilèges de l'ancienne Rome, comme étant la nouvelle : ce que le concile de Trulle a coniirmé , déclarant le siège de Constantinople le second après celui de Rome, et mettant ensuite ceux d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem. C'est pourquoi les évèques de ces grands sièges sont ainsi honorés par toute la terre jusqu'à présent. Car, encore que le pape de l'ancienne Rome ait été retranché des églises , c'est sans préjudice du bel ordre établi par les canons. JNous ne voyons point de quelle autorité ni par quel décret avoit été fait ce prétendu retranchement , et c'est ici le premier témoignage que j'en trouve, et la première preuve formelle du schisme des Grecs. Or, on ne sait point la date de cet écrit, et Théodore a vécu jusqu'à la prise de Constantinople par les Latins. Il ajoute peu après que celte séparation lui déchire le cœur, et qu'il attend tous les jours la conversion du pape (1). Il s'étend sur les marques extérieures de la dignité des patriarches, le flambeau qu'ils fa isolent porter devant eux , l'habit semé de croix et leurs autres ornements, dont il rapporte les significations mystérieuses (2). II soutient que les deux patriarches qui , parles incursions des gentils, sont réduits à résider hors de leurs sièges , savoir, celui d'Antioche et celui de Jérusalem, ne perdent rien pour cela de leur dignité et des honneurs qui leur sont dus. H dit que le titre de patriarche est propre à lèglise d'Antioche, suivant l'ancienne tradition, qui a donné le nom du pape aux évèques de Rome et d'Alexandrie, et celui d'archevêque à ceux de Constantinople et de Jérusalem, et que ce seroit faire injure à Antioche de les nommer tous patriarches ; n'étoit que tous ensemble tiennent la place d'un seul chef de tout le corps de l'Eglise, et représentent les cinq sens rassemblés dans la tète. Car il insiste fort sur cette comparaison. Il propose ensuite la question -. Pourquoi l'on donne le litre d'oecuménique au pape de Rome et au patriarche de Constantinople, et dit : Mais puisque le démon de l'amour-proprc a séparé le pape de la compagnie des autres patriarches , et l'a renfermé dans les bornes étroites de l'Occident, et que le patriarche de Constantinople ne se pare d'aucun des privilèges du pape , et ne prend point danssessous^ criptions le litre d'oecuménique , je laisse cette question comme inutile , et je réponds à ceux qui osent soutenir qu'on doit refuser les honreurs de patriarche à celui d'Antioche et à celui de Jérusalem. Car, disent-ils, il est ordonné par les canons de ne pas même compter pour évèques ceux qui ne s'exposent pas à toutes sortes de périls pour se rendre à leurs sièges , occupés par les barbares et gagner la
lib.
U) Sup.l XVUI. n. 7,p.440. (2) P. 444, 640, 449,
HISTOIRE DÛ CHRISTIAMSIVIE
[Ande J. C. nW5-
couronne du martyre (i). A quoi il oppose le trente-septième canon du concile de Trulle, qui porte que les incursions des barbares ne porteront point de préjudice aux évèques , qu'elles empêchent de prendre possession des sièges pour lesquels ils auront èlè ordonnés, et qu'ils ne laisseront pas de faire valablement les ordinations et les autres fonctions èpiscopales. Il rapporte aussi la constitution d'Alexis Comnène, de l'an mil quatre-vin<»:l- treize , qui conserve à ces évêques in parti bus ^ non-seub^ment les droits èpiscopaux, mais leurs abbayes et leurs pensions {'2). Il est remarquable que les Grecs ne comploient point le patriarche d'Alexandrie entre ceux qui ètoienl dépossédés par les inlidèles, quoique loiile l'Egypte fût au pouvoir des musulmans, mais seulement les patriarches d'Antioche et de Jérusalem, dont les sièges, depuis près d'un siècle , avoient été occupés par les Latins, qui leur ètoient plus odieux que les Arabes ou les Turcs. Ceci semble aussi montrer que, tant que les Latins furent maîtres de Jérusalem , le patriarche grec d(^ celle ville demeura à Constanlinople comme celui d'Antioche.