XXXV. Cinquième session. Comparaison des hérétiques
La cinquième fut tenue trois jours après, savoir, le quatrième d'octobre sept cent quatre-vingt-sept. Le patriarche Taraise dit : Les novateurs, voulant abolir les images, ont imité les juifs, les Sarrasins, les païens , les samaritains , les manichéens , les phantasiastes ou théopaschites ; comme il paroîtra par la lecture des livres que vous voyez. On lut premièrement un passage de saint Cyrille de Jérusalem, où il compte entre les crimes de Nabuchodonosor d'avoir enlevé les chérubins de l'arche (2). Puis une lettre de saint Siméon Styfite le jeune, à 1 empereur Justin le jeune, contre les samaritains , qui avoient profané des images. Sur quoi Constantin de Chypre dit : Les iconoclastes sont encore pires, puisqu'ils ne font pas par ignorance comme ces infidèles.
On lut un passage de Jean , évêque de Thessalonique, où il fait ainsi parler un païen: Et vous, ne peignez- vous pas dans les églises les images de vos saints, et ne les adorezvous pas? et non-seulement des saints, mais de votre Dieu même ? C'est ainsi que nous adorons les statues, non pour elles-mêmes, mais pour apaiser les vertus incorporelles. A quoi le saint répond : Nous faisons les images des serviteurs de Dieu , les représentant tels qu'ils ont été, au lieu que vous feignez des figures de ce qui n a point de corps. Et ce n'est pas les images que nous adorons, mais ce qu'elles représentent. Encore ne les adorons-nous pas comme des dieux, à Dieu ne plaise, mais comme les serviteurs et les amis de Dieu, qui ont grand crédit auprès de lui , et qui le prient pour nous. Nous faisons aussi des images de Dieu, c'est-à-dire de Jésus-Christ , non en tant que Dieu , car Dieu est esprit et sans figure, mais depuis qu'il s'est fait homme pour nous, nous représentons son humanité. Soit, dit le païen; mais
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
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que dites-vous des anges que vous peig^nez comme des hommes? Le saint répond entre autres choses : Nous les peignons en figure humaine, parce qu'ils ont souvent ainsi apparu à ceux à qui Dieu les a envoyés.
On lut ensuite l'extrait d'une dispute entre un juif et un chrétien , où le juif, déjà converti, dit quil est scandalisé de ce que les chrétiens adorent les images contre la défense de l'Ecrilure. Le chrétien répond : L'Ecriture nous défend d'adorer un dieu nouveau, et d'adorer une image comme Dieu. Les images que vous voyez chez nous servent à nous faire souvenir de l'incarnation de Jésus- Christ en représentant son visage. Celles des saints nous représentent leurs combals contre le démon, et leurs victoires. En \os adorant nous invoquons Dieu, et nous disons : 13éni soyez-vous, Dieu de ce saint, et de tous les saints , qui leur avez donné la patience , et les avez rendus dignes de votre royaume, faitesnous participants de leur gloire , et nous sauvez par leurs prières. Au reste. Moïse luimême a fait faire des figures en relief, savoir, les deux chérubins de larche et le serpent d'airain.
On lut un passage d'un livre apocryphe, intitulé les Voyages des apôtres, où il est dit qu'un nommé Lycomède , ayant fait faire le partrail de saint Jean, le mit dans sa chambre, le couronna de fleurs, et mit devant des lampes et des autels (1). Ce que saint Jean trouva fort mauvais, comme étant un reste d'idolâtrie. Ensuite il faisoit dire à saint Jean que Jésus-Christ n'a voit point un vrai corps; et que , tandis que les juifs croyoieot le voir en croix, il étoit au-dessus d'une croix de lumière et n'avoit aucune figure. C'est apparemment ce même livre qui est nommé le voyage de saint Jean dans la synopse attribuée à saint Athanase (2) ; le concile le rejeta avec horreur, comme contraire à l'Evangile. Constantin de Chypre dit : Le faux œncile s*est fondé sur ce livre (3). Grégoire de INéocésaréedit : On y rapporta l'histoire de Lycomède. Pétrouax , commissaire de l'empereur , demanda si on lisoit les livn^s mêmes dans le faux concile ; Grégoire de Néocésarée et Théodose d'Amorium répondirent , en prenant Dieu à témoin , qu'on n'y lisoit que sur des feuilles volantes. Le concile défendit que personne transcrivit ce prétendu itinéraire des apôtres, et le condamna au feu (4).
Le patriarche Taraise dit : Les ennemis des images ont cité Eusèbe dans sa lettre à Coustantia , femme de Licinins ; voyons donc de quelle opinion est Eusèbe. On lut quelques passages d'Eusèbe de Pamphile, où il parle en arien , et un d' Antipater, évéque de Bosre, où il convient qu'Eusebe étoit homme de
grande lecture ; mais il soutient qu'il n'étoit pas exact dans le dogme (1). On lut deux passages d'histoire touchant Xénaïas l'iconoclaste, qui entre autres traitoit d'invention puérile la colombe pour représenter le Saint- Esprit, étant d'accord sur ce point, comme sur les autres , avec Sévère , chef des acéphales (2). Sur quoi Taraise fit cette réflexion : Si nos pères ont reçu ces colombes pour tigurer le Saint-Esprit , combien plus l'image du verbe incarné qui a paru sur la terre?
Le diacre Constantin dit . Quand j'ai été fait trésorier de la grande église de Constantinople , j'en ai examiné l'inventaire , et j'ai trouvé qu'il nianquoil deux livres ornés d'images d'argent. Je m'en suis informé , et j'ai su que les hérétiques les a voient brûlés. J'ai trouvé un autre livre de Constantin, gardechartes , où il traitoit des saintes images , et dont ils ont coupé les feuillets où il en parloit. En même temps,il ouvrit le livre et montra les feuillets coupés. Le secrétaire l»once fit remarquer qu'ils avoient épargné la couverture du livre, qui étoit de lames d'argent pleines d'imagt^s des saints (3). ils ont, dit-il , laissé la chose en ôtant le discours 5 ce qui est de la dernière impertinence. Léon, évéque de Ph(x:ie, dit : Dans la ville où je demeure ils ont brûlé plus de trente volumes. On ne laissa pas de lire un passage de Constantin , garde-chartes , contre les iconoclastes , dont l'ouvrage avoit été conservé en quelqu'autre exemplaire. Un autre diacre , nommé Côme, dit : JNous avons trouvé dans le palais patriarcal ce volume de l'ancien Testament avec des scholies, dont une étoit pour la défense des images: ils l'ont effacée , en sorte toutefois qu'elle paroit encore un peu. Voyez. 11 ouvrit le livre , et le montra à l'assi^mblée. Ensuite il lut la scholie , qui étoit sur le passage qui défend les idoles. Taraise dit : Voilà ce qu'ont fait les prétendus patriarches Anastase, Constantin et iNiœtas, hérétiques (4). Le diacre Côme ajouta : Nous avons trouvé ce volume dans la sacristie de l'oratoire du palais patriarcal , qui contient plusieurs actes des martyrs, et ensuite un traité de l'image miraculeuse de Camouliane. Ils ont couper les feuillets qui parloient de cette image. Vous le voyez. Le moine Etienne montra un autre livre où ils avoient eflacé deux pages. C'étoit l'histoire eaiésiastique dEvagre, à l'endnwt où il parle de Jésus-Christ envoyée à Abgar d'Edesse , et on lut ce passage dans un autre exemplaire (5).
On lut encore quelques passages du pré spirituel ; et le moine Etienne offrit d'en lire d'autres de quinze volumes qui restoient encore, mais le concile jugea que c'étoit ass<^z.
<i) Ap. Alhan.lom. 2, p. (^) Sup. n. 32. Conc. p. 202. 230.
ri) V. Sup.l.xn,n.6,p.
(2) P. 370. Sup. I. XXX, n. 18. L.xxxijD. 39. Conc.
(i) Ex. XX, 3, p. 378.
(5) Evag. 4, Hist. C.26.
An de J.-C 787.]
Taraise ajouta : Par les lectures précédentes il a été montré que les juifs, les païens, les samaritains, les manichéens etphantasiasles, ont accusé l'Egfise à cause des vénérables images, maintenant il est juste d'entendre notre frère Jean, légat d'Orient (1). Car il aune relation qui fait connoîlre où a commencé le renversement des images. Jean lut un mémoire contenant l'histoire du juif Sarantapéchys, qui persuada au calife Yésid de faire ôter les images, comme j'ai rapporté eu son lieu (2). Après celte lecture, l'évéque de Messine dit : J'étois enfant en Syrie quand le cafife des Sarrasins renversa les images.
Sabbas , abbé de Stude , dit : INous demandons que les saintes images soient remises à leurs places suivant la coutume, et qu'on les porte en procession. Tout le concile fut de niéîue avis ; et Pierre , l'archiprétre légal du pape lut un écrit, par lequel il demandoit au concile que Ton apportât une image au milieu de l'assemblée, et qu'elle y fût saluée; et que tous les écrits composés contre les saintes images fussent condamnés au feu. Ce que le concile accorda. Ensuite on tinit la cinquième session par plusieurs acclamations à l'ordinaire (3).