XXI. Evêques des monastères
On trouve des privilèges que ces deux abbés Ilhier et Magénaire obtinrent du pape Adrien, chacun jxmr leur monastère , portant confirmation du droit d'y avoir des évêques particuliers (4). Ces privilèges sont tous deux en même forme, et de même date, c'est-à-dire du mois de juin , indiction neuvième , l'an sept cent
quatre-vingt-six. Le privilège de Saint-Denis confirme celui que l'abbé Fulrad avoit obtenu du pape Etienne II , en sept cent cinquantesept, et il est certain que cette abbaye avoit du temps de Fulrad un évêque nommé Herbert ; mais elle n'en avoit plus dès le temps de Charles le chauve (1 ). On en compte jusqu'à douze dans Saint-Martin de Tours : et l'usage n'en fut abofi que par le pape Urbain II, l'an mil quatre-vingt-seize. On en trouve aussi au monastère de Lobes sur la Sambre , et à celui d'Hohenove en Alsace. Ces évêques des monastères n'étoient pas titulaires, comme si le monastère et ses dépendances eussent été un diocèse (2) ; mais ils étoient du genre de ceux qui se trouvent quelquefois avoir été ordonnés sans titre, ou, après l'avoir quitté, ils se retiroient dans ces monastères, et y faisoienl les fonctions, comme en des lieux exempts delà juridiction des évêques ordinaires. Tels sont les évêques de Lobes, de Saint-Oyanet d'Eichter, qui sont nommés au concile d'Attigny , l'an sept cent soixante-cinq (3). Quelquefois c'étoient des chorévêques qui avoient leur siège fixe dans le monastère. Tantôt l'abbé étoit en même temps évêque du monastère, tantôt c'étoient deux personnes différentes. D'autres fois c'étoient de simples prêtres, à qui on donnoit le titre d'èvêques, parce qu'ils avoient mission pour prêcher l'Evangileen certain territoire : comme saint Grégoire d'Utrecht en Frise, et saint Ludger en Westphalie. Magénaire avoit succédé dans l'abbaye de Saint-Denis à Fulrad , mort en sept cent quatre-vingt-quatre, le seizième de juillet (4). On voit par son testament , que, tout abbé régulier qu'il étoit, il conserva toute sa vie de grands biens , entre autres plusieurs terres en Alsace et en Brisgau , qu'il laissa à l'abbaye de Saint-Denis , avec les monastères qu'il y avoit fondés.