XXIII. Capitulairc de Th(:'Odulfe
Un autre évéque, qui commençoit alors à se distinguer en France, étoit Théodulfe d'Orléans, né delà les Alpes, d'une famille trèsnoble, et son nom semble lombard (3). 11 avoit été marié, et avoit dos enfants , dont on connottune fille, nommée Gifle. Le roi Charles l'amena dltalie à cause de sa doctrine et de
posséda en même temps, et y entra vers l'an sept cent quatre-vingt-six (4). Il fit un capitulairc , ou instruction h ses prêtres , en quarante-six articles, qui est un monument précieux de la discipline de son temps.
D'abord il les exhorte à prendre grand soin du peuple qui leur est soumis (5), ce qui montre que ces prêtres sont les curés ; et à se souvenir toujours de leur dignité et del'onction sacrée de leurs mains. Il leur recommande l'assuidité à la lecture et à la prière , et le travail des mains pour mortifier le corps , et subvenir à leurs besoins et à ceux des pauvres. Il ajoute : Quand vous venez au synode, suivant la coutume , apportez avec vous les habits, les livres et les vases sacrés dont vous vous servez dans votre ministère , et amenez deux ou trois clercs, qui vous aident à célébrer la messe, afin que l'on voie avec quel soin vous faites le service de Dieu. Faites vous-même ou faites faire en votre présence le pain du saint sacrifice, et prenez garde que le pain, le vin et l'eau qui y sont nécessaires soient parfaitement purs et maniés avec une extrême pro- Freté. Les femmes n'approcheront point de autel tandis que le prêtre célèbre la messe ; mais elles demeureront à leurs places , et il ira prendre leurs offrandes. Elles ne doivent point loucher aux choses saintes , ni même des hom-
(1) Ltb. de Scrip. Isid.
tom. 1, p. 6i9. 13ona Liturg. I. 1, c. 3. V. not. Anl.
Au«. to. ft, Conc. p. 18;}9.
Coint. an. 786, n. 13 et 19, ei seq.'Hincm. Opusc. 23, c.
(2) Elog. to. 4. Acta SS.
Ben. p. 898. Mari. R. 20 ocl
(3 î.ib. Hl,Carn, i. V.
Coint. 781, n. 126. Id. an.
780, n. Gi.
ii) Idran. 786, n. 64.
Tom. 7, Conc. p. 136.
mes laïques. Le prêlre ne célébrera point la messe seul , il faut qu'il y ait des assistants qui puissent lui répondre quand il salue ](; peuple, el le Seigneur a dit qu'il seroit au milieu de deux ou trois assemblées en son nom (i). Nous voyons que l'on met souvent dans l'église des blés ou des foins. C'est pourquoi nous défendons d'y rien serrer que des ornements, les vases sacrés et les livres.
C'est une ancienne coutume en ces quartiers d'enterrer les morts dans les églises , en sorte qu'elles deviennent des cimetières. Nous défendons d'y enterrer personne à l'avenir, si ce n'est un prêtre ou un autre homme distingué par sa vertu. On n'cMera pas toutefois les corps qui sont dans les églises, mais on enfoncera les tombeaux et on les couvrira de pavé.s, en sorte qu'ils ne paroissent point ; que s'il y a trop de corps, le lieu sera tenu pour cimetière, on en (McTa l'autel, et on le tranférera dans un lieu pur. On ne doit s'assembler dans l'église que pour louer Dieu , el il en faut bannir les affaires, les disputes et les discours inutiles. On ne doit célébrer la messe que dans l'église. Défense aux prêtres et aux laïques d'employer les vases sacrés à aucun usage profane (2).
Défense à aucune femme de loger avec un prêtre. Défense aux prêtres d'aller boire ou manger dans les tavernes, ni avec des femmes, si ce n'est en famille. Défense de solliciter les paroissiens d'un autre de venir à son église et lui payer les dîmes, ou de briguer l'église d'un autre par présents , pour se la faire donner ; ces (feux cassons peine dé déposition, ou de longue prison pour faire pénitence. In enfant malade de quelque paroisse qu'il soit, étant apporté au prêtre, il doit le baptiser sans délai. On portoitdonc les enfants à réglisc pour le baptême, même en cas de nécessité (3).
Théodulfe continue : Si un prêtre veut envoyer à l'école son neveu ou son parent, nous lui permettons de l'envoyer à l'église de Sainte- Croix, ou aux monastères de Saint-Aignan, de Saint-Benoit, ou de Saint-Lifard, ou à quelqu'autre des couvents dont nous avons la conduite. Sainte-Croix étoit la cathédrale, comme elle est encore, Saint-Aignan d'Orléans et Saint-Lifard de Meun étoient dèslors habitées par des chanoines ; Saint-Henoit ou Fleury par des moines , et ThécKliilfe étoit abbé de ces trois monastères f4). 11 continue : U's prêtres tiendront des écoles dans l(»s bourgs et les villages , et enseigneront avec charité les enfants qui leur seront envoyés, sans rien exiger des parents , ni recevoir que œ qui sera offert volontairement.
Il rapporte ensuite un abrégé de la morale chrétienne, tiré de la règle de saint Benoit, sous le nom d'instruments de bonnes œuvres(5).
(1) Malh. xvFif,. 20.
(2) C. 0, 10, il.
(ti) C. 18, li, ig, li, 10, 17, 19, 20.
(i) V. Coint. an 780, n.
(h) C.21. Reg. C 4, 2i.
Il ordonne que tous les fidèles apprennent par cœur l'oraison dominicale et le symbole, comme le fondement de toute la religion chrétienne; qu'ils les disent tous les jours au moins le matin et le soir, avec quelques autres courtes prières qu'il prescrit ; qu'ils fassent ces prières à l'église autant qu'il se pourra, sinon en quelque lieu qu'ils se trouvent , en chemin, dans les bois ou dans les champs. Il fautaussi prier les saints, comme les apôtres et les martyrs , d'intercéder pour nous. Le dimanche ne doit être employé qu'à prier et assister à la messe, et il n'y a de travail permis que pour préparer à manger; s'il est besoin de voyager par eau ou par terre , c'est sans préjudice de la messe et de la prière. Il faut venir à vêpres le samedi , puis aux vigiles et à matines , et à la messe avec des offrandes ; il faut faire des aumônes et se réjouir spirituellement en mangeant avec ses amis ; il faut corriger l'abus de ceux qui, les dimanches et fêtes, sitôt qu'ils ont ouï une messe , même des morts , se retirent de l'église , et passent le reste du jour en festins et en débauches. Personne ne doit manger qu'après l'office public ; et pour ne point détourner le peuple de la messe solennelle qui se dit à tierce, les prêtres qui disent des messes particulières les diront plus matin et secrètement. Les prêtres de la ville et des faubourgs viendront à l'église cathédrale pour assister avec tout le peuple à la messe publique et à la prédication ; il n'y a que des religieusesqui en sont dispensées pour leur clôturé. C 'étoit donc encore l'usage de ne faire qu'un office le dimanche dans les grandes villes. Il faut enseigner au peuple quelle est la vraie charité , afin qu'ils ne se contentent pas des œuvres extérieures, et que chacun exerce envers lui-même les œuvres de miséricorde spirituellement , comme illesexerce corporellement envers le prochain (1). L'hospitalité est recommandée d'une manière à faire croire qu il n'y avoit point alors d'hôtelleries publiques ; car on traite d inhumanité de ne recevoir pas les hôles gratuitement. Nous devons tous les jours confesser à Dieu nos péchés dans notre prière , et , pour en obtenir la rémission, réciter le psaume cinquantième , le vingt-quatrième, le trente-neuvième et les autrt»s semblables. 1^ confession que nous faisons au prêtre est utile pour recevoir ses conseils et la pénitence ; et nous dev(ms confesser tous nos péchés , même de pensée. Ces dernières paroles montrent la nécessité de la confession. Les pénitences canoniques étoient encore en vigueur, et Théodulfe veut qu'on avertisse le peuple qu'il faut l'imposer telle pfuir un parjure , ou un faux témoignage , que pour un adultère , une fornication , un homicide et les autres crimes, c'est-à-dire de sept ans ; et que si quelqu'un, ayant commis de ces crimes, et craignant la longueur de la
pénitence ne vient pas se confesser, il doit être chassé de l'église et de la communion des fidèles ; en sorte que personne ne prie , ne boive oumangeaveclui,ounele|reçoiveensamaison.
Une semaine avant le commencement du carême, il faut se confesser aux prêtres, et recevoir la pénitence , il faut réconcilier les personnes divisées, et apaiser tous les différents ; entrant ainsi dans la sainte quarantaine, on arrivera à Pâques avec des cœurs purs et renouvelés par la pénitence (1). On doit observer le carême, en jeûnant exactement tous les jours, hors les dimanches; car les autres jeûnes sont de dévotion, mais celui-ci est de précepte. Il n'y a que les malades et les enfants qui en soient exempts. Le jeûne doit être accompagné d'aumônes , et il faut donner aux pauvres ce que l'on consommeroit si on ne jeûnoit pas. Plusieurs s'imaginent jeûner en mangeant sitôt qu'ils entendent sonner none. Ce n'est point jeûner si on mange avant vêpres ; il faut venir à la messe , et , après avoir ouï vêpres on peut prendre son repas. Celui qui ne peut aller à la messe doit faire sa prière quand il croira être l'heure de vêpres, et jeûner jusque-là. On doit en ces jours s'abstenir de toutes sortes de délices. Celui qui peut se passer d'œufs, de fromages, de poisson et de vin, a un grand mérite, et celui que l'infirmité ou le travail empêche de s'en abstenir, doit au moins jeûner jusqu'au soir. Mais il est contre touteraison de s'abstenir de fromage, de lait, de beurre et d'œufs, et ne pas jeûner. En ces saints jours, les gens mariés doivent garder la continence, sans laquelle leur jeûne est de peu de mérite, et s'il n'est accompagné de prières, de veilles et d'aumônes. On doit aussi s'abstenir des procèset des disputes (2).
Tous ceux qui ne sont pas excommuniés doivent recevoir le sacrement du corps et du sang de Jésus-Christ , tous les dimanches de carême, le jeudi, le vendredi elle samedisaint, et le jour de Pâques; et toute la semaine de Pâques doit être célébrée comme le jour. Il est remarquable que le vendredi et le samedi-saint sont comptés entre les jours de communion générale (3). On doit se préparer avec soin à la sainte communion, s'abstenant quelque temps du devoir conjugal, se purifiant des vices , s'ornant de vertus , s'appliquant à l'aumône et à la prière. Car , comme il est dangereux de s'en approcher indignement , il l'est aussi de s'en abstenir long-temps ; excepté ceux qui, étant excommuniés, ne communient pas quand ils veulent , mais en certains temps, elles personnes pieuses qui le font presque tous les jours. Cette excommunication, pendant laquelle on communioit quelquefois , n'étoil pas l'analhème, mais quelque peine semblable à l'excommunication mentionnée dans la règle de saint Benoît.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
[ Andc J.-C 784.