LVII. Concile de Francfort
Cet écrit de Paulin fut présenté dans un concile général de toutes les provinces de l'obéissance de Charles , tenu au commencement de Tété de l'an sept cent quatnvvingt-quatorze, vingt-sixième de son règne, à Francfort sur le Mein, prés de Mayence. Ce n'étoit encore alors qu'une maison royale , et le roi y avoit passé l'hiver et célébré la pàque. A ce concile assistèrent deux évêques, légats du pape, Théophylacte et Etienne. Le roi y fit lire l'écrit envoyé par Elipand elles évêques d'Espagne; et, après qu il eut été examiné, les évêques du concile y répondirent amplement, par une lettre synodique , au nom de tous les évêques de Germanie, de Gaule et d'Aquitaine, adressée à tous les évtkjues et les fidèles d'Espagne. Ils y réfutent principalement les passages des pères, dont les Espagnols abusoient. Quant aux rais<^)ns tirées de la lithurgie d Espagne, et attribuées à saint Isidore, saint Ildefonse et saint Julien, évêque de Tolède, les pères de Francfort ne se mettent point en peine de les expliquer : au contraire,
(1) Mallh. XVI. Epist. Car. p. I2f9, 1028,
(i) Tom. 6, Conc. p. 1038, Sup. il. n. 39. 122i. V. Coint. an. 794.
ils disent que c'est pour cette erreur qu'ils ont étP livrés ^ux infidèles, et leur opposent l'autorité delà lithurgie romaine composée par saint Grégoire (1). II semble toutefois que l'on peut donner un bon sens aux paroles de la lithnrgie d'Espagne, qui se lisent encore dans le n^j^sel mosarabiqne. Il est dit qnp Jésus-Christ 4 sonlfert par l'honime adoptif, et qu'il est remonté au ciel aprè? l'adoption de la chair ^ c'est-à-dire après Qvpir pris la chair, et se l'être apprppriée. En sorte qu'ils ont employé les fnpls Utjns d'û^o/?</o et adoptiyus pour cc\J^\ d'assuniptio et assumptus (2). La lettre synodique finit p^r une simple exhortation , sans menace d'anathème.
Charles écrivit aussi une lettre en son nom àElipandçtquxantresèvêquesd'Espagne,oùil ditenlre autres chosp^ : dious sommes sensiblement luwrhé de l'oppregsion que vous souffrez entrç Ips infidèles; mais nous sommes bien plnç affligé de l'erreur qui règne chez vous. C'est ce qui nous a obligé à faire assembler un concile de toutes les églises de notre obéissance, pour décider, d'un commun accord , ce 3ue l'on doit croire de l'adoption de la chair e Jésus-Christ , que vous avez soutenue de nouveau dans vos écrits. Nous avons consulté sur ce sujet le saint-siège de Rome; nous avQns f«iit venir de Bretagne des hommes doctes , et nous vous envoyons les écrits de chacun. Le premier vous fera voir le sentiment du pape , (Je l'église romaine et des évéques de ces qnartiers-là. Le second contient l'avis des évêques des parties plus proches d'Italie, avec Pierre, archevêque de 3lilan, et Paulin, patriarche de Frioul et d'Aquilée , car ils ont aussi assisté à notre concile. Le troisième écrit montre la foi des évêques de Germanie , de Gaule, d'Aquitaine et de Bretagne, et contient la réponse à vos objections. Le quatrième est le témoignage de mon consentement aux décisions de ces évêques , suivant la prière que vous m'avez faite, dans la lettre particulière que vous m'avez adressée, de ne me pas laisser surprendre aux opinions d'un petit nombre, mais de m'attacher à la foi qui seroit appuyée parle plus de témoignages (3). C'est ce que je faiscertainement, en préférant cette sainte multitude à votre petit nombre. Je me joins de tout mon cœur au saint-siège apostolique; j'embrasse les anciennes traditions conservées depuis la naissance de l'Eglise, la doctrine des livres inspirés de Dieu , et des pères qui les ont expliqués dans leurs écrits.
Vous nous aviez demandé que votre écrit fût lu en notre présence, et que l'on examinât ce qu'il conlenoit de conforme à la vraie foi. Wous l'avons fait : il a été lu dans le concile, depuis le commencement jusqu'à la fin, article par article, et chacun en a dit ce qui lui a plu.
J'ai assisté , comme vous l'ave? demandé , k l'assemblée des évêques: nous avons examiné et décidé , avec l'aide de Dieu , ce qu'il falloit crpire sur cette question. Maintenant je vous conjure de même d'embrasser en esprit de paix notre confession de foi, et ne vous pas estimer plus sa vants quel'Eglise universelle. Avant que vous nous eussiez scandalisé par ce nom d'adoption, nous vous avions toujours aimés comme nos frères , et la droiture de votre foi nous cpnsoloit de votre servitude temporelle : nous avions même résolu de vous en qelivrer, selon l'occasion et votre conseil. Maintenant vous vous êtes privés de cette double cpngpjar tion , de la participation de nos prières et q^ notre secours. Car si, après cette admonitipp du pape et du concile vous ne renoncez à vptre erreur , sachez que nous vous tiendrons absolument pour hérét jques, et n'o^erpqs plu^ avoir de cx>mmunication avec vous. Il met em suite sa confession de foi, qui est la catholique, et où la prétendue adoption (Je Jésus-Cnrist e^t nommément rejetée (1). Le concile de Fr^ijpfort fit cinquante-six canons , dont le premiec porte , qu'il a été assemblé de l'autorité (|q pape et par commandement du roi, et condanmq l'hérésie d'Elipand detolèdeet de Féjix d'U^gel, touchant Vi^aoptiqft qu'ils a^flb^ient m fils d^ Dieu.
hypi. c^^o^ im\mi |çs images.
Le second canon est conçu en ces termes : On a proposé la question du nouveau concile des Grecs, tenu à Conslantinople, touchant l'adoraiion des images, où il étoit écrit, que quiconque ne rendoit pas aux images des saints |e service et l'adoration comme à la trinité divine, seroit jugé analhème. Les pères du cpncile ont rejeté et méprisé absolument cette adoration et cette servitude, et Tgut condamué unanimement.
On ne peut douter que ce nouves^u cpnçife des Grecs ne soit celui qui avoit été tenu ^ JNicée sept ans auparavant (2). Les pères de Francfort le mettent à Conslantinople, soit à cause de la proximité, soit parce qu'il s'y a^ sembla d'abord; et ils disent qU'il ordonne d'adorer les images comme la saiqte trinité , sur la mauvaise interprétation de l'avjs de Constantin de Chypre (3) , comme dans les livres carolins ; car ce canon est fait dfiQ^ \f^ même esprit.
Ces livres furent envovés au pape Adrie^^ peu devant ou peu après le concile de Francfort, par Angilbert, dès lors abbé de Cent ule; et le pape y répondit par une lonj^ue lettT0 adressée au roi Charles, au'il traite foujpuy^ avec un très-grand respect, nonobstant la dureté de rècrjt auquel il réppnd. Car, coiflmç le
(1) Add. Lauresh.
(2) Missa de C«. Dom.
De Ascens.
(1) P. 1051, 1052, 1053, ^ (2) V ""JÎ- S>tm- tom. 7, 1057. Conc.p. 105i.
(3Q bup. p. é^.
[An de J.-C. 70i