‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 255 sur 2407 · X. Fin de saint Grégoire d'Utrecht · texte numérisé non relu

X. Fin de saint Grégoire d'Utrecht

En Occident, la foi s'étendoit de jour en jour dans la Germanie, principalement en Eriseet en Saxe. En Frise, l'église d'Utrecht éloit gouvernée par Grégoire , disciple de saint Roniface, auquel il s'éloit attaché dés l'âge de quinze ans, et l'avoit suivi à son second voyage de Rome, en sept cent vingt-trois (4). Grégoire y amassa plusieurs volumes des saintes Ecritures , qu'il rapfjorta avec bien de la peine. Il amena aussi de Rome, par la permission de saint Roniface, deux jeunes Anglois, IMarcheline et Marcuin , qui furent ses disciples. Deux frères de Grégoire, ayant été tués par

(1) Elmac. lib. c. 3. Eutych. tom. â, p. 31)9.

(2) Eulyrh.p. 400. The.

an. 33. Const. p. 376.

(3) Id. an 5, 381.

(il Sup. liv. XLi, n. i8, 49. Vila tora. i. Act. Sancl.

lien. p. 327.

des voleurs dans un bois, les seigneurs, dont ils étoient vassaux , firent prendre les meurtriers, et les envoyèrent liés à Grégoire, afin qu'il les fit punir de telle mort qu'il lui plairoit ; car, par les lois barbares, la vengeance appartenoit aux parents du mort. Grégoire ordonna qu'on les fit baigner et habiller proprement, et qu'on leur donnât à manger. Puis on les amena devant lui , et il leur dit : Allez en paix, ne faites plus rien de semblable, de peur qu'il ne vous arrive pis, et donnez-vous de garde des autres parents ; et il les fit conduire en sûreté.

Après le martyre de saint Roniface, Grégoire prêcha en Frise par la permission du pape Etienne II et du roi Pépin, et gouverna le diocèse d'Utrecht, quoiqu'il ne fiit que prêtre et abbé de la communauté qu'il avoit dans celte ville (1). Il éloit aidé dans ce travail par Aluherl, chorévéque, Anglois de naissance; car il avoit plusieurs disciples de diverses nations, de la sienne , c'est-à-dire des François , des Anglois, des Frisons et des Saxons nouvellement convertis, des Ravarois et des Suèves. Il leur donnoit la nourriture corporelle et la spirituelle; et il n'y avoit guère de jour qu'il ne s'assît dès le matin pour les écouter et satisfaire à leurs questions. Plusieurs de ses disciples devinrent évéques , entre autres saint Ludger, qui a écrit sa vie.

Saint Grégoire d'Utrecht n'affectoit aucune singularité louchant leshabitset la nourriture: sa vie étoil commune , mais très-simple , et il recommandoit fort à ses disciples la sobriété. Il ne faisoit pas semblant d'entendre le mal qu'on disoit de lui, et il traitoit ses calomniateurs comme ses meilleurs amis. Il détestoit surtout l'avarice ; sitôt qu'il avoil de l'argent , il le distribuoil aux pauvres , ne gardant que les vases sacrés de l'église. Etant âgé de près de soixante-dix ans, il fut attaqué d'une paralysie du côté gauche , et vécut ainsi encore plus de deux ans , continuant ses exercices ordinaires , entre autres l'instruction de ses disciples, à qui il donna plusieurs livres, et en particulier à saint Ludget, l'Enchiridion de saint Augustin. Trois ou quatre jours avant sa mort, arriva son neveu Albèric, qui éloit en Italie pour le service du roi , et que l'on regardoit comme celui qui devoit prendre le soin de sa communauté. Le saint homme n'en éloit point en peine , et assuroit qu'il ne mourroil point qu'Albèric ne fut venu. Il l'enlrelint pendant ce qui lui resta de vie de toutes lesaflaires de la communauté ; sachant que son dernier jour éloit venu, il se fit porter à l'oratoire de Saint-Sauveur, et, y ayant fait sa prière et reçu le corps et le sang de Notre Seigneur , il mourut les y(;ux arrêtés sur l'autel. C'éloit vers l'an sept c>ent soixante-seize, le vingt-cinquième d'aoïil, jour auquel l'Eglise honore sa

mémoire (1). Albèric lui succéda dans le gouvernement de l'église de Frise , et fut sacré évêque d'Utrecht,

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