LVI. Autres écrits contre Félix et Élipand
Elipand écrivit jusqu'en France une lettre générale aux évéques , et une particulière au roi Charles , pour soutenir sa doctrine ; et sa ^ettrp fut lue dans un concile assemblé de diverses provinces (3). Unjour donc,commeles évéques ctoient assis dans une salle du palais, environnés des prêtres, des diacres et de tout le clergé , le roi même présent , on apporta cette lettre, il la fit lire ; puis, se levant de son siège, il parla long-temps sur la foi, et ajouta : Que vous en semble ? Depuis l'année passéeque cette erreur a commeqcé à s'étendre , elle a donné que grande horreur jusqu'aux extrémités de notre royaume ; et il faut absolument s'appliquer à la retrancher. Les évêques demandèrent quelques jours pour en dire leurs avi§, et le roi leur marqua un jour pour les (Jonner par écrit. De plus, il consulta le pape sur cette question, par des ambassades réitérées jusqu'àquatre fois. Il appela aussi des hommes doctes de la Grande-Bretagne, afin d'avoir le consentement de toutes les églises d'Occident.
Le pape Adrien envoya au roi Charles une lettre adressée aux évéques de Galice et d'Es- , pagne, c'est-à-dire tant à ceux de l'obéissance dq roi Alphonse qu'à ceux qui vivoient sous la domination des Arabes (4). Il répond à la lettre d Elipand que le roi lui avoit envoyée, et en réfute les erreurs par plusieurs autorités de l'Ecriture. Jèsus-Christ dit (5) : Je monte à mon père, et votre père : le sien par nature, le nôtre par adoption. Saint Paul dit (6) : Dieu n'a pas épargné son propre fils ; mais il l'a livré PQUf nous tous. Or, il n'a p^s éfé livré selon
(1) Joan. XIV, 26, p. 858. p. iû48. A; im. CoiDt. ans
(2) Rom. VIII, 26, lib. VI, 793, p. 15. p. 872, lib, VII, p. 883, C; (4) Tom. 7, Conc. p.
(3) Libell. Paul. tom. 7, (5) Joan. xx, 17. Conc. p, 1022. Epist. Car. (6; Rom. viu, 38.
la divinité , n^ais selon l'humanité. Il insiste sur la confession de saint Pierre (1) : Vous êtes ie (]hrist, fils du Dieu vivant. Ensuite il rapporte plusieurs autorités des pères, tant grecs que latins , qui condamnent ceux qui diroient que Jésus-Christ est fils adoptif comme nous. 11 conclut en exhortant les évêques d'Espagne à se réuuir à la créance de l'Eglise , autrement il les en déclare séparés et analhématisés, par l'autorité de saint Pierre.
Paulin, patriarche d'Aquilée, donna aussi son avis par un écrit, où il ne parle pas seulement en son nom , mais de Pierre, archevêque de Milan, et de tous les évêques de Ligurie, d'istrie , de Vénétie et d'Emilie , c'est-à-dire de toutes les provinces d'Italie de l'obéissance do Charles (2). Le reste de l'Italie avoit donné son avis avec le pape. En cet écrit, Paulin réfute fort au long l'erreur d'Elipand, et en particulier, que la personne de Jésus-Christ étoit composée de trois substances, le verbe, l'Ame et le corps, qui étoit, comme nous avons vu, la doctrine des Espagnols. Il soutient que l'âme et le corps ne font en l'homme qu'une substance totale et parfaite : autrement , dit-il , le corps étant composé des quatre éléments, comme tous les philosophes en convenoient alors , il faudroit admettre en Jésus-Christ jusqu'à six substances. Il conclut en anathématisant Elipand et Félix, s'ils ne renoncent à cette erreur, eux et tous leurs sectateurs , sans préjudice du droit du pape. Il souhaite à Charles la victoire contre les barbares, p<^ur les amener à la foi , et demande que les évêques soient dispensés du service de guerre et des aflafres séculières.