LIVRE QUARANTIEME
souvent le moine George écrire, et je sais fort bien que c'est de son écriture. Je demande qu'il soit interrogé. On fit venir le moine George au milieu de l'assemblée , et , ayant considéré le livre rapporté par l'évêque Macrobe , il dit : C'est le même livre qui appartenoit à Philippe , car il étoit voisin du père Etienne, qui a été condamné avec rhérétique Macaire. Quand Théodore , alors patriarche de cette ville, disputa sur la foi avec Macaire , Macaire et Etienne tirèrent , à ce qu'ils disoient, du palais patriarcal des copies des prétendus écrits de Vigile ; nous les écrivîmes dans ces cahiers , et ils les donnèrent à Tempereur, après quoi ils s'enhardirent et les montroient à tous ceux qui venoient chez eux. Philippe donc montra son livre à Etienne , et lui dit : J'ai apporté d'Occident ce livre du cinquième concile , voyez s'il est bien. Etienne lui dit qu'il y manquoit quelque chose, et Philippe le pria de le faire suppléer. Etienne me fit écrire ces prières , je les écrivis et les lui donnai : il est vrai que c'est mon écriture. Et ce n'est pas seulement dans cet exemplaire qu'ils ont ajouté les prétendus discours de Vigile ; ils les ont mis à tous ceux qui sont tombés entre leurs mains. Ils en ont recouvré un exemplaire latin qu'ils disoient avoir acheté six sous d'or de la veuve du patrice Innocent. Mais, pour cet article , Constantin , prêtre de la grande église et grammairien latin , en est parfaitement instruit.
Constantin fut interrogé et dit : Du tem ps du patriarche Paul, Fortunius, évéque de Carthage, étant venu en cette ville , et devant assister à l'office dans la grande église , on demanda en quel rang il devoit s* asseoir, devant les métropolitains ou après (1). Pour le savoir, le patriarche Paul fit chercher le livre du cinquième concile , et il y trouva son rang. En cherchant ce livre, on trouva aussi par occasion un exemplaire latin du même concile. Le patriarche le tira de la bibliothèque et me dit : Voyez s'il est entier , le conférant sur le rôle en papier qui en est l'original. Je trouvai le latin défectueux dans la septième ses* sion. Le patriarche Paul me dit : Prenez avec vous le diacre Sergius , qui écrit si bien en latin , et faites-lui ajouter ce qui manque. C'étoient les prétendus discours de Vigile. Je les traduisis en latin, et Sergius les écrivit, puis l'écrivain Théodore, qui avoit sa boutique près saint Jean Phocas, les ajouta au livre latin. Le diacre Sergius, étantaussi interrogé, confirma le même fait.
Alors le concile s*écria : Anathème au prétendu discours de Menas à Vigile ! Anathème à ceux qui l'ont fabriqué ou écrit! Anathème aux prétendus discours de Vigile à Justinien et à Théodora ! Anathème , en un mot, à ceux qui ont falsifié les actes du cinquième concile (2)! Anathème à ceux qui ont enseigné.