LIVRE QUARANTIÈME
Ensuite les magistrats demandèrent de là part de l'empereur si Macaire pourroit être rétabli dans son siège , en cas qu il fût pénitent Le concile , ayant repris en peu de motë les crimes de Macaire , ses mouvements séditieux, les falsifications des pères, son opiniâtreté dans l'erreur, dit qu'il n'étoit pas possible dé le jamais reconnoître pour évêque , et pria ati contraire que l'empereur le bannit de Constantinople avec ses sectateurs. Alors les évêques et les clercs de la dépendance du siège d'Antioche s'approchèrent des magistrats, et leur dirent : Nous vous prions de demander à l'empereur que l'on nous donne un autre arche^ vêque à la place de Macaire , afin que le siégé d' Antioche ne demetire pas vacant ; et lés magistrats s'en chargèrent.
!k!XII. Treizième sessîoh. Condamnation d'Hoiiorius.
La treizième session fut lenùe six jours après la précédente, savoir, le vingt-huitième de mars , il n'y assista personne au nom du siège d'Antioche. Le concile prononça en ces termes le jugement qu'il avoit promis : Ayant examiné les prétendues lettres dogmatiques de Sergius de Constantinople (1) à Cyrus, et les réponses d'Ilonorius à Sergius ; et , les trouvant éloignées de la doctrine des apôtres , des décrets des conciles et des sentiments de tous les pères^ au contraire , conformes à la fausse doctrine des hérétiques , nous les rejetons entièrement, et les détestons comme propres à corrompre les âmes. En rejetant leurs dogmes impies^ nous croyons aussi que leurs noms doivent être bannis de l'Église : savoir, de Sergius, jadis évêque de cette ville de Constantinople^ qui a commencé d'écrire sur cette erreur, de Cyrus d'Alexandrie, de Pyrrhus, Paul et Pierre, aussi êvc^ques de Constantinople, de Théodore , évêque de Pharan ; de tous lesquels le pape Agathon a fait mention dans sa lettre à l'empereur, et les a rejetés. Nous les déclarons tous frappés d'anathème.. Avec eux nous croyons devoir chasser de l'Eglise et anathé^ matiser Honorius, jadis pape de l'ancienne Rome ; parce que nous avons trouvé dans sa lettre à Sergius , qu'il suit en tout son erreuf. et autorise sa doctrine impie. Nous avons aussi examiné la lettre synodique de Sophrone, d'heureuse mémoire , jadis évêque de Jérusalem ) nous l'avons trouvée conforme à la vraie foi ^ à la doctrine des apôtres et des pères , et l'avcas reçue comme utile à l'Eglise ; et nous avons ordonné que son nom sera mis dans les dyptiques (2).
Les magistrats demandèrent ensuite que le garde-chartes produisit tous les écrits qui se trouvoient dans le trésor, composés par les personnes qui venoient d'être condamnées. Puis ils ajoutèrent : Quant à la demande des évêques
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
et des clercs dépendants d' Antioche , pour y ordonner un évéque, nous en avons fait notre rapport à l'empereur ; et il a ordonné qu'ils fassent à l'ordinaire un décret d'élection qui lui sera présenté. Cela fut exécuté, et, avant la fin du concile, Théophane, abbé de Baies en Sicile , qui avoit si bien soutenu la foi contre Macaire dans la huitième session , fut ordonné évéque d' Antioche, comme on voit par les souscriptions (1).
George, garde-chartes, exécutant l'ordre qui lui avoit été donné , représenta premièrement la lettre de Cyrus, encore évéque de Phasis, à Sergius de Constantinople (2) , écrite cinquante-six ans auparavant , pendant la quatorzième indiction, c'est-à-dire en six cent vingt-six , et elle fut lue (3). On lut ensuite la lettre du même Cyrus, devenu patriarche d'Alexandrie, à Sergius, touchant la réunion des théodosiens avec les neuf fameux articles de cette réunion , qui avoient été comme le signal du monothélisme. Puis on lut plusieurs passages du discours de Théodore de Pharan à Sergius d' Arsinoé , et un passage d'un discours dogmatique de Pyrrhus de Constantinople. On lut encore dans un registre un passage de la lettre de Paul de Constantinople au pape Théodore; et dans une autre lettre de Pierre de Constantinople au pape Yilalien (4). Comme on la hsoit, les légats du pape avertirent les magistrats , que les passages des pères qu'elle contenoit étoient tronqués; c'est pourquoi la lecture n'en fut pas contirmée. Le concile ajouta : Vous voyez par ces lectures que Pyrrhus , Paul et Pierre , Théodore et Cyrus , ont soutenu une opération et une volonté en Jésus-Christ, et que le pape Agathon a eu raison de les rejeter. C'est pourquoi nous ordonnons qu'ils seront ôtés des sacrés dyptiques , frappés d'anathème , et leurs écrits supprimés (5).
XXin. Lettre des patriarches de ConsUnlinople.
Les magistrats dirent : S'il paroît que les successeurs de Pierre , évéque de Constantinople, savoir, Thomas, Jean et Constantin, ayant écrit des lettres ou des discours sur la nouvelle erreur, George, garde-chartes, les rapportera; et les libelles qu'ils pourroient avoir demandés à des évéques ou à d'autres touchant la même erreur. Le garde-chartes dit : Yoici le registre qui contient la copie des lettres synodales de Thomas, de Jean et de Constantin , et l'original de la lettre synodale de Thomas au pape Vitalien , encore scellée. Car elle ne put être envoyée à cause de l'incursion des Sarrasins , qui dura continuellement , comme vous savez , pendant les deux ans de
[An de J.-€. 68L
son pontificat. Celte incursion des musulmans dura sept ans, depuis la vingt- sixième année de l'empereur Constant jusqu'à la cinquième de son fils Constantin , c'c^t-à-dire de six cent soixante-six à six cent soixantetreize (1). Les musulmans attaquèrent Constantinople avec une grande flotte, donnant tous les jours des combats, depuis le mois d'avril jusqu'au mois de septembre. Ils hivernoient à Cyzique , et recommençoient l'année suivante. Enfin ils se retirèrent après de grandes pertes. On leur brûla quantité de vaisseaux par le feu grégeois, c'est-à-dire le feu de naft qui brûle dans l'eau, et qui fut alors inventé. Ces sept années de guerre comprennent tout le pontificat du patriarche Thomas, qui commença en six cent soixante-huit, et finit en six cent soixante-onze.
Le lecteur Agathon prit donc la lettre originale de Thomas, et, ayant ôté la bulle, c'est-à-dire le sceau , il en fit la lecture, et la copie du registre fut trouvée conforme. On lut dans le même registre les lettres synodales des patriarches Jean et Constantin à Macaire d'Antioche ; le concile , n'y ayant rien trouvé de contraire à la foi , fit faire serment au gardechartes que, quelque recherche qu'il eût faite, il n'avoit point trouvé que personne eût donné à ces trois patriarches des libelles qui attribuassent à Jésus-Christ une seule volonté et une seule opération (2). En conséquence, le concile déclara que la mémoire des trois patriarches Thomas, Jean ai Constantin demeureroit en son entier, et qu'ils dévoient être mis dans les dyptiques. On ne parle point de Théodore, successeur de Constantin, parce qu'il vivoit encore; et que si l'on avoit quelque soupçon contre lui, on pouvoit le faire expliquerlui-même. Il faut donc croire qu'il se soumit sans résistance aux décisions du concile.
On ordonna ensuite à George d'apporter les libelles, qu'il disoit avoir trouvés, donnés par diverses personnes à Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de^Constanlinople, afin de les supprimer. George les apporta , et de plus une autre lettre du pape Honorius à Sergius, et un livre où étoit une lettre de Pyrrhus au pape Jean. La lettre d'Honorius étoit en latin, avec la traduction grecque ; on la lut telle que je l'ai rapportée (3). Puis on lut celle de Pyrrhus, et les autres pièces que George avoit représentées. Le concile déclara qu'elles tendoient toutes à la même impiété, et ordonna qu'elles seroient brûlées sur-le-champ ; ce qui fut exécuté (4).
XXIV. Quatorzième session ; vériûcalion d'écritures. La quatorzième session fut tenue le cin-
(1) Anast. in Agath. p.
(2) P. 948, G. Sup. Ut.
xxwilin. 41.
(3) P. 052, G. Sup. ibid.
(1) S. Nicep. Hist. p. 22, pro Acl. 6, Syn. c. 2, S 5.
et ibid. PeUu. Theoph. an. (3) P.908.Sup. 1.XX.\Y11I,
25, p. 290, an. 25, p. 294, n.7.
(2; Conc.p.\>65.Y.Comb. (4) P. 972.
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quième jour d'avril. On y voit pour la première fois Théophane , nouveau patriarche d'Anlioche , à la place de Macaire , ce qui montre qu'il avoit été ordonné depuis la dernière session , apparemment le trente-unième de mars , qui cette année , six cent quatrevingt-un , étoit un dimanche. On procéda à l'examen de la falsification du cinquième concile, déjà reconnue dans la troisième session. Et premièrement George , garde-chartes, rapporta les deux volumes en parchemin du cinquième concile , avec le rôle en papier, qui étoit l'original de la septième session, et il affirma par serment que c'étoient les mêmes qui avoient été apportés la première fois (1). Il représenta de plus un volume en papier du même concile , qu'il avoit trouvé depuis dans la bibliothèque patriarcale.
Quelques évêques se levèrent, et, prenant en main ces volumes, ils examinèrent soigneusement les endroits suspects, et, après les avoir conférés avec le volume en papier qui venoit d'être représenté et avec d'autres anciens exemplaires en papier du cinquième concile, ils dirent: Nous avons trouvé queles deux volumes en parchemin et lerôleen papier de la septième session sont conformes entre eux (2); mais qu'on y a ajouté le prétendu discours de Menas à Vigile, et ceux de Vigile à Juslinien et à Théodora, et qu'ils n'ont été ni faits ni écrits dans le temps du cinquième concile , car on a inséré au premier volume trois cahiers qui contiennent le prétendu discours de Menas, et dans le second volume, à la septième session , on a changé le quinzième cahier et on en a ajouté un de quatre feuillets avant le seizième, qui contient les prétendus discours de Vigile à Justinîen et à Théodora , et ces deux cahiers ajoutés n'ont point de chiffre. Nous jugeons que ces discours ont été malicieusement fabriqués, sous le nom de ces personnes, contre la doctrine catholique , puisqu'ils ne se trouvent ni dans les anciens exemplaires entiers qui sont rapportés , ni dans celui qui vient d'être trouvé à la bibliothèque patriarcale. C'est pourquoi nous ordonnons que le rôle de papier et les deux volumes soient barrés et effacés aux endroits falsifiés ; que les faussaires et les discours qu'ils ont supposés soient anathématisés.
Macrobe , évéque de Séleucie en Isaurie , dit (3) : Je déclare que j'ai un livre du cinquième concile qui m'a été donné par Philippe, maitre de la milice, et, en le lisant, je l'ai trouvé falsifié à la septième session. J'ai demandé à Philippe à qui il l'avoil donné. Il m'a dit que c'étoit au moine Etienne , disciple de Macaire. L'écriture des endroits falsifiés est assurément de la main du moine George , qui étoit aussi avec Macaire ; car, entrant chez lui du temps qu'il étoit mon patriarche, j'ai vu