‹ Histoire ecclésiastique [microform]Chapitre 309 sur 2407 · LIV. Alcuin en France · texte numérisé non relu

LIV. Alcuin en France

Angilbert étoit lié d'une étroite amitié avec Alcuin, qui vint s'établir en France cette même année : suivant la promesse qu'il en avoit faite au roi Charles quand il le rencontra à Pavie, douze ansauparavant (4). Alcuin étoit Anglois, né dans la province d'York, de parents nobles et riches ; et fut élevé dès l'enfance dans le monastère de cette cathédrale. Egbert et Elbert, tous deux archevêques d'York (5), l'un après l'autre furent ses maîtres. Il apprit sous eux le latin et le grec. Egbert, en mourant Fan septcentsoixante-cinq, le fit bibliothécaire de son église; et Elbert le chargea de l'école d'York, où il eut entre autres, pour disciples, saint Liudger, Fridugise et Embald le jeune. Alcuin prit son nom latin, Flaccus Albinus, et il est fort connu sous le nom d'Albin.

Le roi Charles, l'ayant rencontré à Pavie en sept cent qualrc^vingt(6), l'invita à venir en France , et y passa quelque temps auprès de

(1) Ep. 2,73,213, 9i.

(2) Ann.Egin 792 Lauresb. Loisel. 792.

(3) Eiog. lom. 5, ActaS.

Ben. p. 92. 'J3. etc.

(4) Sup. n. 17. Eloff. to.

5, Acl. SS. IJen. p. 102.

(5) Sup. n. 19.

^ (6^ Egin. VilaCar.

ce prince, à qui il enseigna la rhétorique, la dialectique, et principalement l'astronomie, à laquelle le roi employa beaucoup de temps et de travail , comme il paroit par plusieurs lettres d'Alcuin , qui répond à ses questions. Ce fut pendant ce premier séjour en France qu'Alcuin fit connoissance , et contracta amitié avec Angilbert, qu'il nomme Homère, dans leur chiffre de littérature. H fit aussi amitié avec Riculfe, depuis archevêque de Mayence, qu'il nomma Damétas , et il donna au roi Charles le nom de David. Alcuin retourna en Angleterre vers l'an sept cent quatre-vingt-dix , et distribua aux églises et aux monastères de grands présents , tant de son chef que de la part du roi Cliarles.

Environ trois ans après il revint en France, étant appelé par le roi Charles , et ayant la permission de son archevc^que Elbert , qui lui avoit ordonné d'aller défendre la foi catholique, partout où il apprendnut qu'elle seroil attaquée J). 11 vint donc combattre pourl'Egfise contre Félix et Elipand (2). Le roi avoit envoyé en Angleterre le 'oncile de Constantinople , où l'adoration des images éloit ordonnée. Alcuin écrivit contre ce décret une lettre qu'il apporta au roi , de la part des évéques et des princes d'Angleterre. Ce fut après le concile de Ratisbonne, qu'il fit ce dernier voyage en France, c'est-à-dire à la fin de l'an sept cent quatre-vingt-douze , ou au commencement de sept cent quatre-vingt-treize, et il y passa le reste de sa vie, qui fut douze ans.

Félix étant de retour à Lrgel recommença à soutenir son erreur , qu'il n'a voit abjurée à Rome que par dissimulation (3); et Alcuin lui écrivit premièrement une lettre honnête et charitable pour l'inviter à se réunira l'Eglise. Mais Félix répondit par un long écrit, où il prétendoit soutenir son hérésie (4). Jésus- Christ, disoit-il, étant un nouvel homme, doit avoir un nouveau nom. Comme dans la première génération, par laquelle nous naissons selon la chair, nous ne pouvons tirer d'ailleurs notre origine que d'Adam (5), ainsi, dans la seconde génération , qui est spirituelle, nous ne recevons la grâce de l'adoption que par Jésus-Christ qui a reçu l'une et l'autre: la première de la vierge sa mère, la seconde en son baptême. Jésus-Christ en son humanité est fils de David et fils de Dieu : or, il est impossible qu'un hornuKi ait deux pères selon la nature; l'un est donc naturel et l'autre adoptif (6). L'adoption n'est autre chose que l'élection, la grâce , l'application par choix et par volonté; et lEcrilure attnbue tout cela à Jésus-Christ. Yoilà pour l'adoption (7).

Pour montrer que Jésus-Christ comme homme n'est Dieu que nuncupatif, c'est-à-dire

de nom, il disoit : Suivant le témoignage du sauveur, l'Ecriture nomme dieux ceux à qui la parole de Dieu est adressée (1) , à cause de la grâce qu'ils ont reçue : don(!, comme Jésus- Christ participe à la nature humaine, il participe aussi à cette dénomination de divinité, quoique d'une manière plus excellente, comme à toutes les autres grâces. Saint Pierre dit (2), que Jésus-Christ faisoit des miracles parce que Dieu étoit avec lui; et saint Paul (3), que Dieu étoit en Jésus-Christ se réconciliant le monde. Ils ne disent pas que Jésus-Christ étoit Dieu. Comme Dieu il est essentiellement bon ; mais comme homme, quoiqu'il soit bon, il ne l'est pas essentiellement et par lui-même (4). S'il a été vrai Dieu, comme vous prétendez, dèsqu'il a été conçu dans le sein de la vierge , comment dit-il dans le prophète (5) , que Dieu l'a formé son serviteur dans le sein de sa mère ? Et encore : Comment prétendez-vous que cet homme du Seigneur soit vrai Dieu dès le sein de sa mère, puisqu'il est naturellement vrai homme, et en tout soumis à Dieu ? Se peut-il faire que celui qui est vrai Dieu soit serviteur par sa condition, comme Jésus-Christ dans la forme d'esclave ? Car on prouve qu'il est serviteur de Dieu et fils de sa servante , non-seulement par obéissance, comme la plupart le veulent, mais par nature (6). En quelle forme sera-t-il éternellement soumis au père s'il n'y a aucune différence entre sa divinité et son humanité? Ailleurs il se servoit de titre d'avocat que l'apôtre saint Jean donne à Jésus-Christ (7), et disoit: L'avocat est un médiateur qui intercède auprès du père pour les pécheurs; ce qu'on ne doit pas entendre du vrai Dieu, mais de 1 homme qu'il a pris. Pour la preuve de ces propositions, Félix employoit plusieurs passages de l'Ecriture et des pères détournés et tronqués (8); mais il se fondoit principalement sur la lithurgie d'Espagne, où il étoit dit souvent que le fils de Dieu a adopté la nature humaine, et souvent parlé d'adoption.

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