LV. Alcuin écrit contre Félix
Cet écrit de Félix ayant été apporté en France , le roi Charles ordonna à Alcuin d'y répondre , et il s'en chargea volontiers ; mais il pria le roi d'en envoyer copie au pape, a Paulin, patriarche d'Aquilée, Richebold, archevêque de Trêves, et àThèodulphe, évêque d'Orléans, comme aux plus savants évéques , et demanda lui-même du temps pour consulter les pères (9). Paulin comjwsa contre celle hérésie trois livres, que nous avons dédiés au roi Charles, par l'ordre duquel il écrivit. Alcuin
(1) Prœf. adv. Ellp.
(2) Kog. Hov. an.
(3) init.
Lib. I , cont. Félix.
(i) Lib. n, init.
(5) Ibid. p. 810, 10.
(6; Lib. m, init.
(7} Ibid. p. 827, E.
(1) Joan. X, 35.
(2) Acl. X, 38.
(S) 2 Cor. y, 19.
(4) Lib. v, p. 82, D; p.
:5) Isa. XLIX, 5
(7) 2 Jo. II, l,p. 858, A.
(8) Lib. VII, p. 895.
(9) Alcuin. Ep. 4, 8.
en composa sept , où il réfute pied à pied tout récrit de Félix. Il dit que lEghse étoit en paix quand cette erreur l'a troublée , et insiste sur le pelitnombre deceux quilasoutenoienl, dans un coin du monde contre l'autorité de l'Eglise universelle (1). Au fond, il soutient que c'est retomber dans le nestorianisme : de distinguer en Jésus-Christ deux fils de Dieu, l'un naturel, l'autre adoptif, et deux dieux, l'un vrai. Vautre nuncupatif. Ce ne peut être la même personne qui dit (2) : Je suis le dieu d'Abraham, d'isaac et de Jacob, et à qui il dit: Je t'ai établi le dieu de Pharaon; et ce n'est point un dieu nuncupatif, dont saint Paul dit (3), quil est Dieu au-dessus de tout , parlant de Jésus- Christ descendu des juifs selon la chair. Comment l'Eglise appelle-t-elle la Sainte -Vierge mère de Dieu , sinon parce que celui qui est né de sa chair est le propre fils de Dieu ? autrement elle ne sera mère de Dieu que par adoption. Et si le fils de la vierge est le fils adoptif de Dieu, le fils Dieu sera aussi le fils adoplif de la vierge(4).
Vous dites qu'un nouvel homme doit avoir un nouveau nom (5). Qui nous a appris ce nouveau nom ? Dieu vous a-t-il parlé dans un tourbillon, comme à Job , ou sur les Pyrénées, comme à Moïse sur le mont Sina? Yous dites qu'un même homme ne peut avoir deux pères naturels (6), et que Jésus-Christ ne peut être fils de Dieu comme il est fils de David : je dis aussi qu'un père ne peut avoir deux fils en la même personne , un naturel et l'autre adoplif. Dans Tordre naturel des générations, quoique l'âme du fils ne soit pas sortie du père comme son corps , il ne laisse pas d'être tout entier le propre fils de celui qui a produit son corps. Si le fils de la vierge n'est que le fils adoptif de Dieu, de quelle personne de la trinité estil fils ? Sans doute de la personne du fils , qui a pris la nature humaine. Il ne sera donc que le petit-fils adoptif du père éternel (7), Pour montrer que Jésus-Christ est vrai Dieu , Alcuin apporte quantité de passages des pères, de Proclus de Constanlinople , de Cassien , de saint Augustin, de saint Cyrile, de saint Jérôme, de saint Fulgence , de saint Hilaire , de Théophile d'Alexandrie, de saint Ambroise, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Pierre Chrysologue , de Bède , de Victor de Capoue , deCassiodore, de saint Grégoire, pape. Ce que je marque pour faire voir les livres qu'il avoit entre les mains , et que les pères grecs lui étoient connus aussi bien que les latins (8). Félix prétendoit montrer que Jésus-Christ n'est pas proprement Dieu, parce qu'il est dit que Dieu étoit en lui (9). Alcuin répond: Delà il s'ensuivroitque le verbe ne seroitpas Dieu,
' (1) Post. Alcuin. p. 1765.
Lib. I, p. 786, 787, E; p.
(2) Ex. 111,6; VU, 1.'
(3) Rom. IX, 5, p. 794.
(5) Lib. n.
(0; Lib. m, p 813. i
rj) p. 828. Lib. IV.
(9) Lib. V, p. 855.
HISTOIRE DU CHRISTIANISME
An de J.-C. lu.
Ande^.-C. 704.J