XXIV. Mort de Paul. Taraise, patriarche de Constanti
nople.
A Constanlinople, le ptriarche Paul, étant tombé malade, renonça à sa dignité le dernier jour d'août sept cent quatre-vingt-quatre, indiction septième , et se retira dans le monastère de llorus, où il prit l'habit monastique à l'insu de l'impératrice Irène (l). Quand elle l'eut appris , elle vint le trouver fort affligée , amenant l'empereur Constantin, son fils, et lui demanda pourquoi il avoit fait cette démarche. Il répondit , fondant en larmes : Plut à Dieu que je ne fusse jamais entré dans le siège épiscopal, pendant que celte église étoit opprimée , séparée des autres , et analhémalisée. L'impératrice lui envoya ensuite les patrices et les principaux du sénat. Il leur dit : Si on ne tient un concile œcuménique , et si on ne corrige l'erreur qui règne ici , il n'y a point pour vous de salut. Ils lui dirent : Pourquoi donc à votre élection avez- vous souscrit à la défense d'adorer les images? C'est, dit-il, ce que je déplore, et pourquoi j'ai recours à la pénitence , priant Dieu qu il ne me punisse pas comme évéque pour avoir gardé le silence jusqu'à présent , et n'avoir pas prêché la vérité par la crainte de votre fureur. Car si la mort m'avoit surpris remplissant le siège de celte ville , je serois chargé de Tanathème de toute 1 église catholique, qui jette dans les ténèbres extérieures (-i). Après cette déclaration, le patriarche Paul mourut en paix , fort regretté de l'impératrice et de tous les gens de bien , car c'étoit un homme vénérable dont les aumônes étoient immenses , et en qui la princesse avoit une confiance singulière.
Alors elle assembla son conseil , où elle appela des hommes versés dans les afl'aires ecclésiastiques, et, après avoir invoqué Jésus- Christ, elle délibéra avec eux pour chercher un sujet propre à remplir le siège de Constanlinople (3). Ils nommèrent tout d'une voix Taraise , secrétaire de l'empereur. L'impératrice le fit appeler ; mais il refusa, et expliqua ses raisons. Enfin l'impératrice assembla tout le peuple dans le palais , nommé Magnaure, et dit : Vous savez , mes frères , ce qu'a fait le patriarche Paul : s'il vivoit encore , nous ne souffririons pas qu'il quittât sa chaire , quoiqu'il eût pris l'habit monastique; mais, puisqu'il a plu à Dieu de le retirer de ce monde , cherchons un homme qui puisse être notre pasteur , et fortifier l'Egfise par ses instructions. Ils dirent tout d'une voix : Il n'en faut point d'autre que le secrétaire Taraise. Nous l'avons aussi choisi, dit l'impératrice, mais il le refuse ; qu'il dise pourquoi il ne reçoit pas notre suffrage et le vôtre. Taraise exposa publiquement ses excuses , et dit ••
Je crains de me rendre si facilement à votre
(1) Theoph. an.4, p.385. (3> Conc. 7, Act. 1, p.51 .
(2) Ep. Cousu t. 7, Conc. Theoph. an. 5, p. 38Ô» p.51,B.
choix (1). Car si saint Paul, instruit dans le ciel , après avoir porté le nom de Dieu devant les peuples et les rois , craignoit encore d'être réprouvé ; moi , qui jusqu'ici ai vécu dans le monde au nombre des laïques , et servant dans les charges du palais , comment puis-je ainsi sans préparation monter à la dignité sacerdotale? c'est une entreprise bien terrible; mais voici le principal sujet de ma crainte. Je vois l'Église divisée en Orient , nous parlons différemment les uns des autres , et plusieurs sont d'accord avec l'Occident, qui nous anathémalise tous les jours. C'est une terrible chose que lanathème , qui chasse du royaume des cieux et mène dans les ténèbres extérieures. Rien n'est si agréable à Dieu que l'union , qui nous fi»it une seule église catholique , comme nous confessons dans le symbole. Je demande donc, mes frères , ce que je crois que vous désirez aiissi , sachant que vous avez tous la crainte de Dieu : je demande que l'empereur et l'impératrice assemblent un concile œcuménique , afin que nous ne soyons qu'un corps sous un seul chef, qui est Jésus-Christ. Si l'empereur et l'impératrice m'accordent ce te demande, je me soumets à leurs ordres et à votre suffrage : sinon il m'est impossible d y consentir , pour ne nm pas rendre condamnable au jour du jugement, dont ni empereur , ni évéque , ni magistrats , ni multitude d'hommes, ne pourra me délivrer. Rendez-moi, mes frères, telle réponse qu'il vous plaira.
Ce discours de Taraise fut écouté de tout le peuple avec grand plaisir, et tous consentirent au concile , excepté quelque peu de persoinus déraisonnables , qui vouloient le diflèrer. Taraise fut donc ordonné patriarche de Constanlinople le jour de Noël, vingt-cinquième de décembre, indiction huitième, la même année sept cent quatre-vingt-quatre (2). Il étoit de race patricienne, son père , nommé George , étoit un magistrat d'une justice éprouvée , et sa mère Encratia célèbre pour sa piété. Il se distingua lui-même par sa vertu.